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Risque de nettoyage ethnique en République démocratique du Congo, selon l'ONU

Selon l'ONU, 1,3 million de personne ont été déplacées par le conflit sur le territoire de la RDC, et 40 000 autres ont trouvé refuge en Angola. Cet homme a trouvé refuge au camp de Gungu, en RDC, comme des milliers d'autres personnes.
Selon l'ONU, 1,3 million de personne ont été déplacées par le conflit sur le territoire de la RDC, et 40 000 autres ont trouvé refuge en Angola. Cet homme a trouvé refuge au camp de Gungu, en RDC, comme des milliers d'autres personnes. Photo: Getty Images / John Wessels
Radio-Canada

Des massacres commis par différents groupes armés dans la région du Kasaï, au centre de la République démocratique du Congo (RDC), pourraient se traduire par « un processus de purification ethnique à plus grande échelle », prévient l'ONU dans un rapport publié vendredi à Genève.

L’avertissement a été lancé à l’occasion du dévoilement d’un bilan forcément partiel de massacres ethniques commis dans un territoire d’environ 150 000 kilomètres carrés entre le 12 mars et le 19 juin dernier.

Les enquêteurs du Haut-Commissariat aux droits de l’homme y détaillent le sort subi par 251 personnes, dont 62 enfants, qui ont été victimes d’exécutions sauvages par des agents de l’État, ou de milices, sur fond de pratiques associées à la sorcellerie. Trente victimes avaient moins de 8 ans.

Le rapport de l’agence onusienne se base sur les témoignages recueillis auprès de 96 personnes qui ont fui vers l’Angola en raison des violences qui secouent cette région depuis l’année dernière.

Il n’y a ni bons ni méchants dans cette crise. Toutes les parties doivent être imputables.

Scott Campbell, chef de la section de l’Afrique centrale et occidentale du Haut-Commissariat pour les réfugiés

Le gouvernement congolais a « jugé prématurée et inopportune » la publication de ce rapport, peut-on lire dans un bref communiqué publié vendredi soir.

Le porte-parole du gouvernement à Kinshasa, Lambert Mende, a ajouté que les témoignages étaient « infondés ».

« Ce rapport conforte nos suspicions contre le haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme. Nous doutons désormais de sa neutralité, il est instrumentalisé par la Belgique », a déclaré M. Mende.

Les sources du conflit

Le conflit a commencé après qu’un important chef tribal de la région eut été assassiné, en août 2016, après avoir ouvertement défié le gouvernement du président Joseph Kabila.

Le meurtre a donné le coup d’envoi à une série d’affrontements entre la milice Kawmina Nsapu, dont les combattants sont issus des ethnies Luba et Lulua, et le gouvernement.

Ces violences ont fini par engendrer l’émergence de la milice Bana Mura, qui regroupe des membres des communautés Tshokwe, Pende et Tetela, qui a attaqué les forces de Kawmina Nsapu. Bana Mura bénéficierait d’appuis au sein de l’armée et de la police.

Rituels et exécutions

Le rapport soutient que la milice Kawmina Nsapu utilise des enfants de 7 à 13 ans dans ses attaques. Des filles, appelées les « Lamama », accompagnent la milice en « buvant le sang des victimes dans le cadre d’un rituel magique censé rendre le groupe invincible ».

La milice Bana Mura se livrerait pour sa part à des exécutions sommaires et à des décapitations. « Dans certains cas, ils brûlent des victimes vivantes dans leur maison », affirme le rapport.

Sur les 251 victimes évoquées dans le rapport, 150 auraient été tués par Bana Mura, 79 par Kamwina Nsapu, et 22 par des forces gouvernementales.

Ces bains de sang sont d'autant plus terrifiants qu'il semblerait que les populations soient toujours plus souvent ciblées en raison de leur appartenance ethnique.

Zeid Ra’ad al Hussein, haut-commissaire aux droits de l’homme

Il ne s’agit cependant que d’un faible échantillon. L’ONU évalue que plus de 500 personnes ont été tuées dans la région des Kasaï depuis l’été dernier; les autorités catholiques de la RDC évoquent, pour leur part, un bilan de 3300 morts.

L'ONU demande aux milices de déposer les armes et au gouvernement congolais « d'agir sans délai » pour empêcher que cette violence ne bascule dans un authentique nettoyage ethnique à grande échelle.

Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, et Reuters

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