•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L’utilisation de la langue innue diminue sur la Côte-Nord

L'évolution de la langue innue entre 2011 et 2016.

L'évolution de la langue innue entre 2011 et 2016.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Les récentes données de Statistique Canada révèlent que la langue innue est en décroissance dans la majorité des communautés autochtones de la Côte-Nord. Les jeunes utilisent beaucoup moins cette langue que leurs aînés.

Un texte d’Alix Villeneuve

Le déclin est plus prononcé dans la communauté de Pessamit. Le nombre de locuteurs innus y a chuté de près de 10 % depuis 2011.

Plusieurs intervenants le confirment, les jeunes générations parlent beaucoup moins cette langue ancestrale que les aînés.

Cette situation inquiète la chef par intérim de Uashat-Maliotenam, Virginie Michel, pour qui la langue est la pierre angulaire de l’identité innue.

« C'est comme la sève d'un arbre. La langue, c'est aussi important. Vos langues sont importantes et bien la nôtre aussi, explique-t-elle. Ça fait partie de notre sang, de notre identité, c'est ce qui va nous permettre d'évoluer, de grandir. »

Ça fait mal. Notre langue est en train de dormir et il faut la réveiller.

Virginie Michel, chef par intérim de Uashat-Maliotenam
La chef par intérim de Uashat-Maliotenam, Virginie Michel.

La chef par intérim de Uashat-Maliotenam, Virginie Michel.

Photo : Radio-Canada / Daniel Fontaine

Communautés isolées

Le directeur de l’école secondaire de Manikanetish de Uashat, Gyslain Caron, note que la proximité et l’augmentation des communications avec la société québécoise sont en cause. Selon lui, cela fait en sorte que le développement des jeunes est fortement influencé par la langue de Molière.

L’Internet, Facebook, le cellulaire, ils sont très habiles là-dedans, mais ça ne développe pas tellement la langue innue.

Gyslain Caron, directeur de l’école secondaire de Manikanetish de Uashat

Justement, la baisse de l’utilisation de cette langue autochtone n’est pas généralisée. Le déclin est moins prononcé chez les communautés en Basse-Côte-Nord ou à Schefferville, qui sont isolées des centres urbains francophones.

D’ailleurs, dans la communauté Mingan à 200 kilomètres à l’est de Sept-Îles, l’utilisation de la langue innue est même en progression.

Le directeur de l’école secondaire de Manikanetish de Uashat, Gyslain Caron.

Le directeur de l’école secondaire de Manikanetish de Uashat, Gyslain Caron.

Photo : Radio-Canada / Daniel Fontaine

Dans les cours d’école

Gyslain Caron, qui a l’occasion d’observer régulièrement les échanges entre les jeunes dans son école, remarque que ce n’est pas la majorité des jeunes qui parlent l’innu entre eux.

À l’extérieur des cours, souvent, ils vont se parler en innu, mais ça parle un petit peu plus français.

Gyslain Caron, directeur de l’école secondaire de Manikanetish de Uashat

Le directeur précise ensuite qu’il est difficile pour un jeune d’apprendre l’innu lorsqu’il parle le français chez lui.

Pour sa part, le résident de Maliotenam Luc André craint pour la pérennité de la langue innue. Selon lui, il faudrait assurer l’éducation des jeunes entièrement en innu et non dans les deux langues comme c’est le cas actuellement.

« Tu parles innu chez vous. Tu vas ensuite à la prématernelle et ce sont tous des gens qui parlent français. Pourtant, [les enseignants] sont innus. Ils parlent à nos enfants en français. Ça n’a pas de bon sens! », lance-t-il.

Plus optimiste, le directeur Gyslain Caron souligne qu'il remarque une amélioration des connaissances générale de l’innu chez les jeunes de son école depuis qu’ils ont augmenté le nombre d’heures d’enseignement de cette langue.

La langue innue est enseignée dans les écoles et côtoie le français.

La langue innue est enseignée dans les écoles, d'autres cours se donnent en français.

Photo : Radio-Canada

Protéger la langue innue

Lors de l'entretien, Virginie Michel s'est permise de faire un parallèle avec la situation de la langue française dans l’ensemble du Québec.

Si on protège la langue française, pourquoi ne pas protéger nos langues autochtones?

Virginie Michel, chef par intérim de Uashat-Maliotenam

La chef de la communauté ajoute ensuite qu'elle souhaiterait voir davantage de mesures de sauvegarde de la langue autochtone.

« Notre langue, elle vient de la nature. En innu, le rouge, c’est ce qui a la couleur du sang. C’est riche, c’est comme poétique », dit-elle en terminant, la voix pleine d’émotion.

D'après les informations de Jean-Louis Bordeleau

 

Côte-Nord

Société