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Vie de parents : papa a un boulot traditionnellement féminin

Photo d'une homme qui sourit légèrement, placé devant un mur de bois.

Stéphane Bourassa

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Après avoir passé l'été à la maison avec ses enfants, Stéphane Bourassa se prépare pour la rentrée scolaire. Encore une fois cette année, il devra affronter le regard inquisiteur des parents qui reconduisent leurs enfants au service de garde et se rendent compte que leur éducateur est un homme.

Un texte de Christelle D'Amours pour Les malins

Depuis maintenant plus de vingt ans, Stéphane Bourassa est éducateur en service de garde dans une école primaire. Il exerce ce métier qui pourrait être considéré comme traditionnellement féminin.

Même moi comme parent […] je jugerais quelqu’un qui fait ça, alors je n’en veux pas à ceux qui me jugent.

Stéphane Bourassa

Tout a commencé alors qu’il faisait de la suppléance dans les écoles après avoir complété un diplôme d’études collégiales en arts plastiques.

On lui a proposé de faire un essai au service de garde et il a décidé de tenter l’expérience. « C’est vraiment un adon […] Ça fait maintenant vingt ans que je l’essaye! », dit celui qui n’avait pas du tout planifié ce cheminement de carrière.

Un homme parmi tant de femmes

Dès ses débuts dans ce métier, Stéphane Bourassa a constaté qu’il était minoritaire dans ses fonctions. Bien qu’il ait rencontré des confrères lors de conférences, il a longtemps été le seul homme de son équipe de travail. « Je me sentais tout seul en Outaouais, mais je connaissais du monde [dans un service de garde] à Montréal qui étaient juste des gars », dit-il.

C’est à cause de la société. C’est parce que « c’est comme ça ».

Stéphane Bourassa

Il soutient cependant son métier gagnerait à être plus connu des hommes, ne serait-ce que pour ajouter un peu de masculinité aux jeux qui sont proposés aux enfants.

« Ça aiderait qu’il y ait plus de papas ou de gars à l’école pour faire bouger plus les enfants. Ce n’est pas parce que les filles ne les font pas bouger, mais elles les font bouger d’une autre manière que nous », dit l’éducateur en ajoutant qu’il vaudrait mieux « pas que ce soit juste féminin pour donner la chance aux petits garçons de faire des affaires de petit gars. »

Selon lui, autant les filles que les garçons de son école veulent se retrouver dans son groupe, puisqu’il se plaît à leur proposer des activités divertissantes. C’est plutôt face aux parents qu’il ressent ce léger malaise, discret, mais bien réel. « C’est surtout les parents qui arrivent avec leurs petits de maternelle […], mais on les rassure et ça va bien après », précise M. Bourassa.

Stéphane Bourassa en entrevue avec Jhade MontpetitAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Stéphane Bourassa en entrevue avec Jhade Montpetit

Photo : Radio-Canada

Éduquer différemment

Selon Stéphane Bourassa, la grande différence entre les hommes et les femmes dans un milieu d’éducation c’est le rapport à la protection des enfants.

On est un peu moins couveuse, on est peut-être plus laisser-aller. On ose faire des jeux des fois qui seraient moins permis si c’était une fille [qui surveillait les enfants].

Stéphane Bourassa

M. Bourassa donne l’exemple des bagarres amicales qui sont interdites à l’école. « Pour le tiraillage, la différence entre vouloir faire brailler quelqu’un ou vouloir jouer avec est très grande, mais à l’école on met tout ça ensemble », explique notre interlocuteur qui croit au contraire que ce type de jeux est normal et devraient plutôt être encadré.

L’éducateur a même gagné son pari en obtenant la permission de l’école où il travaille afin de fabriquer des épées en mousse pour permettre aux enfants de son école de se défouler. « Ils se frappent dessus pareil, mais c’est supervisé alors ils savent quels coups ils n’ont pas le droit de faire, quel coup peut blesser ou peut être dangereux. Là ça va bien et ils s’amusent » ajoute-t-il, fier d’avoir réussi à changer un peu les choses.

À son avis, les éducateurs sont trop souvent limités dans les activités qu’ils proposent aux enfants. « On essaie de pousser pour que nos projets se réalisent », expose celui qui considère que les écoles devraient faire confiance à l’expérience des éducateurs. « Dans le fond, les parents veulent. Mais on couvre un peu trop », conclut-il.

Laisser ses enfants pour s’occuper de ceux des autres

Durant l’entrevue de Stéphane Bourassa, des poules picorent sur un grand terrain entouré d’arbres, faisant l’aller-retour entre le leur poulailler et les platebandes en fleurs. Pendant ce temps, deux petits garçons s’amusent avec leur chien près du jardin où poussent des variétés de légumes.

Photo de trois poules.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des poules se promènent sur le terrain de campagne de M. Bourassa

Photo : Radio-Canada

C’est ici que ce papa a passé son été avec ses fils, puisque son métier lui permet de rester à temps plein avec eux durant les vacances. Il affirme en souriant qu’il aurait certes pris encore quelques semaines de vacances. Il avoue très humblement que la routine quotidienne et la conciliation travail-famille ne sont pas toujours évidentes.

Je pense qu’on a moins de tolérance à la maison. Quand on dit cordonnier mal chaussé, je pense que ça s’applique.

Stéphane Bourassa

« J’arrive le soir et [mes enfants] veulent faire des activités, mais j’ai mon quota de courir après des ballons et de lancer des balles », admet le père de famille.

Photo d'un chien qui se promène sur un terrain vert bordé d'arbres.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La vie de campagne tire à sa fin avec la rentrée qui approche

Photo : Radio-Canada

Cette réalité est d’autant plus amplifiée par les longues heures de travail de M. Bourassa qui a certes beaucoup d’ancienneté à son travail, mais assure ainsi les quarts de travail les plus longs.
« Je réveillais mes enfants à 5 h pour aller les porter à la garderie ici à Perkins à 6 h, pour ouvrir les portes à 6 h 45 à [mon école] à Buckingham et je revenais à 18 h à la maison. Ce n’est pas évident », dit le papa.

Conserver son cœur d’enfant

Les activités et le côté éducatif du travail en service de garde sont ce qui passionne le plus M. Bourassa dans ce métier qu’il pratique par plaisir.

Confiant qu'il a dû faire face à l’obligation de devenir papa lorsque ça s’est produit dans sa vie, l’éducateur en service de garde ajoute qu’il voyait néanmoins en son travail la possibilité de demeurer jeune malgré tout.

Je pense que le syndrome de Peter Pan, quand tu veux rester un petit garçon tout le temps, c’est peut-être ce qui m’a amené au service de garde pour jouer, pour m’amuser.

Stéphane Bourassa

Ce que Stéphane Bourassa apprécie le plus de son métier, c’est « quand tu finis ta journée et que tous les enfants avec lesquels tu fais une activité sont comme ‘’ merci, on a fait ça et on a eu super du fun’’ ou que les parents arrivent et disent ‘’ils m’ont parlé de ça toute la soirée hier ‘’ », conclut-il en souriant.

Photo d'un chien qui regarde une poule.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Vie de campagne chez Stéphane Bourassa

Photo : Radio-Canada

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