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Une femme accouche devant la porte barrée de l’hôpital de Ville-Marie

La famille Diallo a vécu toute une nuit à l'hôpital de Ville-Marie, au Témiscamingue.

La famille Diallo a vécu toute une nuit à l'hôpital de Ville-Marie, au Témiscamingue.

Photo : Radio-Canada / Tanya Neveu

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le petit Antony Diallo, qui aura trois mois dans quelques jours, est en pleine santé. Ses parents ont pourtant craint le pire le jour de sa naissance, se butant aux portes closes de l'hôpital de Ville-Marie, au Témiscamingue.

Un reportage de Tanya Neveu

En proie à d’importantes douleurs et de fortes contractions, Naika Jeannot se rend à l’hôpital de Ville-Marie dans la nuit du 31 mai avec son fiancé, Adoussalam Diallo.

Vers 2 h du matin, après l’avoir examinée, le personnel hospitalier donne à la femme des antidouleurs mais renvoie le couple à la maison.

Seulement une heure plus tard, ces derniers se présentent à nouveau à l'hôpital. Mme Jeannot souffre alors énormément.

Le couple trouve porte close : les portes coulissantes de l’urgence sont verrouillées.

C'est à cette entrée que Naika Jeannot et son conjoint se sont butés à des portes closes le 31 mai dernier.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

C'est à cette entrée que Naika Jeannot et son conjoint se sont butés à des portes closes le 31 mai dernier.

Photo : Radio-Canada / Tanya Neveu

Paniqué, le fiancé de Naika Jeannot sonne une première fois sans obtenir de réponse.

Il persiste.

J'ai cogné avec ma main, j'ai cogné avec mon pied. Je cognais avec tout ce que je pouvais pour vraiment faire du boucan parce que ça se peut que la sonnette ne marche pas aussi. Non, non, ça ne marche pas. Elle se tordait de douleur.

Une citation de : Adoussalam Diallo

M. Diallo se rappelle avoir tenté de rassurer sa conjointe tout en restant calme.

« Je lui ai dit : il faut que tu t'assoies un peu, il ne faut pas que tu tombes, là. Et c'est là que j'ai commencé à voir une bosse qui descendait entre ses jambes. J'ai dit : "wow c'est quoi ça?" », raconte M. Diallo.

Elle accouche devant les portes

Voyant qu'il n'obtient finalement aucune réponse après avoir sonné à de multiples reprises, Adoussalam Diallo prend lui-même la tête du bébé et aide sa conjointe à donner naissance.

Ça là qu'il a décidé de venir. Fallait agir dans l'immédiat. J'ai tenu la tête et tout le corps est sorti avec le sang qui coulait partout. Faut pas être émotif.

Une citation de : Adoussalam Diallo

Le père de famille tente dès lors d'ouvrir les portes de l’urgence avec toute la force qu'il lui reste.

« C'est là où j'étais tellement fâché. Je ne sais pas avec quelle force j'ai fait pour débarrer les portes qui refusaient de s'ouvrir », se remémore-t-il.

Il entre finalement dans le corridor de l'hôpital où il crie à l'aide et jette une poubelle par terre pour être entendu. Il est 3 h 24. Une infirmière arrive.

« Elle a crié : "Oh mon Dieu!" Elle s'est précipitée et est allée chercher une chaise roulante. Elle est revenue avec d'autres membres du personnel », ajoute M. Diallo.

Le couple est finalement pris en charge par le personnel hospitalier.

Même si elle avoue que ce moment lui a paru une éternité, Naika Jeannot conserve peu de souvenirs de l’accouchement.

Ce que je me rappelle, c'est que c'est Salam qui m'a accouché, c'est ça! C'est Salam qui a tenu le bébé et me l'a donné. J'ai eu peur! Heureusement pour moi, je n'ai eu aucune complication... mais sur le coup, on a peur. Dieu merci, le bébé va bien.

Une citation de : Naika Jeannot

Aucun suivi du CISSS

À leur retour à la maison, Adoussalam Diallo prend la décision d’élaborer une plainte auprès de l'hôpital de Ville-Marie, sous l’égide du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Abitibi-Témiscamingue (CISSS-AT).

Le père considère qu'on ne lui a jamais expliqué ce qui s'était passé et souhaite comprendre pourquoi sa femme et lui ont dû attendre au moins quatre minutes devant des portes verrouillées avant d'être pris en charge.

Il prétend également qu'aucune excuse ne leur a été faite.

Adoussalam DialloAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Adoussalam Diallo

Photo : Radio-Canada / Tanya Neveu

Ce qui m'a le plus fâché, c'est que je n’ai pas eu de suivi par rapport à ça. Moi je m'attendais vraiment à ce qu'il y ait quelqu'un qui vienne me voir pour me dire "voilà le problème, on s'excuse, on sait que ça s'est passé ainsi."

Une citation de : Adoussalam Diallo

M. Diallo se désole que personne de l’organisation de santé ne soit venu à la rencontre du couple pour effectuer un suivi ou pour demander comment ces derniers se sentaient.

Le 1er juin 2017, M.Diallo adresse ainsi une plainte au CISSS-AT.

Il a fallu que j'écrive une lettre de plainte et c'est après qu'on m'a proposé de l'assistance psychologique.

Une citation de : Adoussalam Diallo

L’homme ne recevra une réponse que le 26 juillet 2017.

La lettre du CISSS-AT reçue par M. Diallo.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La lettre du CISSS-AT reçue par M. Diallo.

Photo : Radio-Canada / Tanya Neveu

Dans sa réponse, la commissaire aux plaintes et à la qualité des services fait valoir que dès la réception de la plainte, le 16 juin dernier, M. Diallo a reçu de l'aide psychologique à deux reprises.

Selon le rapport, les images captées par les caméras de surveillance confirment qu'un peu moins de quatre minutes se sont déroulées entre l'arrivée du couple et l'assistance d'une infirmière.

Dans la lettre envoyée à M. Diallo, on peut lire que « [...] selon le témoignage de l'infirmière, celle-ci se trouvait aux soins intensifs lorsqu'a retenti la sonnerie. Puisqu'un équipement produisait du bruit, elle n'a pas entendu cette sonnerie. »

Dans cette même lettre, on retrouve des éléments explicatifs en ce qui a trait aux quarts de travail du personnel hospitalier de l’établissement.

Précisons que durant la nuit, deux infirmières seulement sont sur place et, pendant les pauses, une infirmière est seule. À ce moment-là, l'infirmière était la seule présente.

Une citation de : Extrait de la lettre du CISSS-AT

[...] Le son de la sonnette de la porte d'entrée est identique à celui des cloches d'appel des patients en observation. Nous sommes d'avis que cette situation ne permet pas à l'infirmière sur place de savoir rapidement quel est le besoin. [...]

Une citation de : Extrait de la lettre du CISSS-AT

La porte extérieure est verrouillée pour assurer la sécurité du personnel et des patients puisqu'aucun gardien de sécurité n'est sur place.

Une citation de : Extrait de la lettre du CISSS-AT

Des recommandations ont été faites pour corriger certaines situations.

Trop peu trop tard

Selon Adoussalam Diallo, cette lettre explicative ne justifie pas les services reçus lors de la nuit du 31 mai dernier.

Ce dernier se dit déçu que le CISSS de l’Abitibi-Témiscamingue n’ait déployé aucune ressource pour aller à la rencontre du couple.

« [Ils auraient pu] envoyer quelqu'un à la maison pour dire : ''voilà, on a vu le problème, voilà comment ça s'est passé, on s'excuse vraiment, comment vous vous sentez?''. Je sais que ça peut arriver un problème. Je suis certain que si je n'avais pas réussi à ouvrir la porte, ça aurait pris plus que quatre minutes. C'est le « après » que je n’ai pas aimé », soutient M. Diallo.

Naika Jeannot et son bébé AntonyAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Naika Jeannot et son bébé Antony

Photo : Radio-Canada / Tanya Neveu

Le couple a décidé de parler publiquement de son histoire pour ne pas qu'elle se reproduise, ni dans la région, ni même ailleurs.

La famille s’estime chanceuse que le bébé et la maman soient tous deux en bonne santé.

Le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS-AT) a refusé de nous accorder une entrevue pour des raisons de confidentialité.


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