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Cultiver des plantes tropicales pour retrouver le goût de chez soi

Un homme est debout. Il montre des légumes dans un champ

Kasereka Busiku souhaiterait que la coopérative, dont il est président, ait suffisamment de financement pour devenir une grande exploitation agricole rentable.

Photo : Radio-Canada / Marine Lefevre

Radio-Canada

Des nouveaux arrivants retrouvent les saveurs de chez eux grâce aux produits d'un jardin communautaire de Windsor, dans le sud-ouest de l'Ontario.

Un texte de Marine Lefèvre

C’est à la main que bénévoles et travailleurs à temps partiel cueillent et trient haricots et autres produits exotiques cultivés au parc Dewert, situé à l’arrière de Place Concorde.

Tout est fait de façon traditionnelle comme en Afrique, souligne Kasereka Busiku, président de la coopérative agricole.

« On se sent comme à la maison, on se sent comme chez nous, parce qu'on le fait de cette façon », renchérit Kanyere Mashauri, qui travaille pour la petite exploitation.

C’est en 2011 que la Ville de Windsor alloue une parcelle de terre à l’organisme Place du partage pour la création d'un potager communautaire qui voit le jour l'année suivante. Dès le début, l’objectif est de desservir une clientèle de nouveaux arrivants en cultivant des plantes exotiques.

« Vous savez les immigrants, nous avons des plantes et des produits que nous ne trouvons pas ici sur le marché à Windsor. Nous nous sommes lancés et certains produits ont bien donné et nous continuons à les produire », souligne M. Busiku.

Si les débuts ont été un peu difficiles, la petite parcelle finit par s’avérer trop juste et est agrandie en 2015. Aujourd’hui, la petite exploitation de près d’un hectare parvient à fournir les membres de la coopérative et quelques épiceries locales.

Le goût de l'Afrique

Certains membres de la communauté viennent aussi s'approvisionner directement. C’est le cas de Signoline Inangolore. C’est le bouche-à-oreille qui l’a amenée jusque là.

« C’est un ami qui m’en a parlé. On m’a dit qu’il avait quelqu’un qui cultivait des haricots comme au pays. Et là ça me manque, donc je suis venue en acheter », explique-t-elle.

Portrait d'une femme. Elle porte une enfant dans les brasAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Signoline Inangolore, accompagnée de sa fille, est à la recherche des saveurs de son pays natal.

Photo : Radio-Canada / Marine Lefevre

Ce jour-là, elle est venue acheter 20 kg de haricots.

« Le haricot comme chez nous, souligne-t-elle souriante. Le fait que ces haricots soient cultivés comme au pays est très important. Ils sont encore dans leurs écorces. On les cuisine, c’est très riche en fibre et c’est bon quand on les prépare avec du riz, du foufou, avec une bonne sauce à côté ».

Cela fait trois ans que Mme Inangolore est au Canada. Son pays natal, le Burundi, lui manque. Retrouver ces saveurs bien connues est un bon moyen de combler le mal du pays.

Ça me manque énormément, donc quand il y a de la nourriture qui ressemble à celle du pays, j’en profite.

Signoline Inangolore, une cliente de la coopérative
Un plant d'amaranteAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les tiges et les feuilles d'amarantes sont très consommées en Afrique.

Photo : Radio-Canada / Marine Lefevre

Des produits rares

En plus des plants de haricots romano dont on consomme aussi les feuilles, la production se compose d’amarantes. Cette plante, dont l'usage s'apparente aux épinards sans en avoir le goût, s'ajoute aux ragoûts de poisson ou de viande dans la plupart des cuisines des pays de l’Afrique tropicale, comme le Burundi, le Rwanda, le Congo ou l'Ouganda.

Les aubergines africaines particulièrement prisées par la clientèle complètent le tableau des légumes tropicaux cultivés sur le terrain.

Différente de l’aubergine violette habituellement mangée au Canada, sa cousine africaine est rouge lorsqu’elle atteint sa maturité. Elle est reconnue en Afrique pour ses vertus thérapeutiques, notamment dans le traitement du diabète.

Elle n’est cultivée que dans quelques endroits au Canada. Cette rareté fait que le potager parvient même à exporter une partie de sa production au-delà de l’Ontario.

L’an dernier, la moitié des 800 kg d’aubergines produites a ainsi été expédiée à Winnipeg au Manitoba pour approvisionner une clientèle africaine locale en hausse dans cette province, indique Kasereka Busiku.

On songe même à se spécialiser dans cette production, précise-t-il. Une parcelle supplémentaire y est d'ailleurs déjà consacrée dans un autre endroit à Windsor.

Petite exploitation voit grand

Si le rendement du potager s’améliore, la production reste toutefois limitée, en particulier en raison du climat.

« Il y a des produits qui demandent six mois pour donner. Nous aurions besoin de places pour développer les plantes pendant l’hiver. Aujourd’hui en octobre ou en novembre, c’est fini », explique M. Busiku.

Un homme est penchée sur un cageot de haricots. Une balnce est posée à même une caisse de plastique.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les haricots sont vendus avec leur écorce par carton de 10 kg.

Photo : Radio-Canada / Marine Lefevre

L'idéal serait d'installer une serre pour avoir une production annuelle et être rentable, mais il faut de l’argent pour cela, précise-t-il.

Depuis 2013, l’organisme ne bénéficie d’aucun financement d'importance. Les recettes ont tout de même permis d'acquérir récemment un petit tracteur qui aide grandement à la production, mais pas plus.

Avec des investissements, on pourrait approvisionner encore plus de familles, mais aussi fournir du travail à plus d'immigrants.

Kasereka Busiku, président de la coopérative agricole

Comme elle l'a fait pour Kanyere Mashauri, qui est arrivée depuis peu au Canada, la coopérative fait régulièrement appel à de nouveaux arrivants.

« Depuis le début, on a engagé environ 50 personnes. On aimerait devenir un centre d'embauche pour aider les immigrants à trouver du travail, même à temps partiel ».

Mais loin de se décourager, Kasereka Busiku voit grand.

« Dans l’avenir, on aimerait avoir un magasin où les gens viendraient s’approvisionner, mais aussi exporter vers les États-Unis les produits qu’ils n’ont pas comme l’aubergine africaine, qu’ils continuent d’acheter en Afrique », affirme-t-il.

Windsor

Agro-industrie