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Joseph Boyden est-il Autochtone? Les prétentions de l'écrivain continuent de diviser

Joseph Boyden

L'auteur Joseph Boyden

Photo : Normand Wong

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Une lettre de l'écrivain canadien Joseph Boyden (Nouvelle fenêtre), publiée dans le magazine Maclean's, a ravivé le débat sur l'identité de l'auteur acclamé pour ses oeuvres dont plusieurs sont écrites du point de vue des Autochtones.

« Pendant des mois et des mois, j'ai rejeté activement l'idée d'écrire une lettre au Canada, au monde, pour m'expliquer, pour expliquer que les histoires de ma famille sur qui nous sommes sont tout aussi sacrées que celles des autres familles », admet Joseph Boyden dans sa lettre.

Force est de constater qu'il a finalement changé d'idée.

L'auteur à succès, qui a notamment reçu le prix McNally Robinson, remis au livre autochtone de l'année, pour son premier roman, Three Day Road, signe un long récit détaillé des origines de sa famille, parsemé de témoignages d'Autochtones qui le considèrent comme l'un des leurs.

Il revient ainsi sur la controverse qu'avait suscitée en décembre 2016 l'enquête menée par un journaliste du Réseau de télévision des peuples autochtones (APTN). Le journaliste Jorge Barrera y révélait que, malgré toutes ses recherches, aucune trace d’un quelconque patrimoine autochtone ne pouvait être trouvée dans l’arbre généalogique de l'auteur.

Joseph Boyden a pourtant toujours revendiqué des ascendances écossaises, irlandaises et amérindiennes. Plus précisément, il affirme avoir du sang nipmuck du côté de son père, et ojibwé du côté de sa mère.

Adoption ou appropriation?

L'affaire avait rapidement pris des proportions énormes, soulevant des questions de fausse représentation et d'appropriation culturelle qui ont divisé Autochtones et non-Autochtones à travers le pays, exception faite du Québec, où cette histoire n'a fait que très peu de remous.

Certains avaient dénoncé une usurpation identitaire qui permettait à Boyden d’obtenir des privilèges spéciaux accordés aux Autochtones, tandis que d’autres s'étaient plutôt inquiétés que l'auteur ne prenne toute la place sur les questions autochtones, noyant ainsi les voix de ceux directement touchés par ces questions.

Joseph Boyden fait effectivement figure de proue dans la défense des causes autochtones. Fréquemment interrogé sur ces questions par les médias, il a aussi été nommé témoin honoraire pour la Commission de vérité et réconciliation, chargée de faire la lumière sur les séquelles laissées par les pensionnats autochtones.

Dans sa lettre, il parle de cette tempête médiatique comme d'un « orage parfait » et d'un « rite de passage » qui lui a permis de réfléchir sur son identité et, en ce sens, s'est révélé être un « cadeau ».

L'auteur dit en être venu à la conclusion que « si une famille ou une communauté vous accepte en tant que membre, vous êtes un membre ».

Pour les critiques à qui cette « adoption » ne suffirait pas (à voir les commentaires au bas de l'article, ils sont nombreux), Boyden mentionne également avoir passé un test d'ADN qui a confirmé ses origines très métissées; un mélange de sang européen et amérindien.

J'ai toujours été très clair sur le fait qu'une petite partie de moi est autochtone, mais que c'est une grande part de qui je suis.

Une citation de : Joseph Boyden

Si la lettre du romancier témoigne d'une volonté claire de clore ce débat une fois pour toutes, elle aura pourtant eu l'effet inverse. Les internautes se sont de nouveau emballés, et des textes de réplique (Nouvelle fenêtre) ont déjà été publiés, dont certains par le magazine Maclean's lui-même.

Plusieurs ont accusé Boyden de s'enfoncer dans ses mensonges pour sauver sa réputation et son gagne-pain, tandis que d'autres se sont portés à sa défense.

Parmi toutes ces réactions, une internaute est parvenue à résumer de manière particulièrement éloquente les préoccupations des critiques du romancier.

« Je suis d'accord, il appartient aux familles de déterminer qui est, et qui n'est pas, Autochtone. Cependant, une discussion continue entre ma fille visiblement autochtone et moi mène toujours à cette question essentielle : quel visage doit être le visage public de l'expérience autochtone, le blanc ou le basané? J'ai ma propre croyance fondée sur le respect de ceux qui ne peuvent pas prétendre être blancs quand cela leur convient ou qui sont encore hantés quotidiennement par le traumatisme des pensionnats autochtones », écrit Valda Organ.

Peu importante ce que l'on en pense, une chose est certaine : Joseph Boyden est bien déterminé à continuer d'utiliser sa voix pour soutenir les causes auxquelles il tient.

 

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