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La Corée du Sud, entre tradition et postmodernité

Un vieil homme souriant, avec une camionnette pleine de bulbes d'ail

Un marchand d'ail à Séoul

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Radio-Canada

Ces temps-ci, on ne parle que de la Corée du Nord à cause des obsessions nucléaires de Kim Jong-un. Et pourtant, sa voisine, la Corée du Sud, est tout sauf ennuyante. Des habitants de Séoul témoignent.

Un texte de Michel Labrecque, de Désautels le dimanche

Des mots pour définir la Corée? Vitalité, dynamisme, transformation perpétuelle, m’a-t-on répondu. « Audace », dit Simon Bureau, un consultant en affaires québécois, installé à Séoul depuis 1986.

« C’est un pays qui a un pied dans la tradition et l’autre dans la postmodernité », avance Laurence Kwark, une Sud-Coréenne qui a vécu longtemps en Europe, avant de rentrer à Séoul il y a deux ans. « Et parfois, c’est difficile de marcher, car les deux pieds ne se déplacent pas à la même vitesse », ajoute-t-elle.

Le signe de Gangnam Style, et plusieurs immeuble en arrière-plan

Derrière le signe de Gangnam Style se trouve, dans la tour la plus grande, un des sièges sociaux de Samsung à Séoul.

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Personne n’a choisi le mot « résilience ». Et pourtant, quand on regarde l'histoire du dernier siècle, il y en a beaucoup. De ce pays colonisé et humilié par le Japon, totalement ravagé par la guerre avec la Corée du Nord, qui aurait pu dire qu'il allait devenir la 12e puissance économique du monde?

La recette du succès sud-coréen

« C’est loin d’être banal, et les Coréens en sont très fiers », dit Simon Bureau. Sans aucune ressource naturelle, la Corée du Sud est passée, de 1953 à aujourd’hui, du niveau de vie du Soudan à celui de nombreux pays européens.

La recette? Une complicité assez particulière entre l’État, les banques et les grands groupes industriels - les Samsung, Hyundai et autres -, qui a permis le développement progressif de plusieurs secteurs, raconte Simon Bureau. « Par contre, il y avait un prix à payer : l’absence de droits humains et de démocratie », précise-t-il.

Simon Bureau

Simon Bureau, un consultant en affaires québécois, installé à Séoul depuis 1986

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

En fait, les deux Corées étaient des dictatures - une communiste, l’autre capitaliste - qui ont cohabité pendant plus de 30 ans.

Sauf qu’en 1987, la Corée du Sud a vécu un soulèvement populaire qui a transformé le pays en démocratie. Et à la fin de 2016, un autre soulèvement populaire a mené à la destitution de la présidente Park Geun-hye, accusée de corruption. Pas banal, ça non plus.

Des gens brandissent de grandes affiches.

Un rassemblement politique à Séoul en juin 2017

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

« Les Coréens sont un peuple très engagé politiquement. Et quand il y a trop d’absurdité, les gens se mobilisent pour changer », dit Mina Jin, une Sud-Coréenne qui a vécu plus de 10 ans en France.

Et comme beaucoup de Coréens, elle pense que l’élection d’un président de gauche, Moon Jae-in, va contribuer à transformer le pays.

L’obsession de la hiérarchie

En matière de transformation, la Corée du Sud est un paradoxe total. Il s’agit de l’une des sociétés les plus développées sur le plan technologique, hyperéduquées (75 % de diplômés universitaires). Mais la société coréenne est aussi très rigide, et la hiérarchie est une obsession quasi maladive.

« En fait, on dit souvent que les Coréens du Sud sont plus confucéens que Confucius lui-même », blague Simon Bureau.

Il y a toujours une inégalité, que ce soit lié à l’âge, à l’université que vous avez fréquentée ou à votre titre dans une entreprise. La culture de la hiérarchie doit changer en Corée, à cause de la mondialisation.

Simon Bureau

Simon Bureau parle souvent de ce thème de l’inégalité dans les conférences qu’il donne régulièrement aux gens d’affaires.

La torture de l’école

Des enfants avec des violons

De jeunes musiciens à Séoul

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Autre paradoxe : le système d’éducation. « Un système perdant pour les enfants; trop de compétition », dit Mina Jin.

Un système primaire et secondaire que beaucoup de Coréens qualifient de « torture », puisqu’il ne récompense que les premiers de classe. « Un système qui mène plusieurs adolescents au suicide », ajoute Mina Jin, mère de deux grands enfants.

« Je ne connais aucun Coréen qui aime ce système, mais personne ne sait comment le changer », dit le psychologue Eun-Kook Suh, de l’Université Yonsei, à Séoul.

Un peuple malheureux…

Eun-Kook Suh est un psychologue spécialisé dans le bonheur. Quand on sait que, selon les enquêtes d’opinion, les Coréens du Sud sont un des peuples les moins heureux des pays de l’OCDE, il a une longue carrière devant lui. « C’est à cause de la perception », explique Eun-Kook Suh.

Eun-Kook Suh

Le psychologue Eun-Kook Suh, de l’Université Yonsei, à Séoul.

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Tout le monde se compare toujours à quelqu’un qui réussit mieux que lui. C’est pareil dans les autres pays de tradition confucéenne, comme le Japon. Aux États-Unis, c’est le contraire : il y a une pression pour être heureux.

Eun-Kook Suh

Et pourtant, Eun-Kook Suh, qui avait un poste d’universitaire en Californie, a fait le choix de rentrer en Corée du Sud. « À cause de mon réseau social et de la bouffe », dit-il en riant.

… mais en effervescence

Vous pouvez avoir l’impression en lisant ces lignes que vivre en Corée du Sud est sombre. C’est beaucoup plus compliqué que ça. Malgré le poids des traditions, Séoul, la métropole, est un endroit effervescent. Des milliers de bars et de cafés y sont fréquentés par de jeunes Coréens qui veulent vivre différemment de leurs parents.

Et que dire de la culture? Bien sûr, il y a la K-Pop et le « Gangham Style ». Mais aussi une scène alternative, une passion pour la musique classique, le cinéma et une scène extrêmement florissante d’art contemporain. Il y a un quartier industriel où 400 artistes ont des ateliers.

Des passants devant une sculpture en forme de livres

Séoul, Corée du Sud

Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

« Il y a aujourd’hui une vraie diversité dans la société », dit Benjamin Joinau, un Français qui vit en Corée du Sud depuis 23 ans et qui enseigne en coréen à l’Université Hongik, à Séoul. « Ce n’était pas aussi vrai il y a 20, 30 ou 40 ans », explique Benjamin Joinau.

L’image d’un pays très uniformisé ne tient pas dans la réalité, et c’est très bien. Sinon, ce serait un pays ennuyeux.

Benjamin Joinau

La question n’est pas de savoir si la Corée du Sud va continuer de changer, mais plutôt comment et à quelle vitesse.

Le reportage de Michel Labrecque est diffusé le 20 août à Désautels le dimanche sur ICI Radio-Canada Première.

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