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Demandeurs d’asile : Legault sous les tirs croisés de Couillard et de Lisée

Le reportage d'Hugo Lavallée
Radio-Canada

Après avoir qualifié le Québec de « passoire » et dénoncé « l'afflux hors contrôle de centaines de migrants illégaux », François Legault s'attire les foudres du premier ministre et du chef de l'opposition officielle qui, chacun selon ses mots, fustigent ses approximations et son opportunisme.

Le dossier des demandeurs d’asile semble précipiter la rentrée politique à Québec, avant même la reprise de la session parlementaire prévue en septembre. Et pour cause, au lendemain de sa sortie à ce sujet, le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, est accusé d’« alimenter la peur » et de « mentir ».

C’est le cabinet du premier ministre Philippe Couillard qui a lancé les hostilités en premier, en soupçonnant M. Legault de vouloir « attiser les inquiétudes que peuvent ressentir les Québécois ».

« Les Québécois s'attendent de leurs leaders politiques qu'ils évitent d'alimenter la peur d'une partie de la population avec des discours alarmistes. M. Legault échoue une fois de plus à ce test en ne proposant absolument rien de concret pour améliorer la situation », lit-on dans la déclaration libérale.

Le chef de la CAQ est accusé d'avoir « encore une fois manqué une occasion de s'élever à la hauteur requise pour traiter d'un enjeu humanitaire de premier plan ».

Les libéraux rappellent que le Québec dispose des ressources nécessaires pour faire face à cette situation et précisent qu’« aucun compromis n'est fait sur la sécurité ».

« François Legault vous trompe »

Le chef du PQ, Jean-François LiséeLe chef du PQ, Jean-François Lisée Photo : Radio-Canada

De retour de vacances, le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a dénoncé la « naïveté » de MM. Couillard et Trudeau, mais il s’en est pris notamment à la « pensée magique » de François Legault, qui soutient qu’il est possible de renvoyer les demandeurs d'asile à la frontière.

Cette affirmation est non fondée, rectifie M. Lisée, qui rappelle que le droit international interdit de refouler ces personnes. « Est-ce qu’il va envoyer la Sûreté du Québec devant la GRC pour leur dire : ''non, non, restez là''? », se demande-t-il.

Ce qu’il [François Legault] dit, ça va être populaire chez certaines personnes. Il vous trompe. François Legault vous trompe. Ce ne [serait] pas possible pour [...] François Legault de faire ça, s’il était premier ministre. Il vous dit quelque chose qui ne peut pas arriver.

Jean-François Lisée

Il met en garde aussi les demandeurs d’asile haïtiens contre les premiers ministres du Canada et du Québec : « Ils [Justin Trudeau et Philippe Couillard] vous trompent. Lorsqu’ils vous disent que vous allez vivre ici le reste de votre vie, c’est faux! Il y en a au moins la moitié d’entre eux qui va être refoulée ».

 

Jean-François Lisée fait le même reproche aux premiers ministres du Canada et du Québec qui, d’après lui, ne disent pas la vérité aux demandeurs d’asile. « De leur faire croire, comme le font M. Couillard et M. Trudeau, qu’ils vont tous être admis, c’est leur mentir. Les chiffres démontrent qu’à peu près la moitié des demandeurs d’asile sont renvoyés chez eux », précise-t-il.

On est en train de leur faire la grande séduction, et ensuite ça va être la grande déception. Je pense que ce n’est pas responsable de faire miroiter ça aux demandeurs d’asile haïtiens.

Jean-François Lisée

Selon M. Lisée, qui déplore la lenteur dans l'examen des demandes de statut de réfugié, un Québec indépendant serait plus responsable en la matière et aurait un processus d’étude des demandes beaucoup plus rapide.

Rappelant la solidarité des Québécois envers les Haïtiens, mais aussi les capacités d’accueil limitées de la province, le chef de l’opposition officielle a réaffirmé le souhait de son parti de voir le gouvernement délivrer rapidement des permis de travail aux demandeurs d’asile.

Il invite aussi Ottawa à fermer le passage irrégulier du rang Roxham qu’empruntent les demandeurs d’asile afin de les diriger vers le poste frontalier de Saint-Bernard-de-Lacolle. De plus, il exige que le gouvernement canadien suspende l’entente » entre le Canada et les États-Unis sur les tiers pays sûrs, qui détermine où il est possible de faire une demande d'asile d'un côté comme de l'autre de la frontière.

Sept demandeurs d'asile d'origine haïtienne arrivent à un centre de traitement des demandes à Saint-Bernard-de-Lacolle.Des demandeurs d'asile d'origine haïtienne arrivent à un centre de traitement des demandes à Saint-Bernard-de-Lacolle. Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

L'inquiétude de M. Legault

Dans un message publié dans sa page Facebook mercredi, François Legault a accusé les libéraux de lancer « un très mauvais signal aux migrants illégaux, en ouvrant grand les bras, comme si le Québec pouvait accueillir toute la misère du monde ».

Le discours libéral est « une invitation à se ruer vers la frontière québécoise sans passer par les douanes », a-t-il déploré, faisant remarquer que « la générosité et la solidarité des Québécois envers les réfugiés sont ébranlées ».

Plus de 2000 personnes, dont la majorité d'origine haïtienne, ont franchi depuis juillet la frontière de façon irrégulière, en provenance des États-Unis.

L’affluence est telle que les Forces armées canadiennes ont été appelées à la rescousse pour ériger un campement qui sert de gîte transitoire pour les demandeurs d’asile.

Politique