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Demandeurs d’asile : le Québec est devenu une passoire, selon la CAQ

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault
Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault Photo: La Presse canadienne / Paul Chiasson
Radio-Canada

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, s'inquiète de « l'afflux hors contrôle de centaines de migrants illégaux » et invite les autorités à se ressaisir, plutôt que d'agir sous le coup de l'émotion.

Tout en soulignant le « devoir humanitaire » du Canada et du Québec d’accueillir des réfugiés, en vertu des traités internationaux ratifiés, M. Legault a l’impression que « la frontière du Québec est devenue une véritable passoire ».

« Le Canada est obligé de traiter les demandes d’asile et le Québec est tenu de s’en occuper », écrit-il sur sa page Facebook.

Pourfendant le discours politique officiel « totalement irresponsable », il accuse les libéraux d’envoyer « un très mauvais signal aux migrants illégaux, en ouvrant grand les bras ».

Mais le premier ministre Philippe Couillard est en total désaccord avec lui, comme l'a fait savoir son cabinet.

Le Québec est une société mature et disposant des ressources nécessaires pour faire face à cette situation dans l'ordre et la dignité. M. Legault se trompe en cherchant à attiser les inquiétudes que peuvent ressentir les Québécois [...] C'est un manque flagrant de leadership.

Le cabinet du premier ministre du Québec, Philippe Couillard

Le chef de la CAQ a repris une déclaration de l’ancien premier ministre français Michel Rocard, pour affirmer que le Québec ne peut pas accueillir « toute la misère du monde ».

Pour tous les migrants potentiels, ce discours libéral officiel équivaut à une invitation à se ruer vers la frontière québécoise sans passer par les douanes.

François Legault, chef de la CAQ

M. Legault rappelle que « le Québec accueille déjà beaucoup plus d’immigrants que sa capacité d’intégration ne le permet » et fait remarquer que « les ressources sont limitées, tout comme notre capacité d’intégrer les immigrants à la majorité francophone ».

 

La générosité des Québécois « ébranlée »

D’après lui, « nombre de Québécois - ceux par exemple qui doivent attendre de longues heures à la frontière pour rentrer dans leur propre pays - sont choqués de voir ainsi les migrants entrer en grand nombre, en faisant fi des lois, comme s’il n’y avait pas de frontière ».

Il estime aussi que les réfugiés qui suivent le processus établi pour leur régularisation sont « frustrés de cette situation et se sentent injustement traités, alors qu’ils attendent parfois longtemps avant de pouvoir immigrer au Québec ».

L’attitude de générosité et de solidarité des Québécois envers les réfugiés est ébranlée, et si les responsables politiques ne changent pas d’attitude, on peut s’attendre à un ressac.

François Legault, chef de la CAQ

Le chef de la CAQ veut que les autorités envoient un « signal fort » à tous ceux qui seraient tentés de franchir irrégulièrement la frontière canadienne. « Incitons-les à faire une demande en bonne et due forme comme les autres demandeurs d’asile, et avertissons-les que s’ils franchissent la frontière illégalement, ils seront tôt ou tard rattrapés par les autorités et possiblement refoulés hors du pays », lance François Legault.

Des demandeurs d'asile arrivent au stade olympique.Des demandeurs d'asile arrivent au stade olympique. Photo : Radio-Canada / Martin Thibault

La situation est maîtrisée, selon Québec

De leur côté, le gouvernement du Québec et les organismes d’accueil des demandeurs d’asile martèlent que la situation est « sous contrôle » et qu’il n’y a pas lieu de parler de crise.

En entrevue mardi à Radio-Canada, la ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Kathleen Weil, a admis qu’il y a un travail de pédagogie à faire auprès de la population.

« Les gens, ils ont besoin de savoir que le gouvernement est bien capable de gérer, et ça, on le constate », a-t-elle confié. Elle a ajouté cependant ne pas avoir remarqué de méfiance particulière sur le terrain à l'égard des demandeurs d'asile.

Le cabinet du premier ministre Philippe Couillard a par ailleurs précisé que le gouvernement fédéral a mis en place, à la demande de Québec, « une procédure de triage à la frontière afin que les demandeurs d'asile à destination d'autres provinces puissent s'y rendre rapidement et voir leur demande traitée dans leur province de destination. »

D’après le ministère de l’Immigration du Québec, les demandeurs d’asile qui entrent au Québec sont d’abord accueillis par des policiers ou des douaniers qui les informent de leur entrée irrégulière au pays.

Ils sont alors placés en état d'arrestation et conduits au poste frontalier, où une ordonnance de renvoi leur est délivrée. Celle-ci est cependant suspendue de fait aussitôt que les migrants expriment leur volonté de faire une demande d’asile. Ils peuvent dès lors circuler librement au Québec en attendant le traitement de leur demande d'asile.

Il est à noter que « ce processus peut être suspendu après vérifications du dossier du migrant si les autorités jugent qu'il représente un danger », signale-t-on au ministère de l'Immigration.

Avec les informations d'Alex Boissonneault

MISE AU POINT
Dans une version précédente de ce texte, nous employions l'expression « entrée illégale » pour désigner l'entrée irrégulière des demandeurs d'asile dont il est question ici.
S'il est vrai que ces individus sont, pour la plupart, entrés de manière irrégulière au Canada, ils n'en sont pas pour autant illégaux ou clandestins.
Par souci d'exactitude, Radio-Canada privilégie l'expression demandeur d'asile quand il est question de ces personnes.

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