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Bolt, la domination avec le sourire

Usain Bolt à l'entraînement à Londres

Usain Bolt à l'entraînement à Londres

Photo : Getty Images / Julian Finney

Dominick Gauthier

BILLET - Ça y est, on arrive à la fin du livre, on a peine à tenir les dernières pages de cet énorme bouquin. Tel un bon roman, l'auteur nous garde en haleine jusqu'à la fin. Cette semaine, nous vivrons ensemble la fin de la plus grande histoire sportive des temps modernes, celle d'Usain Bolt.

Seul bémol à la tournée d’adieu : l’absence de l’un de ses plus sérieux prétendants, le Canadien Andre De Grasse, au grand déplaisir, on s’en doute, de l’équipe nationale. La finale du 200 m des Jeux de Rio aura donc été le dernier affrontement entre ces deux sprinteurs...

Désolé, défenseurs de Phelps (que j’admire aussi bien sûr), mais Bolt a une fiche parfaite de 9 en 9 aux Olympiques, si on fait abstraction de ce très jeune homme, blessé aux Jeux d’Athènes en 2004, qui a manqué la finale du 200 m (il a aussi perdu sa médaille du relais à Pékin à cause d'un coéquipier dopé).

Nous aimons les héros. Chaque sport espère en avoir un. Mais est-ce que Bolt a fait plus de bien que de mal à son sport? Plusieurs experts du milieu vous diront plus de mal. Comment est-ce possible?

Voici quelques points souvent soulevés :

  • Les projecteurs n’en ont que pour lui depuis 2006 ou 2007. Avec son imposant gabarit de 1,95 m (6 pi 5 po), il fait de l’ombre sur absolument tout le monde dans le stade.
  • Les évènements de la Diamond League sans Bolt n’attirent plus les foules, pas plus que les commanditaires.
  • Le manque de rivalité rend les courses trop prévisibles. Voilà pourquoi nous avons tant aimé voir Andre De Grasse le chauffer un peu aux qualifications du 200 m à Rio. Disons qu’on est très loin des grandes batailles des années 90.
  • Ce manque de rivalité se transpose aussi pour ce qui est des marques de chaussures. Qui d’autre que Puma peut prétendre avoir les chaussures les plus rapides depuis les Jeux de 2008? Encore une fois, on est loin de la lutte entre Puma et Adidas des années 50 (si ce n’est déjà fait, faites-vous plaisir et lisez Sneaker Wars) ou entre Nike et Adidas dans les années 90.

Je dois avouer partager plusieurs de ces points de vue. Je crois quand même que nous sommes chanceux d’avoir été témoins de cette époque qui se terminera sous peu.

Malheureusement, notre protagoniste laisse une impression amère depuis la Diamond League de Monaco il y a quelques semaines. On se souvient que l’équipe de Bolt aurait empêché la participation de De Grasse contre lui au 100 m. Les accusations de Stuart McMillan, son entraîneur, ont été démenties par l’équipe de Bolt, mais le silence de ce dernier me laisse croire que ces accusations étaient bel et bien fondées. Si Bolt avait voulu avoir De Grasse à ses côtés, ne pensez-vous pas qu’il lui aurait lancé un défi en règle, dans les rues de Monaco?

Usain Bolt gagne le 100 m à l'étape de la Diamond League à Monaco.

Usain Bolt gagne le 100 m au Diamond League de Monaco.

Photo : Getty Images / Michael Steele

Comment un si grand champion peut-il en arriver à ce point à ne pas vouloir ses plus grands rivaux contre lui chaque fois qu'il s’installe dans les blocs de départ? À ceux qui me diront que ce n’est pas la première fois et que ça arrive souvent dans ce sport, je dirai que c’est justement pour ça que plus personne ne suit cette ligue qui ne veut plus vraiment rien dire. La Diamond League doit revoir sa façon de faire, mais c’est là un sujet pour un autre billet.

Bref, depuis Monaco, plusieurs remettent en question la motivation de Bolt. Était-il vraiment inquiet ou voulait-il simplement jouer dans la tête du jeune Canadien?

Suivez les mondiaux d'athlétisme à ICI Radio-Canada Télé le 5 août de 14 h à 17 h, et les 6, 12 et 13 août de 15 h à 17 h.

Radio-Canada.ca/sports proposera la webdiffusion en direct de toutes les épreuves du 4 au 13 août. Seules les épreuves en soirée à Londres (en après-midi à Montréal) seront commentées.

Consultez ici l'horaire de diffusion en ligne.

Au-delà de De Grasse

Une chose est certaine, Bolt ne sera pas seul sur la ligne de départ pour sa dernière course. De Grasse ne sera pas là, mais il y aura entre autres le Sud-Africain Akani Simbine, qui a couru sous les 10 secondes déjà huit fois cette année. L’Américain Isiah Young lui a vraiment chauffé les fesses à Monaco. Finalement, le jeune Britanique Chijindu Ujah qui a commencé sa carrière après avoir été inspiré par la victoire de Bolt en 2008. À noter qu'Ujah s’entraîne maintenant avec De Grasse et, comme lui, il ne se laisse pas impressionner par « l'Éclair ».

Les projecteurs seront encore une fois braqués sur le grand Jamaïcain. C’est à ce moment que l’un des plus beaux héritages sera mis en lumière pour une dernière fois, la ludification de la présentation des coureurs. Depuis Bolt, les grands méchants de la discipline reine ont troqué leur regard de chevalier pour celui du fou du roi, au grand plaisir des spectateurs.

Ça fait partie du spectacle, mais croyez-le ou non, cette approche est très scientifique. C’est une technique psychologique développée et prouvée avec une équipe de spécialistes afin de calibrer le niveau d’activation de l’athlète permettant une optimisation physiologique.

Vous doutez de ma théorie? Vous savez qui a été le seul finaliste des Jeux de 1996 à avoir affiché un certain sourire et candidement salué la foule? Donovan Bailey!

Oui, c’est sûrement plus facile de sourire, voire faire des grimaces, lorsqu’on sait avoir une longueur d’avance comme Bolt. Voyons donc comment il réagira lorsqu’on annoncera son nom pour une dernière fois dans le grand stade et que la pression sera à son sommet…

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