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Le sport pour redonner l'espoir aux jeunes

Anthony Keeper du Manitoba (2) reçoit les félicitations de ses coéquipiers après avoir frappé un coup de circuit contre l'équipe de l'Île-du-Pricne-Édouard

Anthony Keeper du Manitoba (2) reçoit les félicitations de ses coéquipiers après avoir frappé un coup de circuit contre l'équipe de l'Île-du-Pricne-Édouard

Photo : Jeux du Canada / Keith Levit

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Au tournoi de softball masculin des Jeux du Canada, ce sont les Thunder de Pimicikamak qui représentent la province hôtesse, le Manitoba. La formation a terminé le tournoi à la ronde au dernier rang avec une fiche d'un gain et huit revers, mais selon leur entraîneur les membres de l'équipe sont sans doute les plus grands gagnants des Jeux du Canada.

Un texte de Patrick Henri

Ils ont de 16 à 19 ans. Ils jouent ensemble depuis maintenant 10 ans. La formation du Manitoba est la plus jeune des 10 qui prennent part au tournoi.

Quand Lee-Roy (David) Muswaggon a commencé à entraîner l’équipe, c’était pour le plaisir. Il a rapidement constaté qu’il avait sous la main un groupe de jeunes très spécial.

J’ai vu qu’ils étaient remplis de talent et j’ai décidé de prendre le temps de bien les entraîner et de découvrir leur force. C’est comme ça qu’est né le programme des Thunder de Pimicikamak.

Lee-Roy Muswaggon, entraîneur, Thunder

Mauvaise presse

Quand il est question, dans l’actualité, de la réserve de Cross Lake, où habitent les membres de la Première Nation Pimicikamak, c’est rarement pour de bonnes nouvelles.

De décembre 2015 à mars 2016, six membres de la communauté, dont cinq adolescents, se sont enlevé la vie. Plus d’une centaine d’autres ont été mis sous surveillance, car on craignait qu’ils aient signé un pacte de suicide.

Cross Lake est situé à plus de 500 kilomètres au nord de Winnipeg. Les 7 000 membres de la communauté se sentent seuls au monde, 80 % d’entre eux sont sans emploi.

Le joueur de premier but du Manitoba, Justin Nachbauer frappe la balle sous l'oeil attentif de son entraîneur Lee-Roy MuswaggonAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le joueur de premier but du Manitoba, Justin Nachbauer frappe la balle sous l'oeil attentif de son entraîneur Lee-Roy Muswaggon

Photo : Jeux du Canada / Keith Levit

La marque Thunder

Le softball a toujours été très populaire à Cross Lake. Ce sport était auparavant pratiqué uniquement de façon amicale, comme loisir.

Avec le Thunder, Lee-Roy Muswaggon a voulu que le sport devienne un mode de vie.

Il a eu besoin de temps pour gagner la confiance des jeunes, mais il est maintenant vu comme une figure paternelle pour chacun de ses joueurs.

Il est toujours là pour nous, il nous accueille chez lui, quand nous avons besoin de quelque chose, nous savons que nous pouvons compter sur lui.

Justin Nachbaur, premier but, Thunder

L’entraîneur constate que la vie dans une réserve est une vie difficile en raison des nombreuses contraintes qui existent. Pour lui, le sport est la solution pour aider les jeunes à croire en eux.

Par le sport, il veut aider les jeunes à voir la vie de façon positive, leur apprendre à faire de bons choix et à devenir de bonnes personnes pour ensuite contribuer à la société.

Les joueurs du Thunder Pimicikamak représentent le Manitoba aux Jeux du CanadaAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les joueurs du Thunder Pimicikamak représentent le Manitoba aux Jeux du Canada

Photo : Jeux du Canada/Keith Levit

Une équipe unie

Lors de la récente vague de suicide à Cross Lake, les joueurs du Thunder ont prouvé qu’ils étaient là les uns pour les autres. Une des jeunes filles qui s’est enlevé la vie était la meilleure amie d’un des joueurs de l’équipe. Celui-ci a décidé de quitter la formation en raison de la peine qu’il éprouvait.

Les joueurs ont été solidaires avec lui et ont pu le convaincre que sans lui, l’équipe n’était plus la même. Après quelques jours de réflexion, il a regagné les rangs du Thunder et il joue un rôle important avec la formation.

Une équipe gagnante, des joueurs modèles

Le Thunder de Pimicikamak a remporté, en 2014 et en 2015, le Championnat de l’Ouest canadien de softball des moins de 16 ans.

En 2014, l’équipe a également pris le deuxième rang chez les moins de 16 ans aux Jeux autochtones de l’Amérique du Nord.

Le talent des joueurs et leur dévouement envers leur sport expliquent en bonne partie le succès de l’équipe, mais selon Lee-Roy Muswaggon, l’intégration de la culture autochtone dans le programme sportif y est aussi pour beaucoup.

Les jeunes apprennent la langue crie, car nous avons inséré des mots cris dans notre stratégie. Nous ajoutons régulièrement de nouveaux mots et parfois, on entend les jeunes dans l’abri réussir à faire des phrases complètes.

Lee-Roy Muswaggon, entraîneur, Thunder

Chaque tournoi est une source d'apprentissage pour le Thunder. Dans la victoire comme dans la défaite, il y a beaucoup à apprendre selon Muswaggon.

Lee-Roy Muswaggon représente une figure paternelle pour les joueurs du Thunder de PimicikamakAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Lee-Roy Muswaggon représente une figure paternelle pour les joueurs du Thunder de Pimicikamak

Photo : Jeux du Canada / Darryl Gershman

Le Thunder n’est plus seulement une équipe. C’est maintenant un programme de développement dont font partie une dizaine d’équipe de garçons de moins de 10 ans, huit de moins de 12 ans et quatre de moins de 14 ans.

Le programme a aussi un volet féminin, le Lightning, qui compte quatre équipes de jeunes filles de moins de 12 ans.

Maintenant, la marque Thunder est synonyme de succès. La communauté est fière des réussites de l’équipe, les jeunes garçons aspirent à devenir des membres de la formation, les joueurs sont des modèles pour les habitants de la réserve.

Une expérience unique

Faire partie du Thunder, c’est aussi avoir la chance de vivre des expériences que les autres jeunes de Cross Lake n’ont pas la chance de vivre.

« Les premières qu’ils ont vécues sont innombrables », mentionne l'entraîneur. « La première fois qu’ils ont pris l’avion, qu’ils ont vu l’océan, qu’ils ont mangé du saumon, ce sont des choses dont ils parlent souvent et dont ils se souviendront longtemps. »

Ils se souviendront aussi longtemps de leur participation aux Jeux du Canada. Pour Lee-Roy Muswaggon, porter les couleurs du Manitoba dans un tournoi d’une telle envergure est source d’une grande fierté.

Ces uniformes resteront avec nous à jamais. C’est un honneur de les avoir portés et j’espère que ce n’est qu’un début.

Lee-Roy Muswaggon, entraîneur, Thunder

L’entraîneur croit que ses joueurs sont des défricheurs. Il est convaincu que d’autres jeunes sont prêts à suivre leurs traces.

 

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