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Le chef autochtone qui veut redéfinir un traité centenaire

Il porte un bijou autochtone autour du cou.
Le grand chef de la Première Nation de Mushkegowuk, Jonathan Solomon Photo: Radio-Canada / Martine Laberge

Le grand chef de la Première Nation de Mushkegowuk, Jonathan Solomon, est convaincu que ses ancêtres n'ont jamais consenti au traité numéro 9 de la baie James dans sa forme écrite.

Un texte de Martine Laberge

L’air aguerri et le sourire aux lèvres, le grand chef de la Première Nation de Mushkegowuk, Jonathan Solomon, sort de la salle où il vient de prononcer un discours de 45 minutes. « Ça ressemble plus à un sermon qu’à un discours! » avoue-t-il.

L’allusion est intéressante. L’homme est convaincu de ce qu’il avance et il parle avec une passion contagieuse.

Le descendant d’un des signataires

Jonathan Solomon vient d’une longue lignée de chefs sur la côte ouest de la baie James. Son arrière-grand-père Andrew Wesley a signé le document en inscrivant un X près de son nom le 3 août 1905 à Fort Albany.

Entête du traité, rédigé à la main.Le traité numéro 9 couvre une grande partie de l’Ontario. La photo montre l'exemplaire qui appartient au gouvernement de l'Ontario. Photo : Radio-Canada / Martine Laberge

Le grand chef Solomon s’est toujours questionné : pourquoi son arrière-grand-père a simplement inscrit un X alors qu’il savait écrire son nom en syllabique? « Ça restera un mystère à tout jamais », déplore-t-il.

Une chose n'est cependant pas un mystère pour lui : la signification du Traité de la baie James, telle que comprise et transmise de génération en génération.

Il y a deux versions du Traité, une orale et une écrite. Nous n’avons jamais renoncé à notre territoire, comme il est écrit dans le texte du Traité.

Jonathan Solomon, grand chef de la Première Nation de Mushkegowuk

Les Autochtones allèguent que la version expliquée oralement par les représentants des gouvernements diffère en certains points de celle écrite, qu'ils ne pouvaient pas lire, car le texte était rédigé en anglais.

Une simple marque au-dessus du nom Andrew Wesley.La signature de l'arrière-grand-père du grand chef Jonathan Solomon sur le traité numéro 9. Photo : Radio-Canada / Martine Laberge

Le grand chef fait référence à une clause particulière du Traité de la baie James, clause selon laquelle le gouvernement peut disposer des terres selon ses besoins, par exemple en matière d’exploitation des ressources naturelles.

Mon grand-père m’a toujours dit que son père et les autres signataires n’avaient jamais consenti à cela.

Jonathan Solomon, grand chef de la Première Nation de Mushkegowuk

Jonathan Solomon se souvient des aînés de sa communauté, qui répétaient l’histoire de la signature chaque fois qu’ils en avaient l’occasion.

À un point tel que, durant des années, plusieurs faisaient la sourde oreille : « On avait de la difficulté à croire ce qu’ils nous racontaient. Un des impacts de la colonisation, c’est d’avoir miné la confiance en nos moyens et nos traditions. Il était plus facile de croire la version des autorités. »

Une découverte révélatrice

La découverte en 1995 du journal intime de Daniel MacMartin, un des commissaires ayant visité les communautés autochtones du nord de l’Ontario en 1905 et 1906, est un moment décisif dans la quête du grand chef Solomon pour faire reconnaître la version orale du traité numéro 9.

Le journal manuscrit ouvert.Le journal de Daniel MacMartin est conservé dans les archives de l'Université Queen's, à Toronto. Photo : Radio-Canada / Martine Laberge

Daniel MacMartin était l’un des trois commissaires représentant les gouvernements provincial et fédéral, responsables de présenter le Traité aux peuples autochtones. Dans son journal, M. MacMartin décrit ce qu’il voit et entend lors des discussions.

Selon le grand chef Solomon, Daniel MacMartin ne fait jamais mention de la clause selon laquelle les Autochtones acceptent de renoncer aux terres revendiquées par le gouvernement pour ses besoins.

Il parle plutôt du droit des Autochtones de continuer à pêcher et à chasser comme leurs ancêtres, sans jamais ajouter la phrase qui figurait pourtant dans le document et qui précisait que leur droit à la chasse et à la pêche pouvait être retiré selon les besoins du gouvernement.

Le journal de Daniel MacMartin contient aussi un autre élément central, selon le grand chef. « Le commissaire écrit clairement que les Autochtones ont accepté les termes de l’entente tels que dictés, et non tels qu’écrits », soutient Jonathan Solomon. Il s’agit selon lui d’une nuance très importante.

Quelle conséquence?

Le grand chef Solomon affirme qu’il y a aujourd’hui un mouvement qui réclame la reconnaissance des termes du Traité de la tradition orale.

Les pages du Traité sont encadrées et posées sur des tables.Lors de son passage à Cochrane en août 2017, c'était seulement la deuxième fois que le Traité sortait des archives de l'Ontario. Photo : Radio-Canada / Martine Laberge

Il croit que la découverte du journal vient confirmer l’autorité des Autochtones sur leur territoire et leur droit d’autoriser ou non le développement des ressources naturelles sur ce territoire.

La Première Nation de Mushkegowuk a d’ailleurs entamé un processus de révision du Traité avec le gouvernement provincial et espère que le fédéral se joindra aux discussions. « La bataille est loin d’être gagnée », reconnaît le grand chef.

Mais pour Jonathan Solomon, les Autochtones sont sur la bonne voie en vue de faire respecter leurs droits et leur interprétation du Traité.

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