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Lutte contre le sida : un combat oublié?

Arnaud Valois dans le film « 120 battements par minute », de Robin Campillo

Photo : Courtoisie du TIFF

Radio-Canada

Le film français 120 battements par minute, de Robin Campillo, rappelle la lutte contre le sida en France au début des années 90. Le combat s'est transformé au fil du temps, mais continue d'inspirer des mouvements au sein de la communauté LGBT.

Un texte de Philippe de Montigny et Vincent Wallon

Le réalisateur, qui avait lui-même été militant avec Act Up-Paris, pose un regard cru sur ce mouvement radical et les manifestations auxquelles il a participé.

Dans le film, on peut voir des membres du groupe, dont plusieurs sont visiblement malades, scander des slogans provocateurs, lancer des poches de faux sang dans un laboratoire pharmaceutique et distribuer des préservatifs sans autorisation dans des lycées, entre autres.

Plutôt que d'évoquer la peur et la solitude des années 80, je voulais montrer ce moment collectif où on a pris le pouvoir sur l'épidémie.

Robin Campillo, réalisateur
Le réalisateur Robin Campillo en entrevue sur le toit d'un immeubleAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le réalisateur de « 120 battements par minute » de Robin Campillo

Photo : Radio-Canada

Rappelons qu’à l’époque, les traitements contre le VIH étaient inefficaces et la classe politique, généralement indifférente. Pour ces militants, avant l’arrivée de la trithérapie, en 1996, c'était véritablement une question de vie ou de mort.

Sans demander la permission

Cette période évoque de douloureux souvenirs pour Ron Rosenes, qui vit avec le VIH depuis plus de 35 ans. En plus de devoir se soucier de son propre état de santé pendant plusieurs années, il a perdu bon nombre d’amis et d’amants emportés par la maladie.

Photo de Ron dans une manifestation Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Ron Rosenes, militant séropositif de Toronto

Photo : Radio-Canada

C'était vraiment une situation d'urgence [...], on avait besoin de traitements, mais on avait l'impression aussi à l'époque que ni les gouvernements ni les compagnies pharmaceutiques ne prenaient ça au sérieux.

Ron Rosenes, militant séropositif de Toronto

L’homme a oeuvré au sein du Comité sida de Toronto (AIDS Committee of Toronto ou ACT en anglais), qui offre depuis 1983 des programmes et des services gratuits aux personnes vivant avec le VIH, et du groupe AIDS Action Now, inspiré du mouvement Act Up à New York, San Francisco et Paris.

En 1989, à Montréal, ces groupes s’étaient infiltrés en masse à la cinquième conférence internationale sur le sida, un événement jusqu’alors réservé aux décideurs et aux médecins.

« On ne faisait pas partie de ces conférences, mais on a envahi le Palais des congrès pour s’assurer une place à la table », dit M. Rosenes.

Une stratégie utilisée par le groupe Black Lives Matter à Toronto l’an dernier.

Des dizaines de manifestants du groupe ont interrompu le défilé de la fierté gaie pendant une demi-heure, réclamant une meilleure représentation des personnes noires, autochtones et transgenres, entre autres, au sein de la communauté LGBT.

« Tous ces nouveaux mouvements noirs, trans ou musulmans sont très importants parce qu'il faut renouveler le discours et il faut que ces minorités dans la minorité soient plus représentées », lance le réalisateur Robin Campillo.

Même au sein de la communauté homosexuelle et des défilés semblables en France, les militants d’Act Up ne se sentaient pas toujours les bienvenus et les gais séropositifs étaient souvent stigmatisés, souligne-t-il.

Une lutte qui perd son élan?

Qu’en est-il de la génération qui n’a jamais connu la crise du sida? Le réalisateur de 120 battements par minute se dit étonné par la réaction des jeunes à son film.

« Je me suis aperçu que les moins de 30 ans ne savaient même pas qu'Act Up avait existé. L'épidémie est devenue, depuis les trithérapies, un peu une banalité. Les gens en ont moins peur, alors qu'elle est toujours là et qu'elle est toujours extrêmement nocive », dit M. Campillo.

Un des acteurs principaux du film, Arnaud Valois, affirme que la PrEP, un traitement qui réduit les risques de transmission du VIH, est de plus en plus répandue dans son entourage.

L'acteur sur le toit d'un immeuble en entrevueAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Arnaud Valois en entrevue pour le film « 120 battements par minute »

Photo : Radio-Canada

« Avec la PrEP, avec la trithérapie, les séropositifs ne peuvent pas transmettre [le virus]. On pourrait presque endiguer l’épidémie s’il y avait un vrai travail de communication et d’incitation au dépistage », affirme l’homme de 33 ans.

Act Up redevient populaire

Mais les choses sont peut-être en train de changer. Le secrétaire général d’Act Up-Paris, Jacques Pisarik, 25 ans, note une augmentation du nombre de membres militants depuis la médiatisation du film 120 battements par minute.

La forte mobilisation en France contre le mariage entre personnes de même sexe a précipité sa prise de conscience personnelle et son engagement. « Ne pas essayer de réagir face aux actions homophobes, ce serait comme perdre un combat », dit-il. « Il y avait un espace politique gigantesque à occuper. »

M. Pisarik confirme également que l’association Act Up-New York recrute également plus de militants depuis l'élection du président américain Donald Trump.

Cette organisation participe aux manifestations avec d’autres groupes opposés aux mesures de l’administration Trump, notamment, en matière d’immigration.

Comme le précise Jacques Pisarik, la question du sida touche à des questions plus larges, comme l’accès à l’information et les soins des immigrants et des sans-papiers.

Ces préoccupations, précise-t-il, ont toujours été au coeur du mouvement.

Le « C » du sigle du groupe Act Up (AIDS Coalition to Unleash Power) représente le mot coalition, soit une alliance pour lutter contre un adversaire commun.

 

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