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PQ et langue française : Lisée tempère les ardeurs

Le compte rendu de Sébastien Bovet
La Presse canadienne

Les plus ardents défenseurs du français au sein du Parti québécois devront se faire à l'idée que le parti dirigé par Jean-François Lisée prône une approche plus modérée qu'eux sur la question.

Les partisans de la ligne dure ont donc dû battre en retraite sur plusieurs propositions linguistiques présentées au 17e congrès national du parti, qui s'est tenu tout le week-end à Montréal.

Fort d'un appui de 92,8 % des délégués acquis la veille, M. Lisée en personne et son aile parlementaire ont dû défiler au micro à quelques reprises pour calmer les ardeurs des éléments plus radicaux et s'assurer que le futur programme du parti correspondra à leur vision des choses.

Quelque 1500 délégués avaient le mandat de reformuler le programme du PQ, à partir de la proposition présentée par M. Lisée en janvier.

Notamment, le chef péquiste a gagné son pari, en évitant que son parti s'engage à étendre la loi 101 au cégep.

Le congrès a entériné dimanche la proposition selon laquelle il valait mieux miser sur d'autres moyens pour freiner l'exode des jeunes francophones vers les collèges anglophones.

Le défi du Québec sur la langue, c'est un défi permanent.

Jean-François Lisée, chef du Parti québécois

Le chef péquiste a déclaré en point de presse, au terme de l'événement, qu'il est déterminé « à renverser la vapeur ».

Un gouvernement péquiste ferait en sorte de s'assurer que le financement des établissements anglophones corresponde « au poids démographique » de la communauté anglophone.

Le libre choix serait donc maintenu : les francophones et les allophones pourraient fréquenter un cégep anglophone.

La loi 101, qui inclut l'obligation pour les francophones et les immigrants de fréquenter l'école française au primaire et au secondaire, serait cependant étendue à la formation professionnelle.

Les étudiants inscrits dans les cégeps anglophones ne pourraient pas décrocher un diplôme d'études collégiales (DEC) sans avoir d'abord passé avec succès un test de français.

Pour diminuer l'attrait du réseau anglais exercé sur les jeunes francophones, le PQ prône aussi de favoriser l'apprentissage de l'anglais intensif, au primaire ou au secondaire, dans le réseau scolaire francophone.

On permettrait aussi aux étudiants francophones de suivre « un parcours en anglais enrichi » au cégep francophone, ce qui inclurait une pleine session dans un cégep anglophone.

Sur la question délicate de l'affichage commercial, M. Lisée a mis tout son poids de chef pour faire en sorte que les militants votent contre la proposition d'imposer l'affichage unilingue français, à l'extérieur et à l'intérieur des commerces.

Il faut prévoir « une part de respect pour l'autre », une « part de respect pour la différence », a clamé M. Lisée. La proposition a été battue.

Je voulais qu'il n'y ait aucun doute. Au Parti québécois, affirmer le français ne veut pas dire exclure l'autre.

Jean-François Lisée, chef du Parti québécois

Même scénario sur la langue de travail. Les militants n'ont pas réussi à faire entériner en plénière leur projet d'assujettir les entreprises de 10 à 50 employés au processus de francisation. M. Lisée propose plutôt d'étendre la loi 101 aux entreprises de 25 à 50 employés.

La proposition qui aurait eu pour effet d'imposer la loi 101 aux Centres de la petite enfance (CPE) a elle aussi été rejetée.

Signes religieux

Après l'échec de la charte des valeurs de l'ex-gouvernement Marois, la question controversée de la neutralité religieuse de l'État est revenue sur le tapis. Dans un libellé vague, qui a prêté à interprétation dans la salle, le PQ réaffirme que les fonctionnaires de l'État doivent s'abstenir d'afficher leur religion.

En point de presse, la députée Agnès Maltais, porte-parole sur ces questions, a tenu à préciser que la position du parti demeurait la même, à savoir que l'interdiction des signes religieux ne viserait que les employés de l'État en fonction d'autorité contraignante : policiers, juges et gardiens de prisons, notamment, de même que les enseignants et les éducatrices en garderie.

« C'est écrit noir sur blanc dans le programme », a-t-elle commenté.

Les droits acquis seront maintenus, a précisé Mme Maltais.

La députée péquiste Agnès Maltais a maintenu que l'interdiction des signes religieux ne viserait que les employés de l'État en situation d'autorité contraignante.La députée péquiste Agnès Maltais a maintenu que l'interdiction des signes religieux ne viserait que les employés de l'État en situation d'autorité contraignante. Photo : Radio-Canada

Pour la majorité des fonctionnaires, le PQ lèverait l'interdit de porter des signes religieux, mais demanderait de faire preuve de « la plus grande réserve possible » dans l'affichage de leurs convictions religieuses, mais « sans obligation », a rappelé M. Lisée en point de presse.

Il y a « une grande cohérence dans notre position » sur cette question, a-t-il dit.

En matière d'éducation, pour mieux valoriser l'école publique, le PQ veut réduire graduellement le financement du secteur privé.

À propos de l'intégration des immigrants, on veut aussi opposer le concept de « concordance culturelle » à celui d'« interculturalisme » en vigueur au gouvernement libéral.

En plénière, les péquistes ont par ailleurs rejeté l'idée d'imposer aux partis politiques des quotas de candidatures féminines.

Le programme maintenant adopté, les péquistes sont repartis dimanche soir avec un nouveau thème : « Un plan solide. Zéro slogan. »

À compter de maintenant, le PQ, en troisième place dans les sondages, va s'affairer à regagner la faveur populaire.

« Notre objectif c'est de convaincre, dans chaque comté, des milliers de personnes de plus de voter pour nous parce qu'on a un plan solide », a commenté M. Lisée.

L'ancien chef du PQ Pierre Karl Péladeau a fait une brève apparition au congrès, dimanche, notamment pour saluer son successeur, Jean-François Lisée. Questionné par les journalistes à savoir s'il ferait un jour un retour en politique, M. Péladeau a répondu : « Dieu seul le sait! » Il a réaffirmé ses convictions souverainistes, en rappelant qu'il avait quitté la politique « à contrecœur », en mai 2016, pour se rapprocher de ses enfants et mener à bien les procédures de divorce entamées avec son ex-épouse, l'animatrice Julie Snyder. « Les raisons qui m'ont amené à partir [...] existent toujours », a-t-il dit.

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