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Le marché du carbone reprend du poil de la bête

Des cheminées qui crachent de la fumée.
Des cheminées d'usine Photo: Radio-Canada

Après une année 2016 plutôt morose qui a fait douter certains observateurs de son utilité, le marché du carbone Québec-Californie reprend de la vigueur. La demande pour les droits d'émission de gaz à effet de serre n'a jamais été aussi forte.

Un texte d’Alexandre Duval

Le 15 août, lors de la troisième vente aux enchères de 2017, les entreprises présentes sur le marché se sont littéralement arraché les droits d’émission disponibles. Pour chaque tranche de 100 droits d’émission, il y avait 179 demandeurs. Autrement dit, l’offre n’a pas répondu à la demande.

Résultat : les droits d’émission se sont écoulés au coût de 18,74 $ l’unité, ce qui constitue le deuxième prix le plus élevé depuis les débuts du marché. N’eût été la récente remontée du dollar canadien, le record de 18,82 $ atteint en mai aurait sûrement été battu.

Le gouvernement du Québec a ainsi engrangé des recettes de 185 millions de dollars, envoyées directement dans le Fonds vert. C’est trois fois plus qu’à pareille date l’an dernier.

« On est très satisfait du résultat de la dernière vente aux enchères », affirme David Heurtel, ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques.

David Heurtel, Ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques.David Heurtel, ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. Photo : Radio-Canada

L’incertitude balayée

Le professeur à HEC Montréal Pierre-Olivier Pineau se réjouit que « les participants qui avaient un peu déserté le marché du carbone » soient de retour.

Il faut qu’il y ait des participants pour la crédibilité du système, pour que ça fonctionne et pour montrer qu’il y a une adhésion globale à cette démarche du gouvernement.

Pierre-Olivier Pineau, professeur à HEC Montréal

À son avis, ce regain d’intérêt envers le marché du carbone est dû en grande partie à la Californie. Jusqu’à tout récemment, la Chambre de commerce de cet État américain contestait le marché du carbone, qui équivaut à une taxe inconstitutionnelle, selon l’organisme.

« Devant l’incertitude et le doute, une grande partie des émetteurs n’avait tout simplement pas participé aux enchères et n’avait donc pas acheté de droits d’émission [depuis un an] », explique le professeur.

Or, en juillet, la législature de la Californie a voté pour prolonger son adhésion au marché jusqu’en 2030, et ce, à majorité des deux tiers. Cette super-majorité représente justement le seuil minimal pour qu’une nouvelle taxe entre en vigueur en Californie.

Autre record à prévoir

Le professeur Pineau estime qu’en raison de cette période creuse, certains pollueurs ont accumulé du retard dans l’achat de leurs droits d’émission.

Cela lui permet d’avancer que la prochaine enchère, qui aura lieu en novembre, devrait fracasser un nouveau record de prix pour les droits d’émission. L’engouement devrait être d’autant plus grand qu’il s’agira de la dernière enchère de 2017.

Chaque année, le prix plancher des enchères augmente de 5 % en plus de l’inflation, ce qui veut dire que pour ceux qui sont un peu prévoyants, ils préfèrent acheter à la fin de l’année 2017 plutôt qu’en 2018. Ils vont faire quelques économies.

Pierre-Olivier Pineau, professeur à HEC Montréal
Pierre-Olivier Pineau, professeur à HEC MontréalPierre-Olivier Pineau, professeur à HEC Montréal Photo : Radio-Canada

Une efficacité encore à démontrer

Malgré ce regain de vigueur, l’efficacité du marché pour réduire les émissions de GES doit encore être démontrée, selon le professeur. « Actuellement, les émissions ne diminuent pas en Californie et au Québec. »

D’ici 2020, le Québec s’est donné comme objectif de réduire ses émissions de GES de 20 % par rapport au niveau de 1990. Le ministre David Heurtel ne s’en fait pas trop.

L’Ontario se joindra au marché Québec-Californie en 2018. L’Union européenne a réformé le sien et la Chine a annoncé qu’elle aurait son propre système. « C’est un mouvement planétaire », insiste-t-il.

Le ministre martèle qu’avant d’observer les effets du marché, il faut laisser un peu de temps s’écouler. Quand des entreprises polluantes adoptent de nouvelles technologies pour réduire leurs GES, on ne constate pas les résultats du jour au lendemain.

Le marché du carbone fait ses preuves et va continuer de faire ses preuves, mais il faut donner le temps au temps.

David Heurtel, ministre du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques

David Heurtel ajoute que le marché du carbone n’est pas le seul moyen dont dispose le Québec pour atteindre ses objectifs. L’électrification des transports, par exemple, est un autre secteur névralgique pour réduire les GES.

Le marché du carbone en bref

Le marché du carbone a été créé en 2013 au Québec dans le but de forcer les grandes entreprises qui polluent à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). Depuis novembre 2014, la Californie y participe aussi. Le fonctionnement est simple : quatre fois par année, des « droits d’émission » sont mis aux enchères.

Les entreprises qui réduisent leurs émissions de GES peuvent vendre leurs droits; celles qui émettent trop de GES peuvent en acheter. Chaque année, une portion des droits est retirée du marché, ce qui crée une rareté. Conséquemment, le prix des droits d’émission devrait augmenter, ce qui doit amener les entreprises à trouver des façons de moins polluer.

Économie