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Un Cajun nomade chez les Innus

Rencontre réussie entre Zachary Richard et les Innus.

Rencontre réussie entre Zachary Richard et les Innus.

Photo : Guy Bois

Radio-Canada

Zachary Richard s'est produit pour une deuxième fois au Festival Innu Nikamu à Mani-Utenam, 15 km à l'est de Sept-Îles. Il était l'invité spécial, celui à qui l'on réserve le spectacle du samedi soir. Une occasion pour lui de revisiter son répertoire, avec des musiciens innus qui « ont une autre façon de voir la même chose semblable », dit le Cajun nomade.

Un reportage de Guy Bois, d'Espaces autochtones

« Ce festival, pour moi, c’est une espèce d’affirmation identitaire d’une communauté qui se bat comme la mienne, mais avec un défi encore plus grand. Non seulement le mépris ethnique, mais aussi le racisme auquel font face les communautés autochtones à travers l’Amérique du Nord en fait. »

Même si la question semble pourtant naturelle, c’est Zachary Richard qui a soulevé le thème de l’identité, de la culture et de son expression.

L’œil brun, le visage émacié, la démarche lente, c’est tout doucement qu’il monte les quelques marches de la roulotte mise à sa disposition qui lui sert de loge. Celui qui aura 67 ans le 8 septembre profite d’un moment de détente avant la scène et une nouvelle rencontre avec un public majoritairement innu.

« J’arrive ici tout seul. Et en fait, j’emprunte le groupe de Florent (Vollant) avec des musiciens qui ont une très grande sensibilité. Mon répertoire se fait interpréter d’une façon totalement surprenante pour moi parce que c’est pas du tout les mêmes habitudes. C’est la même « tonique ». Le rythme, ce son se vivent d’une façon différente. C’est tout aussi intéressant, mais c’est juste une autre façon de voir la même chose. »

Kim Fontaine, le directeur de la programmation du Festival Innu Nikamu, en compagnie du chanteur cajun Zachary Richard.

Kim Fontaine, le directeur de la programmation du Festival Innu Nikamu en compagnie du chanteur cajun, Zachary Richard.

Photo : Guy Bois

La rencontre avec Florent Vollant s’est faite en terrain neutre, à Carleton, en Gaspésie, il y a plus de vingt ans. Une rencontre qui n’était pas aussi naturelle qu’on pourrait le croire.

« Il m’a envoyé une cassette. J’étais assez méfiant. C’était [la chanson] Manitou. Et quand j’ai écouté la chanson, j’étais absolument séduit. Je suis allé d’une indifférence assez flagrante à une admiration assez profonde dans l’espace de quelques notes chantées. Et depuis ce temps-là, on a une collaboration qui continue. Je pense que je suis le premier à le faire chanter en français, et il est certainement le premier à me faire chanter en innu. »

Une réelle amitié s’est développée entre les deux musiciens, amitié qui s’est élargie à la famille des Vollant par ailleurs fort nombreuse à Mani-Utenam. Les deux musiciens ont même partagé un voyage en canot dans un territoire à première vue hostile, fait de sable, d’épinettes noires… et de mouches de même couleur. Un territoire d’où la langue tire sa source, où l’identité trouve ses assises.

« C’est assez impressionnant parce qu’ils sont restés attachés à leur terre. Malgré l’assimilation et la perte de certaines traditions. Comme les Cajuns, on est chasseurs, pêcheurs pis bon… moi j’habite sur la terre de mon grand-père. J’ai perdu la prétention d’être agriculteur parce que j’ai découvert que c’était beaucoup plus facile de gratter une guitare que de faire la récolte ».

L’humour, le sens de l’autodérision ont sans doute joué dans cette rencontre réussie entre Zachary Richard et les Innus.

Quand on lui demande par exemple ce qu’il y a de commun entre lui et Florent Vollant, la réponse fuse :

« On est bons tous les deux, » dit-il.

Et quand il parle de son spectacle avec ses acolytes innus, le même ton demeure.

« De pouvoir m’insérer dans un contexte qui est à la fois loin et près, c’est une belle expérience et c’est d’une très grande générosité. Alors on a répété suffisamment de fois pour presque s’en souvenir de ce qu’on devait faire. »

Puis de reprendre, plus sérieux, après un court moment de réflexion, histoire de clore l’entrevue avant de monter sur scène.

« Pour affirmer une culture, ça prend des événements publics, en plein air, rassembleurs, et il se trouve que dans plusieurs sociétés traditionnelles la musique a une importance fondamentale liée à cette question identitaire. En ce qui concerne la Louisiane c’est la meilleure sinon la seule arme que nous avons pour préserver et promouvoir notre culture. Et d’expérimenter ça ici avec des gens qui utilisent les mêmes moyens pour arriver à des fins semblables, pour moi je me trouve très solidaire et très à l’aise et très bien ici ».

 

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