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La communauté des cascadeurs en état de choc

La communauté des cascadeurs en état de choc, un reportage de Jean-Patrick Balleux
Radio-Canada

La mort d'une cascadeuse pendant le tournage du film Deadpool 2, à Vancouver, en a ébranlé plus d'un. Surtout ceux qui pratiquent le métier. Le cascadeur Stéphane Lefebvre, qui participe au tournage de X-Men : Dark Phoenix sur le mont Royal, est toujours surpris et désolé de voir de tels accidents, puisque la sécurité a grandement évolué avec les années.

Un texte de Justine Roberge

« On est comme une famille à travers le monde. Chaque fois qu'un confrère se tue ou se blesse, les nouvelles vont vite », dit Lefebvre.

Naomi Frenette, une cascadeuse québécoise qu'on a vue dans Blanche-Neige, est revenue à Montréal dimanche après cinq mois de tournage à Vancouver sur Altered Carbon, la prochaine série vedette de Netflix.

« J'ai beaucoup d'amis qui travaillent sur cette production, on ne savait pas c'était qui. J'ai commencé à envoyer des messages à des amis pour savoir si tous étaient corrects. »

Tout va vers le plus sécuritaire possible. C’est pour ça que lorsqu’il y a un accident, on est chambardés.

Stéphane Lefebvre, cascadeur

Le risque sera quand même toujours présent et les cascadeurs le savent.

« C’est sûr que c’est triste, avoue M. Lefebvre. On fait tout ce qu’on peut pour ne pas que ça arrive. En même temps, c’est notre métier, donc il faut s’attendre à ce qu’un jour ça puisse arriver [...] On peut pratiquer une chute 150 fois, ça ne veut pas dire que la 150e fois on ne tombera pas sur la tête. »

« Si faire des cascades c’était risque zéro, tous les comédiens pourraient le faire et il n’y aurait plus de place pour nous », explique celui qui a notamment travaillé pour les films Suicide Squad, 300 et Incendies.

Le Québécois en a vu du changement en 35 ans. La sécurité n’est pas comparable à ce qu’elle était quelques décennies plus tôt.

Je m’amuse à dire aux nouveaux cascadeurs qu’ils ne feront jamais les cascades qu’on a faites il y a 20 ans, 30 ans, tellement que ça a évolué point de vue sécurité. Avant, s’il fallait sauter d’un édifice à l’autre, on sautait d’un édifice à l’autre. Aujourd’hui, on ferait venir une grue, les cascadeurs seraient attachés pour être certains qu’ils ne tombent pas.

Stéphane Lefebvre, cascadeur
Entrevue avec le cascadeur Stéphane Lefebvre

Naomi Frenette fait des acrobaties dans les films d'action depuis 14 ans. Elle a aussi vu son métier évoluer selon le contexte économique. « Des fois, les producteurs planifient de trois à quatre jours de répétition. Et là, ils nous appellent pour dire qu'il n'y a plus de temps ou d'argent pour le faire. Je trouve ça plate, parce que si on ne fait pas les cascades dans une émission, ça ne raconte pas l'histoire. Souvent, la première chose qu'ils coupent, c'est les cascades. »

En tournage, elle n'a pas peur de dire à ses patrons si elle redoute les conditions dans lesquelles elle doit faire une cascade. Même si la compétition est rude entre cascadeurs et que le temps et les budgets sont serrés.

« Ils disent qu'ils n'ont pas le temps. Ils gardent les cascades pour la fin de la journée. Mais à la fin de la journée, on sait très bien qu'il ne reste pas beaucoup de temps. Mais jamais on ne va couper sur la sécurité », affirme Frenette.

Facile de refuser une cascade?

Son papa Jean est une sommité dans le domaine. Il tourne en ce moment avec Jean-Jacques Annaud une série américaine à Forestville, La vérité sur l’Affaire Harry Quebert.

« Il y a des limites à un moment donné à ce qu'on veut accepter pour faire plaisir au film par rapport à la sécurité des choses. Ça reste du divertissement. On n'est pas en train de sauver des vies et on ne veut pas en enlever non plus. Il faut avoir une colonne vertébrale pour dire que je n'accepte pas de faire ça », explique l'expert en arts martiaux qui agit aussi comme coordonnateur de cascades sur des mégaproductions.

Certains tournages sont beaucoup plus courts selon le budget. Et cela peut nuire à la préparation des cascadeurs.

« Il faut mettre son pied à terre. Quand on a besoin de répéter, on a besoin de répéter. Peu importe ce que ça coûte », admet M. Lefebvre.

C’est quelque chose qui se dit de plus en plus dans le domaine et les producteurs sont assez respectueux, selon lui.

« Je trouve que c’est plus professionnel d’admettre ses limites pour qu’on trouve quelqu’un d’autre pour le faire, explique-t-il. Le seul moment où on refuse une cascade, c’est quand ils n’ont pas assez d’argent pour la planifier comme il faut. Ce n’est pas vrai qu’on va couper les coins ronds pour un petit bout de film. »

Quant à Joi SJ Harris, une enquête est ouverte à Vancouver pour déterminer les causes de sa mort. « Personne ne la connaissait comme cascadeuse parce que c'était son premier contrat. C'est un exemple parfait de quelqu'un qu'on prend dans un haut niveau d'une discipline sportive et qu'on intègre au cinéma. Harris, 40 ans, était une championne dans le monde de la course de moto.

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