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L’ex-ministre québécois de la Justice Jérôme Choquette s’éteint

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L’ex-ministre québécois de la Justice Jérôme Choquette

L’ex-ministre québécois de la Justice Jérôme Choquette

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les réactions affluent après l'annonce du décès de Jérôme Choquette, qui a été ministre de la Justice du Québec de 1970 à 1975. Il a succombé à une pneumonie bactérienne, vendredi, à Montréal, à l'âge de 89 ans.

Malade depuis plusieurs années, il avait rapidement vu sa santé décliner.

« C'est une nouvelle qui me touche tellement, c'est comme si [...] un membre de ma famille venait de nous quitter », explique en entrevue à RDI Jean-Claude Gobé, ancien attaché de presse de M. Choquette et aujourd'hui chef de l'opposition officielle à Laval.

« C'est lui qui m'a formé, qui s'est occupé de moi depuis que j'ai 25 ans. J'en ai aujourd'hui 68. C'est lui qui a fait de moi l'homme politique, et l'homme tout court, avec le franc-parler, avec le goût de la justice... C'est lui qui m'a inculqué ça. »

Tenir le cap

Jérôme Choquette est arrivé à la tête du ministère de la Justice à un moment où le Québec vivait un événement historique : la crise d’Octobre. Il devait gérer les revendications du Front de libération du Québec (FLQ) qui avait kidnappé le diplomate britannique James Richard Cross.

C'est lui qui a fait connaître le refus des autorités politiques de libérer les prisonniers felquistes. Et c'est lui aussi qui a envoyé la demande d'intervention de l'armée canadienne pour soulager les divers corps policiers québécois aux abois.

Pendant les cinq années passées au ministère de la Justice, Jérôme Choquette a entre autres mis en place l'aide juridique, la Cour des petites créances et l'indemnisation des victimes d'actes criminels. Il a également à son actif la mise sur pied de la Commission d'enquête sur le crime organisé.

« Il a créé des conditions d’accès à la justice pour tous. C’est un héritage inspirant pour n’importe quel ministre de la Justice », a déclaré l'ancien ministre de la Justice de 1984 à 1985, Pierre Marc Johnson, en entrevue à RDI.

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Jean-Claude Gobé estime que Jérôme Choquette a fait de lui « l'homme qu'il est aujourd'hui ».

Le monde politique en deuil

Photo : Radio-Canada

Je vous dirais d'abord que c'était un humaniste, un homme qui avait de grandes idées, de grands principes de justice, de charité, d'entraide, d'honnêteté.

Jean-Claude Gobé, ancien attaché de presse de Jérôme Choquette

M. Gobé aura d'ailleurs, « à moult reprises », l'occasion de discuter de la gestion de la crise d'Octobre avec son mentor et ami.

« Il a vécu [la crise] très difficilement; d'abord parce que la quasi-totalité des mesures ont été imposées par le gouvernement fédéral, à un point tel qu'il n'avait pas eu la liste des gens qui se faisaient arrêter! »

Pourtant, plusieurs ont affirmé que M. Choquette avait au contraire reçu la liste des 450 personnes qui seraient arrêtées pendant la crise. M. Johnson admet que cette rumeur a beaucoup circulé, mais il estime que la situation était plus nuancée qu'il n'y paraît.

« À un certain moment, il avait aussi avisé la Sûreté du Québec qu’il ne voulait plus que personne ne soit arrêté sans que lui-même en soit avisé, parce qu’il s’est bien rendu compte que parmi les personnes arrêtées, il y avait des gens qui n’étaient ni de près ni de loin liées aux actions violentes », a expliqué M. Johnson.

« Le Québec était sur une trajectoire d'essor », mentionne de son côté Jean Cournoyer, appelé à remplacer Pierre Laporte, le ministre du Travail dans le gouvernement Bourassa, après son assassinat.

« Tout bougeait dans la province de Québec... Et tous voulaient se faire une place. Des fois, certains utilisaient des moyens pas tout à fait légaux pour se faire une place dans la société, et Jérôme avait la douloureuse et lourde responsabilité de faire respecter la justice dans une province comme la nôtre. »

D'anciens collègues du défunt ministre s'en souviennent ainsi comme d'un juriste « compétent », « intègre » et extrêmement « ferme » avec la loi, qu'il devait appliquer à la lettre en tant que procureur général.

M. Choquette prenait très au sérieux son rôle de ministre de la Justice, selon Jean Cournoyer, et il avait prévenu le Conseil des ministres qu'il « ne répondait pas au gouvernement ».

« Il n'était pas question qu'on se mêle de la justice. »

En 1975, Robert Bourassa mute M. Choquette au ministère de l'Éducation, un poste difficile en raison de l'adoption de la loi 22 sur la langue française.

Se disant en désaccord avec l'application de la loi, notamment au chapitre de l'enseignement, il quitte ses fonctions et le Parti libéral.

Retour à ses premières amours

Jérôme Choquette, alors ministre québécois de la Justice, passe devant des policiers en entrant au palais de justice de Montréal, le 18 octobre 1970, pour rendre hommage à son collègue Pierre Laporte. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jérôme Choquette, alors ministre québécois de la Justice, passe devant des policiers alors qu’il entre au palais de Justice de Montréal, le 18 octobre 1970, pour rendre hommage à son collègue Pierre Laporte.

Photo : La Presse canadienne

Très vite, Jérôme Choquette fonde ensuite, avec Fabien Roy, le Parti national populaire.

L'ancien ministre prononce alors un discours que ne renieraient pas les divers tenants d'une troisième ou quatrième voie. « Il est vital que les forces vives du Québec se réunissent dans une nouvelle formation politique si nous voulons remettre de l'ordre dans notre maison. »

C’est sous la bannière de cette formation qu’il s’est présenté et a été défait aux élections de 1976.

Avocat de formation, il est retourné à l’exercice du droit, avant de se lancer à nouveau en politique, municipale cette fois. Élu maire d’Outremont en 1983, il a occupé cette fonction jusqu’à 1991.

Trois ans plus tard, en 1994, il a brigué la mairie de Montréal, sans succès. Il a été battu par Pierre Bourque.

En 2009, il a reçu la médaille du Barreau. « Par ses diverses réformes, Me Choquette a redessiné le système judiciaire québécois, ce qui le classe parmi les plus grands ministres de la Justice que le Québec ait connus », avait alors déclaré le bâtonnier Nicolas Plourde.

« Ce n'est certainement pas un hommage général sur l'homme ou sur son héritage politique complet, mais il faut mentionner qu'il est le père de l'aide juridique, une innovation importante du système de justice qui est plus que jamais d'actualité », a déclaré Paul-Matthieu Grondin, l'actuel bâtonnier, dans une réaction transmise à La Presse canadienne.

Le nom de Jérôme Choquette est d’ailleurs gravé sur une plaque commémorative au palais de justice de Montréal.

En septembre 2012, il a été radié provisoirement du Barreau du Québec.

Legs important

Et quel est donc le legs de cet homme mi-politicien, mi-avocat?

L'ancien premier ministre péquiste Bernard Landry se souvient d'un « bon serviteur de l'État » avec qui il a toujours entretenu de bonnes relations.

« On avait des différences politiques évidemment considérables, mais ça ne m'a pas empêché d'apprécier ce qu'il a fait pour notre État national », a-t-il confié en entrevue à La Presse canadienne.

Pour Jean-Claude Gobé, il faut d'abord se remémorer toutes les réformes sociales que Jérôme Choquette a fait adopter, ainsi que la Commission d'enquête sur le crime organisé.

« C'était l'un des derniers monstres politiques québécois. Il y a eu René Lévesque, il y a eu Jacques Parizeau, il y a Jérôme Choquette », conclut-il.

Avec les informations de La Presse canadienne

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