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Les jeunes Estriens, moins pressés d'être apprentis conducteurs

Natacha Audet-Morissette, 18 ans, devant le Cégep de Sherbrooke, où elle est étudie. Elle marche pour aller à l'école et prend souvent l'autobus pour se déplacer à travers la ville.

Natacha Audet-Morissette, 18 ans, a fait le choix de ne pas prendre son permis de conduire. Elle habite près du Cégep de Sherbrooke, où elle étudie.

Photo : Radio-Canada / Christine Bureau

Radio-Canada

Beau temps, mauvais temps, Natacha Audet-Morissette marche pour se rendre au Cégep. Et quand elle va travailler ou faire l'épicerie, elle prend l'autobus plutôt que le volant. La raison est bien simple : à 18 ans, elle n'a pas de permis de conduire et n'a pas non plus l'intention de s'en procurer un bientôt. Une décision que les jeunes Estriens semblent de plus en plus nombreux à imiter.

Un texte de Christine Bureau

« Quand tout est proche de toi, que tu es capable de tout faire à pied ou en autobus, ça revient moins cher et c'est beaucoup plus pratique », résume-t-elle. La jeune étudiante a choisi de déménager en appartement près du Cégep de Sherbrooke plutôt que de s'acheter une voiture. Une autre forme de liberté qu'elle ne regrette pas.

Je trouvais aussi que c'était un bon montant d'argent que tu pouvais mettre ailleurs, dans une passion ou dans un voyage, pour te préparer à tes études [ou acheter] un laptop.

Natacha Audet-Morissette

Sans compter qu'elle aime cette idée de réduire son empreinte écologique, en plus d'apprécier l'« aspect social » qui se dégage d'un voyage en autobus. « Si les gens ont des questions sur les trajets, ils le demandent. Tout le monde s'aide et moi, je trouve ça l'fun », raconte-t-elle.

Natacha Audet-Morissette marche pour se rendre à l'école, même en hiver! « On s'habitue », dit-elle. On l'aperçoit ici en train de traverser la rue à une traverse « priorité piétons ».

Natacha Audet-Morissette marche pour se rendre à l'école, même en hiver! « On s'habitue », dit-elle.

Photo : Radio-Canada / Christine Bureau

Pourrait-elle changer un jour d'idée? Elle n'écarte par cette possibilité. Déjà, l'horaire d'autobus durant les fins de semaine l'empêche de travailler les quarts de matin à son emploi. Même s'il est « rare qu'il y a des impasses », c'est le fait d'avoir un jour à aller travailler loin de chez elle qui pourrait la convaincre d'aller chercher son permis de conduire.

« C'est dur aussi de trouver du covoiturage tout le temps et ça peut coûter cher », note-t-elle.

Les 20-24 ans plus nombreux

La Société d'assurance-automobile du Québec (SAAQ) a remarqué que les jeunes sont moins pressés d'avoir leur permis probatoire qu'auparavant. « Il y a une hausse importante, chez les 20-24 ans de 2011 à 2016 d'à peu près 20 %. Ce que ça veut dire, c'est que les jeunes attendent de plus en plus longtemps avant d'aller passer leur examen et d'avoir leur permis probatoire. C'est probablement par choix », souligne le porte-parole de la SAAQ, Mario Vaillancourt.

En Estrie, cette augmentation se chiffre à 20 % chez les 20-24 ans, de 2011 à 2016. Chez les jeunes âgés de 16 ans à 19 ans, c'est plutôt une diminution qui a été remarquée : le nombre de titulaires d'un permis de conduire ou d'un permis probatoire a chuté de près de 10 % de 2011 à 2016.

Professeure à l'Université de Sherbrooke, Marie Claude Ouimet étudie le bilan routier des jeunes conducteurs. Elle note qu'il y a peu d'études sur le sujet, mais que ces nouvelles données, même si elles n'ont pas encore été confirmées à long terme, ne sont pas une « mauvaise chose », d'un point de vue sécuritaire.

C'est un bel âge, 19 ans, pour apprendre à conduire.

Marie Claude Ouimet, professeure à l'Université de Sherbrooke

Instructrice automobile depuis plus de 35 ans, Estelle Rioux, de chez ConduitExpert Asbestrie, est d'accord pour dire que l'âge a une influence sur la maturité du conducteur.

« Même les jeunes nous le disent eux-mêmes. À 16 ans, ils le veulent le permis, mais il y en a qui sont prêts, il y en a qui ne le sont pas. C'est quand même une responsabilité de partir sur la route tout seul avec un véhicule », atteste-t-elle.

Estelle Rioux, instructrice en conduite automobile et présidente d'Asbestrie, devant l'une des voitures « Auto-École ».

Estelle Rioux, instructrice en conduite automobile et présidente d'Asbestrie

Photo : Radio-Canada

Au fil du temps, elle a d'ailleurs remarqué que les groupes sont moins homogènes qu'auparavant.

[Avant], je dirais que pour 99 % des groupes, ça commençait à 16 ans. Aujourd'hui, il y en a encore qui sont pressés, mais on dirait qu'ils attendent un peu plus. Ça presse un peu moins.

Estelle Rioux, instructrice

« Il y a beaucoup de gens qui viennent de l'extérieur de Sherbrooke aussi, qui viennent des grands centres. [...] Tu as les étudiants à l'université aussi, ils ont toujours habité près des écoles », énumère-t-elle, sans toutefois pouvoir mettre le doigt sur une raison en particulier. Surtout, ajoute-t-elle, que le prix du permis de conduire n'a pas augmenté depuis 2010.

Et pour les plus pressés

La réalité dans les petites villes ou en milieu rural est également différente. Gilia Simard, 20 ans, vit dans l'arrondissement de Rock Forest, loin des arrêts d'autobus. Elle n'a pas voulu attendre une seule minute avant d'avoir son permis. Elle l'a obtenu au lendemain de sa fête de 17 ans.

Gilia Simard, 20 ans, a eu son permis le lendemain de la fête de ses 17 ans. On la voit ici dans le stationnement de son lieu de travail.

Gilia Simard, 20 ans, a eu son permis le lendemain de la fête de ses 17 ans.

Photo : Radio-Canada

« Je ne voulais pas attendre », se remémore-t-elle. Tous les membres de sa famille en avaient déjà un quand elle a obtenu le sien. Et elle a été la première de ses amis à avoir sa voiture et a toujours boudé le transport en commun. Ce qu'elle apprécie de sa voiture, malgré les coûts? « La liberté. Ne pas dépendre de ses parents ou des autres. »

Avec la collaboration de Geneviève Proulx

Estrie

Société