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Venezuela : Maduro dénonce une attaque de « mercenaires »

Le président socialiste lors de son allocution hebdomadaire « Les dimanches avec Maduro » à la télévision d’État.

Le président socialiste lors de son allocution hebdomadaire « Les dimanches avec Maduro » à la télévision d’État.

Photo : Reuters

Radio-Canada

Le président du Venezuela, Nicolas Maduro, a qualifié de « mercenaires » les militaires de la 41e brigade blindée de Valencia qui ont lancé un soulèvement contre une base de l'armée dans le but, ont-ils dit, de « rétablir l'ordre constitutionnel ».

M. Maduro, comme d’autres poids lourds de son gouvernement avant lui, a plutôt parlé d’une « attaque terroriste ».

« Une vingtaine de mercenaires » ont attaqué dans la nuit de dimanche la base militaire de Valencia, deuxième ville du pays, située dans le nord, a relaté le président socialiste dans son allocution hebdomadaire à la télévision d’État. Selon lui, les assaillants avaient reçu du financement venu de Bogota, en Colombie, et de Miami, en Floride.

Le cerveau présumé de l'attaque serait un officier subalterne renvoyé de l'armée il y a trois ans pour trahison de la patrie et pour rébellion, qui aurait fui le pays pour s’installer à Miami.

L’attaque, qui a duré environ trois heures, a fait deux morts parmi les assaillants, d’après Nicolas Maduro. Huit d’entre eux ont été capturés et une dizaine d’autres sont toujours recherchés, a-t-il dit en saluant la réaction immédiate de l'armée.

Un des prisonniers serait un officier. Ses sept codétenus et lui donnent des informations, a soutenu le président. Ils ont admis avoir été recrutés par des militants de l'extrême droite vénézuélienne en contact avec des gouvernements étrangers, a précisé le ministre de la Défense Vladimir Padrino.

Les autorités sont toujours à la recherche d’une partie du groupe qui a réussi à s'emparer de quelques armes, a-t-il aussi indiqué.

« Une action civique »

Le groupe de rebelles a mis en ligne une vidéo dans laquelle l’un d’eux déclare que « ceci n'est pas un coup d'État, c'est une action civique et militaire pour rétablir l'ordre constitutionnel ».

Se présentant comme Juan Carlos Caguaripano, un ancien capitaine de la garde nationale, il ajoute que toute unité qui refuse de prendre part à la rébellion contre « la tyrannie assassine de Nicolas Maduro » pourrait être la cible d'une attaque militaire.

L’incident a renforcé les craintes de violences accrues dans ce pays en crise, où, depuis quatre mois, des manifestations ont fait 125 morts.

Des centaines de manifestants sont justement descendus dans les rues de Valencia, dimanche, pour appuyer le soulèvement, selon des résidents. Les forces de l’ordre les ont dispersés en employant notamment du gaz lacrymogène.

Lundi, des cyberattaques ont visé des sites Internet du gouvernement, de la Cour suprême, du Parlement, mais aussi d'entreprises privées. L'opération a été revendiquée par un groupe sous le nom de « The binary guardians », qui a appelé les Vénézuéliens à manifester et à appuyer les auteurs de l'attaque contre la base militaire.

Bras de fer entre deux assemblées

L’Assemblée constituante, mise sur pied par M. Maduro, mais qui est très contestée, avait amorcé samedi ses travaux en destituant la procureure générale Luisa Ortega, une ancienne chaviste devenue opposante.

Cette Constituante a été élue le 30 juillet lors d'un vote ponctué de violences et faisant l'objet d'allégations de fraude électorale. Elle est investie d'importants pouvoirs, dont celui de dissoudre l'Assemblée nationale actuelle et de réécrire la Constitution de 1999.

La Constituante pourrait aussi lever l'immunité des députés d'opposition, ce qui permettra de les envoyer en prison. L'opposition craint également qu'elle prolonge le mandat du président, qui s'achève normalement en 2019.

L'Assemblée nationale, dominée par l'opposition, s'est engagée dans un bras de fer avec cette nouvelle institution, refusant de reconnaître les décrets qu'elle adopte.

Lundi, les députés ont désavoué les décisions de l'Assemblée constituante de chasser la procureure générale Luisa Ortega. Ils ont contesté en outre la mise en place d'une « commission de la vérité » qui, selon eux, est destinée à « persécuter ceux qui ont des opinions divergentes » du régime Maduro.

Par ailleurs, l'opposition a lancé un appel à manifester mardi partout au pays. Les Vénézuéliens sont invités à abandonner leur domicile ou leur lieu de travail en milieu de journée pour bloquer la circulation dans les rues et paralyser les activités.

« Dérive du populisme »

Ben Rowswell, ex-ambassadeur du Canada au VenezuelaAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Ben Rowswell, ex-ambassadeur du Canada au Venezuela

Photo : Twitter

Ben Rowswell, dont le mandat d’ambassadeur du Canada au Venezuela a pris fin le 26 juillet dernier, dit avoir laissé un pays qui se débat dans une « une crise profonde ».

Au malaise économique est venue se greffer une crise politique dans laquelle « le gouvernement n’accepte plus la souveraineté populaire, c’est-à-dire le peuple vénézuélien n’a plus la possibilité de choisir son gouvernement ni d’avoir un impact sur la prise de décision dans la gestion de cette crise atroce au niveau économique ».

Pour ce diplomate, les convulsions qui agitent le Venezuela sont l’expression d’une « dérive du populisme », même s’il admet que le mouvement chaviste était d’essence démocratique à ses débuts.

« La crise au Venezuela nous démontre l’avenir possible de n’importe quel gouvernement populiste. Lorsque les populistes arrivent au pouvoir, ils vont faire n’importe quoi pour se maintenir au pouvoir, en dépit de la souveraineté populaire », analyse M. Rowswell.

Les populistes ne sont pas démocrates, c’est le contraire de la démocratie. Ils justifient […] le fait d’être au pouvoir par leur connexion avec le peuple, mais ils ne laissent pas le peuple choisir qui devrait être au pouvoir.

Ben Rowswell, ex-ambassadeur du Canada au Venezuela

L’ancien ambassadeur reste tout de même optimiste quant à une sortie de crise. Il puise son espoir de la forte mobilisation de la population vénézuélienne qui dure depuis quelques mois.

« Le peuple est uni, il se mobilise presque tous les jours dans la rue et il demande un changement. Ils [les Vénézuéliens] sont aussi, dans la très grande majorité, non violents. Alors ça, ça me donne de l’espoir qu’il y a toujours une possibilité de changement pacifique dans la situation au Venezuela », observe-t-il.

Tout en admettant que « la solution demeure une responsabilité des Vénézuéliens », Ben Rowswell estime que « la communauté internationale a une responsabilité d’accompagner les Vénézuéliens ». D’après lui, elle doit notamment se montrer « ferme sur les questions des normes internationales, parce que c’est seulement dans le respect de l’État de droit, des droits de la personne, de la séparation des pouvoirs que les différentes parties de la scène politique vénézuélienne vont arriver à une solution ».

Avec les informations de Agence France-Presse

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