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Phénix : plus de 150 000 fonctionnaires éprouvent des problèmes de paye

Le reportage de Catherine Lanthier
Radio-Canada

EXCLUSIF - Radio-Canada a obtenu des documents qui lèvent le voile sur le nombre de fonctionnaires fédéraux qui éprouvent des problèmes de paye. Ils sont quelque 156 000, soit environ la moitié des effectifs de toute la fonction publique fédérale. Depuis le début de la crise, le gouvernement refuse de fournir ces renseignements.

Un texte de Catherine Lanthier

Le ministère des Services publics et de l’Approvisionnement du Canada s’en tient, depuis des mois, à publier le nombre de « transactions », ou de « mouvements de paye » non traités, méthode critiquée par les représentants syndicaux pour la confusion qu’elle suscite, selon eux.

Les documents obtenus par Radio-Canada révèlent que le gouvernement collige le nombre d’individus touchés par les problèmes de paye dans toute la fonction publique depuis au moins le 26 juin dernier.

À cette date, 151 746 individus attendaient depuis plus d’un mois que leur dossier soit traité. Ce nombre a fluctué d’une période de paye à l’autre, pour atteindre 156 035 le 8 août dernier, sur un total de de 313 734 employés de l’État.

Nombre total d'individus avec problèmes de paye
26 juin : 151 746 

11 juillet : 155 858 

25 juillet : 159 378 

8 août: 156 035 Nombre total d'individus avec problèmes de paye Photo : Radio-Canada

Une source bien placée au gouvernement nous indique que ces tableaux n’ont pas encore été rendus publics, puisque cette nouvelle façon de procéder en est à ses débuts et reste à peaufiner. Cette nouvelle approche serait attribuable au groupe de travail ministériel exclusivement créé pour résoudre l’épineux dossier Phénix; elle serait également le fruit des investissements du gouvernement en la matière.

Dans une déclaration écrite, le secrétaire parlementaire responsable du dossier, Steven MacKinnon, explique que son équipe « travaille actuellement à recueillir et raffiner les informations sur les employés, ce qui requiert une coordination importante de la part du Secrétariat du Conseil du Trésor entre le Centre des services de paye et les ministères et agences qui ne sont pas desservis » par ce centre.

Ces tableaux de bord détaillent également avec précision quels sont les problèmes les plus fréquemment rencontrés par les fonctionnaires fédéraux. Les nominations d'intérimaires et les cas de fonctionnaires trop payés figurent en tête de liste.

Un manque de transparence, selon les syndicats

Ces renseignements révélés par Radio-Canada font bondir les représentants syndicaux, qui réclament depuis plus d'un an du fédéral qu’il dresse publiquement un tel portrait.

Le représentant pour la région d'Ottawa de l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC), Greg McGillis, estime « frustrant » que « le gouvernement ait retenu cette information, ait dit qu’il ne pouvait la produire, et maintenant, c’est très clair qu’elle est disponible, très clair que le problème ne se règle pas ».

On a besoin de beaucoup plus d’honnêteté, beaucoup plus de transparence.

Greg McGillis, vice-président exécutif, région de la capitale nationale, AFPC

« Nos membres sont vraiment fâchés », ajoute M. McGillis, qui estime que le gouvernement doit saisir l'occasion pour modifier son approche et mieux communiquer avec ses fonctionnaires.

Tant l’Alliance de la fonction publique du Canada que l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada déplorent que le gouvernement ne fasse pas de mises à jour plus fréquentes sur les ratés du système devant la presse, tel qu’il avait l’habitude de faire.

On demande que ces breffages-là reviennent pour pouvoir savoir ce qui se passe, pour pouvoir mieux informer nos membres.

Stéphane Aubry, vice-président, Institut professionnel de la fonction publique du Canada

« On aimerait que l’employeur soit beaucoup plus transparent avec ses données », ajoute le vice-président de l'Institut, Stéphane Aubry, inquiet du grand nombre d'employés qui ne sont pas payés adéquatement ou qui sont surpayés.

Le fédéral préfère parler de transactions

De son côté, le député de Gatineau et secrétaire parlementaire du ministre des Services publics et de l'Approvisionnement, Steve McKinnon, rappelle que le gouvernement mesure les progrès du système Phénix par le nombre de transactions et non par le nombre de personnes touchées.

Nos rapports sont basés sur le nombre de transactions, parce que c'est comme ça que les choses sont traitées aux centres de paye.

Steve McKinnon, député de Gatineau
Le député est assis devant une bibliothèque pleine de livres.Le député de Gatineau et secrétaire parlementaire du ministre des Services publics et de l'Approvisionnement, Steve McKinnon Photo : Radio-Canada / Yves Lévesque

« On n’a jamais essayé de réduire l'ampleur du problème », soutient M. McKinnon. « C'est pour ça que nous avons mis les bouchées doubles, que nous avons investi des millions de dollars, recruté bon nombre de nouveaux fonctionnaires. Nous avons agi dans la plus grande transparence. »

Il ajoute que l'application des nouvelles conventions collectives a également eu des répercussions sur la rapidité avec laquelle le gouvernement fédéral est en mesure de régler le problème du système de paye Phénix.

L’opposition réclame des comptes

« Écoutez, c’est la moitié de la fonction publique qui est touchée », s’indigne quant à lui le député fédéral de Beauport-Limoilou et critique conservateur en matière de Services publics, Alupa Clarke, qui réclame également plus de transparence de la part du gouvernement.

Ce gouvernement a induit en erreur les Canadiens, en tentant de nous expliquer de toutes sortes de manières les transactions.

Alupa Clarke, critique conservateur en matière de services publics et d’approvisionnement

Les deux principaux partis d’opposition dénoncent le fait qu'ils n'ont jamais obtenu de réponses claires à leurs nombreuses questions posées à la Chambre des communes depuis le début du fiasco.

« Les libéraux, c’est une véritable patate chaude pour eux. On voit leur incompétence », a réagi le député néo-démocrate de Rosemont-La Petite-Patrie et critique du NPD en matière de finances, Alexandre Boulerice.

Il estime que les membres du gouvernement ont manqué à leur devoir de transparence. « Ça fait des semaines qu’ils ont le nombre. Ils savent qu’ils vont avoir l’air fou, donc ils jouent aux cachottiers », souligne-t-il.

Ottawa-Gatineau

Politique