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chronique

Facebook a vendu des publicités électorales à une « usine à trolls » russe

Donald Trump et Hillary Clinton lors du deuxième débat de la présidentielle, le 9 octobre 2016

Donald Trump et Hillary Clinton lors du deuxième débat de la présidentielle, le 9 octobre 2016

Photo : Reuters / Jim Young

CHRONIQUE - Facebook a vendu, pendant la dernière élection présidentielle américaine, 100 000 $ de publicités à saveur électorale à une « usine à trolls » liée au gouvernement russe. Ces publicités ciblaient des Américains avec des messages qui cherchaient à fomenter les divisions sur des enjeux controversés. C'est un constat inquiétant.

Selon plusieurs médias américains, des représentants de Facebook ont affirmé aux enquêteurs du Congrès américain (Nouvelle fenêtre) avoir découvert qu'une entreprise russe, « Internet Research Agency » (IRA, ou Agence de recherche internet), avait fort probablement acheté quelque 100 000 $ de publicités pendant la période électorale.

L'enquête interne de Facebook, qui a débuté au printemps, a révélé que pas moins de 470 pages Facebook « suspectes et probablement frauduleuses » liées à cette agence avaient acheté 3300 publicités sur le réseau social, à débuter à l'été 2015.

Le hic? La fameuse IRA est une « usine à trolls » russe bien connue qui entretient des liens avec le Kremlin (Nouvelle fenêtre). Cet organisme cherche entre autres à créer le chaos sur les réseaux sociaux américains.

Par exemple, en 2014, des trolls de l'IRA avaient semé la panique en Louisiane avec de fausses nouvelles transmises par texto. Celles-ci tentaient de faire croire aux citoyens qu'il y avait eu un dangereux accident dans une usine chimique dans la paroisse de St. Mary.

De plus, l'IRA utilise ses trolls pour inonder les sections de commentaires de propagande et d'arguments prorusses en utilisant de faux profils. L'organisme serait financé par un homme entretenant des liens étroits avec le président russe, Vladimir Poutine.

Donc, en résumé, Facebook a vendu 100 000 $ de publicités à une importante source de désinformation russe pendant une élection très polarisée.

Des publicités qui cherchent à diviser

Facebook affirme ne pas pouvoir dévoiler le contenu de ces publicités. Mais un représentant a dit au Washington Post (Nouvelle fenêtre) qu'elles « visaient des utilisateurs de Facebook qui étaient intéressés par des sujets dont traitaient ces pages, dont la communauté LGBT, les droits sociaux des Noirs, le deuxième amendement à la Constitution [NDLR : qui permet la possession d'armes à feu] et l'immigration ».

Notons que ces sujets ont été particulièrement sensibles pendant la dernière élection.

Selon Facebook, les publicités ne visaient pas les partisans d'un parti ou d'un candidat en particulier, et cherchaient à atteindre des utilisateurs de « tout le spectre idéologique ». Un faible pourcentage de ces publicités nommaient les deux candidats à la présidentielle, Donald Trump et Hillary Clinton.

Facebook a ajouté qu'un quart de ces publicités avaient été « ciblées géographiquement ». C'est-à-dire qu'on a cherché à envoyer des publicités à un groupe se retrouvant dans un lieu précis, tels une ville ou un État.

Tout cela, alors que la loi électorale américaine ne permet pas aux étrangers de faire des dépenses dans le but d'influencer une élection.

Nous ne savons pas exactement ce que contenaient ces publicités ni les endroits physiques qui ont été visés. Par contre, c'est un autre constat inquiétant sur l'incidence que peut avoir Facebook sur les élections, et sur la façon dont les acteurs politiques peuvent utiliser la plateforme pour contourner les lois et les conventions électorales.

Le microciblage

C'est que Facebook permet de faire du microciblage. Dans une publicité électorale traditionnelle, à la télévision ou dans un journal, on essaie de ratisser large puisque l'auditoire est assez hétéroclite. Puisque ces publicités se font au grand jour, l'ensemble de la population peut les évaluer, les critiquer et, si besoin est, demander à ceux qui les produisent ou les vendent de rendre des comptes.

Si une publicité est choquante, par exemple si elle enjoint un groupe de personnes à ne pas aller voter, ceux qui l'ont créée devront répondre aux critiques. Ce n'est pas un système parfait, mais c'est ouvert.

Le microciblage est d'un tout autre ordre.

Supposons qu'un parti sait que l'élection est serrée dans telle circonscription et que son candidat est particulièrement impopulaire auprès des femmes. Le microciblage permettrait d'envoyer sur Facebook une publicité aux femmes de cette circonscription – et seulement à elles. On pourrait leur dire, par exemple, que le candidat de l'autre parti a voté contre les congés de maternité, ou quelque enjeu qui pourrait mobiliser les femmes ou les encourager à ne pas aller voter.

La firme Cambridge Analytica (Nouvelle fenêtre) aurait d'ailleurs été engagée pour la campagne de Donald Trump  (Nouvelle fenêtre)pour faire précisément ce genre de microciblage, en se basant sur une impressionnante base de données psychologique qui lui permet de trouver ses cibles avec une précision alarmante.

ll faut le répéter : avec les publicités microciblées sur les réseaux sociaux, 99,9 % de la population ne verra jamais la publicité en question. Il est donc difficile pour la population d'évaluer ces publicités et pour ceux qui les achètent de rendre des comptes.

En fait, comment deux personnes peuvent-elles avoir un sain débat électoral si elles n'ont pas vu les mêmes informations?

Et comment pouvons-nous faire confiance au processus électoral si des « usines à trolls » nous ciblent avec des publicités qui cherchent à nous désinformer et à fomenter les divisions?

Chroniques de Jeff Yates  

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