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Blogue : Quelques astuces pour partager ses résultats de recherche avec les communautés autochtones nordiques

Les supports, tels que des cartes, des illustrations, des échantillons ou de l’équipement scientifique sont idéals pour partager les résultats de recherches en contexte nordique et autochtone.

Essayer de communiquer en utilisant des supports tels que des cartes, des illustrations, des échantillons ou de l’équipement scientifique.

Photo : Gwyneth Anne MacMillan

Radio-Canada

Comment partager des résultats scientifiques avec les communautés autochtones sur des territoires qu'ils habitent depuis des milliers d'années? C'est le défi que s'est lancé Gwyneth Anne MacMillan, une doctorante au Département de sciences biologiques de l'Université de Montréal. Voici le troisième article de Mme MacMillan réalisé dans le cadre d'un séjour au Nunavik.

Par Gwyneth Anne MacMillan

Il est souvent difficile de savoir comment faire un retour efficace sur nos résultats de recherche dans les communautés nordiques autochtones, car les défis de la vulgarisation scientifique sont accentués dans un cadre interculturel. De plus, les chercheurs en sciences naturelles ne sont habituellement pas outillés pour ce type de travail, ne recevant que peu ou pas de formation en communication scientifique ni en cultures autochtones. Après de nombreuses expériences de vulgarisation et de sensibilisation à la science au Nunavik et au Nunavut cet été, je souhaitais proposer des astuces à mes collègues afin de les aider à mieux partager les résultats de leurs recherches en contexte nordique et autochtone.

1) Éviter les présentations par PowerPoint

Il y a de bonnes et de mauvaises façons de communiquer la science, selon le contexte. En contexte nordique, la méthode habituelle de présentation scientifique par PowerPoint est mal adaptée. Récemment, j’ai assisté à un exposé PowerPoint d’une équipe de chercheurs qui cherchait l’approbation d’une communauté autochtone afin de poser des colliers émetteurs sur les caribous. Pouvoir suivre les mouvements d’un troupeau de caribous menacés est important afin de mieux les protéger; toutefois, certains membres de la communauté s’opposaient au projet. Malheureusement, les messages importants des chercheurs étaient dissimulés dans une présentation trop chargée de textes et de tableaux scientifiques complexes. Après la présentation, un chasseur s’est levé pour faire passer des côtes cassées retrouvées sur un caribou muni d’un collier émetteur. Contrairement aux scientifiques, son message était simple et très clair et il a sonné le glas d’un projet de suivi scientifique qui avait pourtant beaucoup de mérite. Pour mieux vulgariser, il faut éviter, dans la mesure du possible, les exposés PowerPoint!

L’utilisation des présentations PowerPoint crée un fossé entre scientifiques et non-scientifiques et ne facilite pas une bonne communication interpersonnelle. Les présentations sont généralement trop chargées en informations spécialisées qui diluent le message global. De plus, une présentation trop complexe peut être interprétée comme un signe de condescendance et peut contribuer à renforcer la méfiance envers les scientifiques. C’est réellement un défi de sortir de ce cadre que nous connaissons bien, mais c’est ô combien nécessaire!

Les astuces pour mieux partager les résultats de recherches en contexte nordique et autochtone.

Les astuces pour mieux partager les résultats de recherches en contexte nordique et autochtone.

Photo : Gwyneth Anne MacMillan

2) Apprendre à communiquer autrement

Il est important de comprendre qu’il y a différentes façons de communiquer. Par exemple, dans les communautés nordiques dans lesquelles je fais mes recherches, il y a beaucoup de communication non verbale. Au début de mes travaux de doctorat, je trouvais frustrant de devoir poser la même question trois fois aux membres de la communauté avant de recevoir une réponse. Cela m’a pris un certain temps pour comprendre que tout le monde me répondait dès la première fois, mais avec des « oui » et des « non » exprimés simplement par soulèvements ou froncements des sourcils. La communication s’est révélée beaucoup plus facile une fois ces expressions comprises.

Contrairement aux conférences académiques, ce n’est pas nécessairement un mauvais signe que tout le monde se lève après une présentation de résultats dans une communauté nordique et parte sans poser de questions. Ça ne veut pas forcément dire que votre projet est inintéressant! Dans certaines cultures, les gens vont apprendre en observant des personnes plus expérimentées et non en posant constamment des questions.

Essayez de communiquer de personne à personne en utilisant des supports tels que des cartes, des illustrations, des échantillons ou de l’équipement scientifique. Traduisez un résumé de recherche dans la langue autochtone locale et distribuez-le en personne aux membres de la communauté. Plusieurs nations autochtones ont des conseillers en recherche dont le travail est justement de faciliter la coordination entre les chercheurs et les communautés autochtones. N’hésitez pas à demander de l’aide à ces experts en communication scientifique en contexte autochtone!

Les défis de la vulgarisation scientifique sont accentués dans un cadre interculturel.

Les défis de la vulgarisation scientifique sont accentués dans un cadre interculturel.

Photo : Gwyneth Anne MacMillan

3) Utiliser la radio locale et les groupes Facebook

Il ne faut pas sous-estimer l’importance de la radio locale et des groupes Facebook comme moyens de communication dans les communautés nordiques! Dans le nord, il n’y a pas que les personnes âgées qui écoutent la radio et il n’y a pas que les adolescents qui utilisent les médias sociaux. Tous les événements sociaux importants passent par ces deux moyens de communication! L’an dernier, nous avons présenté nos résultats de recherche dans une réunion communautaire devant une vingtaine de personnes. Nous savions toutefois que beaucoup d’autres membres de la communauté nous écoutaient à la radio grâce à une traduction simultanée en inuktitut. Le lendemain, un chasseur aîné nous disait : « J’ai entendu dire à la radio que la qualité de l’eau de la rivière est bonne ».

Ne soyez pas timides! Présentez-vous aux membres de la communauté à la radio locale et expliquez ce que vous souhaitez accomplir pendant votre séjour. Utilisez la radio et les groupes Facebook pour inviter les membres de la communauté à participer aux projets et aux événements que vous organisez et pour diffuser de l’information en temps réel tout au long de votre séjour. C’est aussi un moyen efficace d’acheter de l’art et de la nourriture locale, tout en soutenant l’économie locale!

4) Rendre le projet pertinent pour les membres de la communauté

Cet été, j’ai beaucoup appris sur la façon de créer des liens entre la science et les connaissances traditionnelles en travaillant avec une équipe de scientifiques spécialisés en activités communautaires et en surveillance environnementale. « Le plus important en vulgarisation scientifique », explique ma collègue Émilie Hébert-Houle « c'est de faire des liens entre la science et ce que les gens connaissent, donc au territoire, à la chasse, à la glace… ».

Au début d’une activité de vulgarisation avec des jeunes intitulée « Que font les scientifiques? », Émilie a demandé aux jeunes de décrire les activités d’un chasseur. Elle a ensuite souligné les similarités entre les activités d’un chasseur et d’un scientifique, y compris la connaissance de la nature, l’exploration, la navigation et la créativité. Cette approche valorise l’expérience des membres de la communauté et rend l’explication des activités scientifiques plus signifiante.

De jeunes Inuits découvrent les résultats de recherche de scientifiques.

De jeunes Inuits découvrent les résultats de recherche de scientifiques.

Photo : Gwyneth Anne MacMillan

5) Bâtir des relations de confiance en retournant dans la communauté

Les chercheurs sont souvent perçus comme des « scientifiques hélicoptères » qui descendent en piqué dans les communautés, font leurs affaires, puis s’envolent sans faire de retour sur leurs recherches et leurs résultats. Ce genre de comportement peut engendrer une incompréhension et une méfiance envers la science dans les communautés autochtones nordiques.

Dans notre équipe, nous avons constaté qu’à chaque fois que nous retournions dans une même communauté, nous nous sentions davantage les bienvenus et percevions un changement d’attitude envers les scientifiques. En retournant au même endroit, les liens avec les membres de la communauté sont souvent de plus en plus forts.

Cependant, avec les contraintes liées aux bourses académiques, il n’est pas toujours simple de faire des retours dans les communautés. J’ai réussi à organiser des activités de vulgarisation et des activités communautaires en étirant le plus possible tous mes séjours scientifiques. Il est important de noter que les bourses consacrées aux séjours « non-scientifiques » sont très profitables pour bâtir des relations de confiance entre les scientifiques et les membres des communautés autochtones et pour faciliter des collaborations futures bénéfiques.

Ces quelques astuces simples peuvent vous aider à vivre des expériences de terrain enrichissantes et à développer et entretenir des partenariats de recherche significatifs dans les communautés autochtones nordiques. Les éléments à retenir sont : essayer d’expliquer pourquoi vous êtes là et retourner dans les communautés pour présenter vos résultats, le tout en tenant compte d’eux dans le processus.

Une équipe de chercheurs chez les Inuits

Une équipe de chercheurs chez les Inuits

Photo : Gwyneth Anne MacMillan

Autochtones

Science