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S'en prendre à John A. Macdonald n'est pas une façon positive de se réconcilier, dit le sénateur Sinclair

Murray Sinclair était à la tête de la Commission de vérité et réconciliation du Canada de 2009 à 2015.

L'ex-juge Murray Sinclair était à la tête de la Commission de vérité et réconciliation du Canada de 2009 à 2015.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Au lieu de débattre pour déterminer si les écoles peuvent encore porter le nom du premier ministre Macdonald, il faut réfléchir aux héros autochtones que l'on souhaite sortir de l'ombre, croit le sénateur Murray Sinclair.

Les observations de celui qui a dirigé la Commission de vérité et réconciliation du Canada surviennent quelques jours après que le syndicat des enseignants de l’Ontario a adopté une motion controversée permettant de débaptiser les bâtiments du nom de John A. Macdonald. Ils accusent le premier premier ministre du Canada d’avoir mené le génocide autochtone.

Murray Sinclair, premier Autochtone nommé juge au Manitoba en 2001, s’est confié à Susan Bonner à l’émission As It Happens, sur les ondes de CBC.

Qu’est-ce qui vous dérange dans ce débat sur John A. Macdonald?

Après avoir passé des années à discuter de l’importance de la réconciliation et à l'étudier, je me préoccupe du fait qu’on concentre nos efforts en faisant quelque chose de négatif qui n’a pas de raison d’être. Nous pourrions rendre l’exercice positif.

L’enjeu a atteint un autre niveau la semaine dernière quand un syndicat d’enseignants en Ontario a voté pour retirer des écoles le nom de John A. Macdonald, l’accusant d’être « l’architecte de génocide » contre les Autochtones. Puis-je vous demander ce que vous pensez de cette description?

Je pense qu’il y a beaucoup de mérite. On ne peut pas passer à côté de cela.

Il faut se rappeler que le génocide n’était pas un crime à l’époque où Macdonald était premier ministre. Ce n’était pas non plus un crime quand Hitler en commettait un en Europe durant la Seconde Guerre, mais ça ne veut pas dire qu’ils n’ont pas fait des choses terribles.

Photo noir et blanc de John A. Macdonald.
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John A. Macdonald.

Photo : Archives Canada

D’ailleurs, plusieurs parlent du fait que John A. Macdonald n’a rien fait de plus que ce qui était acceptable à l'époque. Bien des choses qu’il a faites étaient inacceptables, et plusieurs s’y sont opposés. Mais comme Macdonald était premier ministre, il a fait ce qu’il voulait.

Que ça nous plaise ou non, ou que nous soyons prêts à le condamner ou même à continuer à le commémorer : ce n’est pas ce en quoi consiste la réconciliation. La réconciliation, c’est d’essayer de trouver l’équilibre en racontant l’histoire de ce pays.

La chose la plus importante que nous devrions prendre en considération demeure les nombreux Autochtones qui ont contribué à ce pays, à leur peuple et à la relation entre Autochtones et non-Autochtones. L’histoire les a ignorés, mais ils méritent tout autant d’être honorés et commémorés. C’est de cela que nous devrions discuter.

La communauté autochtone est-elle divisée sur le sens de la réconciliation? Parce que le chef national de l’Assemblée des Premières nations, Perry Bellegarde, a dit qu’il soutenait l’idée de débaptiser les écoles du nom de John A. Macdonald.

Il y a des divisions dans la société. Il y a aussi des divisions dans la communauté non autochtone. Donc, ça ne me surprend pas. Je pense que les gens essaient d’accepter à leur façon ce que la réconciliation représente et ce qu’elle devrait représenter.

La réconciliation consiste à établir une relation de respect mutuel et à assurer que nous ne tolérons plus que la société ou une partie de la société croie que certains sont supérieurs à d'autres.

 

Je reviens sur vos commentaires sur le débat négatif et son impact contreproductif à la réconciliation. Y a-t-il un côté productif parce que des gens prennent part au débat et discutent?

Il y a peut-être une approche tout aussi controversée mais plus positive à adopter, comme d’identifier les Autochtones qui ont contribué à la société canadienne, tout autant, sinon plus que John A. Macdonald.

Donnez-nous quelques exemples de gens que vous aimeriez voir commémorer?

Une des premières personnes remonte au traité de Selkirk au Manitoba. Quand Lord Selkirk a voulu établir un hameau dans la région actuelle de Forks, dans le sud du Manitoba, il a négocié la présence et la capacité d’occuper les terres avec le chef Peguis.

Le chef Peguis a non seulement protégé les gens, mais a aussi convenu de leur donner des terres pour qu’ils construisent leurs villages. Il a aussi accepté de les aider à survivre et a pris soin d’eux.

Dans l’Ouest, Poundmaker et Big Bear ont contribué à empêcher les Autochtones de rejoindre la guerre contre le Canada lors de la rébellion de la Saskatchewan.

Un autochtone âgé prend la pose dans un photographie d'époque.
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Big Bear devrait être honoré, estime Murray Sinclair.

Photo : Bibliothèque et Archives Canada

Comment voyez-vous ces hommes honorés et reconnus? Plus de statues? Plus d’écoles à leurs noms?

Précisément. Je pense qu’ils devraient apparaître sur notre monnaie. Je pense qu’il devraient se trouver sur les murs de nos institutions, tout comme les portraits des membres du Parlement et des premiers ministres qui sont accrochés dans nos édifices publics. Nous ne devrions pas les cacher dans de petits endroits sombres.

Et devaient-ils se retrouver aux côtés de personnages controversés comme John A. Macdonald?

Pour assurer l’équilibre de l’histoire, oui.

Où pensez-vous que nous sommes rendus dans cet exercice?

Oh, nous trébuchons à la ligne de départ de la réconciliation. Il n’y a aucun doute là-dessus. Nous n’avons même pas encore commencé la course et le parcours sera long.

Avec les informations de CBC

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