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La malnutrition dans les pensionnats autochtones liée aux problèmes de santé actuels

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Enfants autochtones en salle de classe au pensionnat indien catholique de Fort George (Québec), 1939

Enfants autochtones en salle de classe au pensionnat indien catholique de Fort George (Québec), 1939

Photo : Archives Deschâtelets

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Deux chercheurs de l'Université de Toronto affirment que la malnutrition dont ont souffert la grande majorité des jeunes ayant fréquenté les pensionnats autochtones est un facteur important dans l'état de santé des membres des Premières Nations. L'alimentation déficiente de ces jeunes aurait entraîné des problèmes qui se perpétuent de génération en génération.

Un texte de Rémi Authier

Comme l'indiquent les chercheurs Ian Mosby et Tracey Galloway, la faim constante est un élément signalé par de très nombreux survivants des pensionnats autochtones au cours des audiences de la Commission de vérité et réconciliation. Ils estiment que les jeunes avaient droit à une diète offrant entre 1000 et 1450 kilocalories par jour, alors qu'un enfant âgé de 14 à 18 ans devrait en consommer entre 1400 et 3200 par jour.

Très souvent, la nourriture que nous avions était pourrie, pleine de vers et puait. Parfois, nous nous sauvions de l'école pour aller voir nos tantes ou nos oncles afin d'avoir de la banique.

Andrew Paul, survivant du pensionnat autochtone catholique Aklavik
La professeure associée du Département d'anthropologie de l'Université de Toronto Tracey GallowayAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La professeure associée Tracey Galloway estime que la malnutrition subie par les jeunes autochtones a des conséquences sur la santé de ces populations encore aujourd'hui.

Photo : Radio-Canada / Elyse Skura

Les chercheurs de Toronto indiquent que les études faites sur les survivants de famines dans le monde démontrent que ceux qui en ont souffert ont très souvent un retard de croissance, ce qui entraîne une série de problèmes, dont l'accumulation de gras aux dépens de muscles. On observe aussi une moins grande production d'insuline et une plus grande sensibilité à celle-ci, ce qui augmente les risques de diabète de type 2.

La malnutrition augmente aussi les risques de problèmes liés à la reproduction, dont ceux de fausse couche, d'accouchement prématuré, de complications lors de l'accouchement, de mort post-accouchement ainsi que des bébés ayant un petit poids.

De jeunes Autochtones reçoivent un diagnostic de diabète de plus en plus tôt dans leur vie. [...] Il y a une vraie crise dans la population autochtone et nous croyons que les preuves de cette malnutrition sur une longue période et sur plusieurs générations dans les pensionnats autochtones l'expliquent en partie.

Tracey Galloway, professeure associée, Département d'anthropologie de l'Université de Toronto

Les conséquences de la malnutrition se font par ailleurs sentir sur plusieurs générations comme l'ont démontré des études qui se sont penchées sur l'effet de la famine ailleurs dans le monde. « Ce n'est pas uniquement les enfants qui sont victimes de malnutrition qui ont des problèmes de santé, » indique la professeure associée Tracey Galloway. « Leurs enfants et leurs petits-enfants en subissent aussi les conséquences avec l'obésité, le diabète, une pression plus élevée et, dans certains cas, des problèmes cardiaques. »

Le chercheur en histoire de l'alimentation de l'Université de Toronto Ian Mosby Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le chercheur en histoire de l'alimentation Ian Mosby a étudié les expériences menées par le gouvernement canadien sur les jeunes des pensionnats autochtones à leur insu.

Photo : Radio-Canada

Ian Mosby et Tracey Galloway affirment qu'il est maintenant assez clair qu'une partie des problèmes de santé observés chez les populations autochtones, particulièrement l'obésité et le diabète, peuvent être liés à la malnutrition vécue par les survivants des pensionnats autochtones sur une longue période.

Ils soulignent d'ailleurs que leur conclusion est renforcée par une autre étude récente ayant démontré que les enfants autochtones n'étaient pas moins bien nourris que les autres enfants canadiens avant de fréquenter les pensionnats.

Des solutions qui se font attendre

Les chercheurs de l'Université de Toronto estiment qu'il est maintenant crucial pour le Canada d'assurer une alimentation adéquate, diversifiée et traditionnelle aux Autochtones, alimentation qui a été refusée à leurs parents et à leurs grands-parents en raison des politiques gouvernementales. Il est donc crucial selon eux de diminuer le prix des aliments, parce que la politique actuelle du gouvernement et les programmes comme Nutrition Nord Canada ne réussissent pas à le faire, selon eux.

Une étude de l'Université de Toronto publiée l'année dernière indique que l'insécurité alimentaire au Canada touche 10 % de la population tandis qu'elle touche 26 % des Autochtones et près de 50 % des Autochtones dans des communautés isolées. [L'étude] décrit cela comme étant une situation d'urgence, et ce l'est.

Tracey Galloway, professeure associée, Département d'anthropologie de l'Université de Toronto

Ils estiment aussi qu'il est important de repenser l'approche médicale envers les Autochtones en tenant compte de cet élément historique et non en traitant les Autochtones de la même manière que les autres Canadiens qui n'ont pas été victimes du système des pensionnats.

 

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