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Les mondes imaginés de Meryl McMaster

Meryl McMaster,  Dream Catcher de la série « Wanderings », 2015, épreuve à développement chromogène.

Meryl McMaster, Dream Catcher de la série « Wanderings », 2015, épreuve à développement chromogène.

Photo : Avec l’aimable autorisation de l’artiste.

Radio-Canada

L'automne sera autochtone au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM). Pour lancer la série ELLES autochtones, consacrée aux femmes de diverses communautés, le musée expose les œuvres photographiques de l'artiste multidisciplinaire Meryl McMaster.

Un texte d'Anne-Marie Yvon

Toute jeune, Meryl McMaster reçoit un appareil photo pour s’amuser. Des dizaines de clichés plus tard, elle demande à sa mère comment les regarder. Le hic c’est qu’il n’y a rien à voir, l’appareil n’étant qu’un jouet.

Loin d’être dépitée, l’enfant poursuit ses rêveries imagées et imaginées. Un quart de siècle plus tard, la jeune femme nous invite à entrer dans son monde qu’elle a finalement réussi à fixer sur pixels.

Au-delà du poétique

L’œuvre de Meryl McMaster se définit par ses diverses origines : Cri des plaines, membre de la nation Siksika, héritage paternel; Britannique et Néerlandaise, héritage maternel.
Outre l’inspiration que lui procurent les paysages, la nature et son environnement, elle puise au plus profond de son être pour se mettre en scène.

« Mon travail est très personnel. Je crée à partir de mes expériences personnelles, de ce que je ressens et de ce que je vis à l’instant présent », souligne Meryl McMaster, « alors je trouve logique d’être le personnage principal ».

Meryl McMaster, Anima de la série « In-Between Worlds », 2012, épreuve à développement chromogène. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Meryl McMaster, Anima de la série « In-Between Worlds », 2012, épreuve à développement chromogène.

Photo : Avec l’aimable autorisation de l’artiste.

Tous ses portraits sont créés après des semaines, des mois voire des années de réflexion et de préparation.

Chaque photo laisse place à une originalité débordante qui nous amène à réfléchir à son intérieur à elle, nous dit Diane Charbonneau, la commissaire chargée de l’exposition. « Ce sont des autoportraits, mais ce sont des portraits de sa réflexion à elle sur nous aussi, c’est ce qui est vraiment important dans son travail. »

L’artiste fabrique tous les accessoires et costumes utilisés pour créer ses mondes fantastiques et ses récits allégoriques. Mais tout n’est pas que rêverie.

Des origines conflictuelles

Je suis un mariage d’identités et de culture. Plus jeune, je me posais beaucoup de questions sur qui j’étais, je me sentais divisée entre mes origines autochtone et eurocanadienne.

Meryl McMaster

Mais le temps passant, elle a réfléchi à ce double héritage composé de colonisateurs, de colonisés et habité par des histoires douloureuses.

Elle a appris à faire la paix au plus profond d’elle-même et à utiliser son énergie positive pour guider ses paraboles photographiques.

Les photographies de Meryl McMaster sont exposées au Musée des beaux-arts de Montréal jusqu'au 3 décembre 2017.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les photographies de Meryl McMaster sont exposées au Musée des beaux-arts de Montréal jusqu'au 3 décembre 2017.

Photo : Anne-Marie Yvon

C’est assez clair dans les images que ses origines sont là. Mais ce que Meryl dit à propos de ses origines, qui étaient peut-être au départ conflictuelles, moi quand je vois ses images, je vois un sens d’harmonie, de sérénité, de quelqu’un qui se connait.

Diane Charbonneau, commissaire

Ses lectures de l’auteur Lewis Carroll ont aussi nourri l’artiste, comme le devine la commissaire, nous permettant de nous évader dans des mondes imaginaires.

Les œuvres de Meryl McMaster ont fait l’objet d’expositions individuelles et collectives au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni.

Voici un extrait d'une conversation avec la commissaire de l'exposition, Diane Charbonneau:

Les mondes imaginés de Meryl McMaster

Entre deux mondes

Deux séries de photos sont présentées au MBAM dans le cadre de la série ELLES autochtones et à la demande de MOMENTA | Biennale de l’image (autrefois connu comme le Mois de la Photo à Montréal) : In-Between Worlds et Wanderings.

Pour le commun des mortels, difficile de les départager et ce n’est pas nécessaire. Prises à quelques années d’intervalle, les deux séries forment la ligne de vie de Meryl McMaster.

Chaque photo peut être analysée indépendamment des autres. Si le visiteur l’interprète à sa façon et selon ses propres valeurs, chacune raconte une histoire que seule Meryl connait. Elle a accepté d’en décrire deux :

Meryl McMaster, Time's Gravity de la série « Wanderings », 2015, épreuve à développement chromogène. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Meryl McMaster, Time's Gravity de la série « Wanderings », 2015, épreuve à développement chromogène.

Photo : Avec l’aimable autorisation de l’artiste.

Time’s Gravity

Pour réaliser cette photo, Meryl McMaster s’est inspirée d’une tradition autochtone appelée Winter Counts. Ces « calendriers illustrés » rassemblaient des dessins tout simples racontant un évènement important survenu au cours de l’année.

L’artiste a fabriqué chacun des ouvrages qu’elle porte sur ses épaules. Ils représentent les journaux intimes racontant ses souvenirs de vie. Toutes les pages insérées dans les manuels ont été récupérées dans des livres d’histoire de l’Amérique du Nord, représentant le poids de l’histoire de ses ancêtres qu’elle a réécrit à sa manière.

Meryl McMaster, Aphoristic Currents de la série « In-Between Worlds », 2013, épreuve à développement chromogène. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Meryl McMaster, Aphoristic Currents de la série « In-Between Worlds », 2013, épreuve à développement chromogène.

Photo : Avec l’aimable autorisation de l’artiste.

Aphoristic Currents

La complexité de son histoire personnelle se traduit également dans cette œuvre représentant à la fois la collerette portée à l’époque victorienne et le cercle présent dans la culture des peuples autochtones pour représenter la vie.

Pour réaliser cet accessoire, elle a récupéré pendant des années des articles portant sur les Autochtones et publiés dans des journaux britanniques, canadiens et américains. Elle les a roulés pour créer une spirale, tout en mettant en évidence certains mots et passages qui l’ont particulièrement touchée.

Malgré tout ce qui se passe aujourd’hui, on a besoin de se ressourcer à l’intérieur. Le fantastique a encore beaucoup de pouvoir pour nous transformer.

Diane Charbonneau, commissaire

Meryl McMaster souhaite que ses œuvres permettent au public de s’échapper un instant du quotidien pour prendre le temps de rêver et, pourquoi pas, fasse un peu d’introspection sur sa propre vie.

Les oeuvres de Meryl McMaster sont exposées jusqu'au 3 décembre 2017 au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM).

 

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