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Crise des opioïdes en Ontario : plus d’argent, mais pas d’état d’urgence

Le ministre de la Santé et des Soins de longue durée, Erik Hoskins, entouré d'experts et d'intervenants du milieu de la santé publique et communautaire.

Le ministre de la Santé Eric Hoskins en conférence de presse.

Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll

Radio-Canada
Mis à jour le 

Le ministre de la Santé et des Soins de longue durée de l'Ontario, Eric Hoskins, a annoncé un investissement supplémentaire de 222 millions de dollars pour lutter contre la crise des surdoses d'opioïdes qui sévit dans la province.

L’argent supplémentaire injecté par le gouvernement servira notamment à embaucher des intervenants de première ligne auprès des toxicomanes et à élargir la distribution de naloxone aux personnes à risques.

L’annonce prévoit aussi de créer de nouvelles cliniques de traitement des dépendances à accès rapide dans toutes les régions des provinces et d’« étendre les services de réduction des méfaits, comme les programmes d’échange de seringues et les sites d’injection supervisée ». Toutefois, le ministre n’a pas fait de promesses plus précises à cet effet.

Le gouvernement a également décidé de s’associer au Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) pour améliorer les services de traitement des dépendances.

7 visites / jour au service d'urgence, une augmentation de 30 % de 2007-2008 à 2014-2015.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Intoxication aux opioïdes en Ontario - Source : Institut canadien d’information sur la santé

Photo : Radio-Canada / Vincent Wallon / Icônes : Icon Pond de www.flaticon.com

Le ministre Eric Hoskins est d’avis que cet argent neuf permettra d’améliorer les services offerts dans le cadre de la stratégie ontarienne pour prévenir la dépendance et les surdoses aux opioïdes.

Nous devons composer avec une crise de santé publique grave. Voilà pourquoi l’annonce d’aujourd’hui n’est pas la première. Et il ne s’agira pas de la dernière.

Eric Hoskins, ministre de la Santé et des Soins de longue durée

Non à l’état d’urgence

Selon la première ministre Kathleen Wynne, déclarer l'état d'urgence serait miser sur une gestion de crise à court terme et serait donc inadéquat. Elle juge que cette grave crise de santé publique doit plutôt être gérée grâce à des investissements à long terme.

Le défi avec cette crise, c’est qu’il ne s’agit pas d’une situation avec un dénouement prévisible à court terme, comme un feu ou une inondation. Nous parlons d’une crise qui perdure.

Kathleen Wynne, première ministre de l’Ontario

Le ministre Eric Hoskins, pour sa part, a répété que l’Ontario faisait face à une crise de santé publique grave qui doit être gérée grâce à des investissements à long terme plutôt que de faire une gestion de crise à court terme.

  • Moderniser les activités de prescription d’opioïdes → 15 M$
  • Soutien à long terme aux toxicomanes → 70 M$
  • Embaucher des intervenants de première ligne → 9 M$
  • Soutien spécialisé dans les communautés autochtones → 20 M$ (2018-2020)

Le médecin-hygiéniste en chef de l’Ontario, le Dr David Williams, a salué l’annonce du gouvernement et appuie la décision de ne pas déclarer l’état d’urgence. « Nous mettons à jour et élargissons notre stratégie, a-t-il indiqué, à mesure que la crise des opioïdes évolue [...] Des solutions à court terme sont insuffisantes : l’Ontario vise plutôt le long terme. »

Plus de 700 médecins, infirmières, travailleurs de rue et universitaires ont signé une pétition pressant le gouvernement de l’Ontario de déclarer l’état d’urgence. Ils demandent également davantage d’investissements pour ouvrir des centres d’injection supervisée là où les besoins sont les plus criants.

Chaque jour, 13 Canadiens hospitalisés. Les causes : 49 % accidentelle, 33 % intentionnelle, 12 % de nature inconnue et 6 % dans le cadre d'un traitement. 8 jours : durée moyenne du séjour à l’hôpital pour une intoxication aux opioïdes en 2014-2015 (5 jours pour une crise cardiaque).Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Source : Institut canadien d’information sur la santé

Photo : Radio-Canada / Vincent Wallon / Icônes : Icon Pond de www.flaticon.com

Satisfaits, mais prudents

La directrice du Centre de santé communauté South Riverdale à Toronto, Lynne Raskin, est heureuse de voir que le gouvernement prend au sérieux la situation et qu’il a décidé d’injecter ces fonds supplémentaires. Elle demeure cependant prudente et attend de voir ce que cet argent amènera concrètement comme amélioration dans les services aux consommateurs de drogue.

Trois intervenants dans le milieu de la réduction des méfaits Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

De gauche à droite, Lynne Raskin et Zoe Dodd du Centre de santé communautaire South Riverdale et Sarah Ovens, intervenante en réduction des méfaits au centre d'injection supervisée illégal au parc Moss à Toronto

Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll

Je crois qu’il s’agit d’une annonce importante. Nous verrons comment l’aide se mettra en place.

Lynne Raskin, directrice du Centre de santé communautaire South Riverdale à Toronto

Zoe Dodd, qui travaille également au Centre de santé communautaire South Riverdale, n’est pas satisfaite du montant prévu, 9 millions de dollars, pour embaucher des intervenants de première ligne dans les trois prochaines années : « Je peux vous dire que ça ne sera pas un montant suffisant pour toute la province. »

Elle est surtout déçue que le gouvernement n'ait pas pris les mesures nécessaires pour permettre aux centres d'injection supervisée improvisés, comme celui du parc Moss à Toronto, de fonctionner de manière légale. Elle répète que ces sites sont efficaces et qu’il est urgent de s’inspirer de ce qui s’est fait en Colombie-Britannique.

En Colombie-Britannique, ils ont obtenu une exemption ministérielle. On nous dit que ce n’est pas possible ici. Nous demandons au gouvernement de travailler avec le fédéral pour nous permettre d’ouvrir davantage de ces centres le plus rapidement possible.

Zoe Dodd, intervenante en toxicomanie au Centre de santé communautaire South Riverdale

Ces intervenants sur le terrain ont très hâte de rencontrer le ministre Hoskins la semaine prochaine pour discuter plus longuement de la façon dont ces nouveaux investissements pourront concrètement améliorer les services aux personnes qui consomment des drogues.

Des données de 2016 montrent que deux personnes meurent chaque jour en Ontario d’une surdose liée aux opioïdes. Selon les intervenants sur le terrain, ces chiffres ne représentent plus la réalité et le nombre de morts liées aux opioïdes serait en importante hausse.

Réactions dans le nord de la province

La députée de Nickel Belt et porte-parole en matière de santé pour le NPD dit être insatisfaite de la décision du gouvernement de Kathleen Wynne.

C’est comme si on regarde le trou dans le toit et qu’on dit : “Oh mon Dieu que vous faites une bonne job à changer les chaudières pleines d’eau”. Oui, mais ces chaudières, ce sont des gens qui meurent, ça.

France Gélinas, députée néo-démocrate

Selon France Gélinas, décréter l'état d'urgence est la seule façon de faire en sorte que la crise d'opioïdes soit une réelle priorité pour la province.

« Si c'était des enfants qui avaient la grippe aviaire, on l’aurait eu l’état d’urgence, mais ce sont des personnes qui ont des dépendances et, apparemment, la discrimination dans le monde de la santé est en bonne santé », soupire cette dernière.

Le Dr Mike Franklyn, un médecin spécialiste du traitement des dépendances, dirige la Clinique d’accès rapide au traitement médical des toxicomanies (CARTMT) à l’hôpital Horizon Santé-Nord du Grand Sudbury.

Il fait partie des 700 travailleurs de la santé qui ont signé la pétition, souhaitant ainsi voir des changements rapides s'effectuer dans le Nord.

Dans le sud de l’Ontario, un patient qui choisit d’être traité va, en moyenne, parcourir 12 kilomètres par jour pour recevoir les soins. Dans le Nord, c’est dix fois plus.

Dr Mike Franklyn, spécialiste du traitement des dépendances

Il aimerait voir un meilleur soutien psychologique offert aux personnes dépendantes.

« Il faut arrêter de voir des gens mourir et la façon pour y arriver, je pense, c’est plus que la distribution de naloxone [...] il faut avoir un bien meilleur contrôle des prescriptions d’opioïdes », soutient-il.

Des données de 2016 démontrent qu'en Ontario deux personnes meurent chaque jour d’une surdose liée aux opioïdes.

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