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Des Autochtones font pression sur Desjardins pour qu'elle se retire des oléoducs

Des tuyaux d'oléoduc en arrière-plan d'un tournesol fané

Des tuyaux d'oléoduc en arrière-plan d'un tournesol fané

Photo : Getty Images / Andrew Burton

La Presse canadienne

Des leaders autochtones rencontreront jeudi la direction de Desjardins pour convaincre l'institution financière québécoise de rendre son moratoire sur les investissements dans les nouveaux oléoducs canadiens permanents.

Selon Ghislain Picard, chef de l'Assemblée des Premières Nations pour le Québec et le Labrador, cette rencontre constitue une étape importante pour le vaste mouvement d'opposition aux projets d'oléoducs Énergie Est et Trans Mountain.

Desjardins a décrété un moratoire sur les investissements dans les nouveaux oléoducs en juillet, le temps de revoir toutes ses politiques en matière d'infrastructures énergétiques. André Chapleau, porte-parole de Desjardins, indique dans un courriel que cette révision se poursuit toujours, en sollicitant les avis à l'interne et à l'externe, notamment ceux des Autochtones, justement.

Durant ces consultations, les dirigeants de Desjardins rencontreront jeudi plusieurs leaders qui font partie du Traité autochtone contre l'expansion des sables bitumineux, une alliance formée en septembre 2016 par une cinquantaine de Premières Nations au Canada et dans le nord des États-Unis. Desjardins annoncera sa décision finale à l'automne.

Or, Ghislain Picard croit que l'impact serait majeur si Desjardins décidait que son moratoire devenait permanent.

« L'industrie et son groupe de pression sont très puissants. On sait bien qu'ils ne jetteront pas l'éponge facilement », admet le chef autochtone. « Mais on peut, nous aussi, affirmer nos convictions et nous assurer qu'elles seront entendues. »

Les membres du Traité autochtone contre l'expansion des sables bitumineux tenteront aussi de convaincre Desjardins de vendre sa participation de 145 millions de dollars dans les facilités de crédit de 5,5 milliards dollars consenties à Kinder Morgan pour son projet d'accroître la capacité de l'oléoduc Trans Mountain, entre l'Alberta et la région de Vancouver.

Comme la banque ING?

Le grand chef de l’Union des chefs autochtones de la Colombie-Britannique, Stewart Phillip, soutient qu'il faut mener le combat sur tous les fronts.

L'industrie des hydrocarbures dispose jusqu'ici d'un accès quasi illimité aux gens d'affaires et aux investisseurs pour ces projets grandioses. Mais ces projets font maintenant l'objet d'une surveillance accrue, et les gens sont conscients de leurs effets indéniables sur les changements climatiques.

Stewart Phillip, grand chef de l'Union des chefs autochtones de la Colombie-Britannique

Ces pressions ont probablement poussé la banque néerlandaise ING Groep NV, en mars, à se départir de sa participation de 120 millions de dollars américains dans l'oléoduc américain controversé Dakota Access, au coeur d'une résistance passive des Autochtones à Standing Rock. ING a ensuite précisé qu'elle ne financerait pas d'oléoducs canadiens.

Kinder Morgan Canada indique toutefois dans un courriel qu'elle a obtenu un important soutien financier pour ses facilités de crédit, notamment par le biais d'une émission publique. Kinder Morgan a obtenu la participation de six grandes banques canadiennes à son projet, parmi une vingtaine d'institutions financières, dont Desjardins, qui ont accepté de lui prêter de l'argent.

« Il serait irréaliste de croire qu'un oléoduc interprovincial qui s'étend sur 1150 kilomètres, et qui traverse des dizaines de communautés des Premières Nations et deux provinces, fera l'unanimité », écrit l'entreprise.

Le retrait de Desjardins n'aurait toutefois qu'un effet mineur sur le projet, rappelle l'analyste Dirk Lever, de la firme AltaCorp Capital. « Ce serait autre chose si TD ou la Banque Royale décidaient de se retirer : ça enverrait alors un message énorme. » M. Lever estime que le secteur des oléoducs, et celui des hydrocarbures en général, sont bien trop importants pour que les institutions financières les boudent.

 

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