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Pourquoi tant d’Haïtiens demandent-ils l'asile au Canada?

Un homme et une femme avec un bébé descendent d'un autobus.
Des demandeurs d'asile arrivent au Stade olympique de Montréal le 2 août 2017. Photo: Radio-Canada / Martin Thibault
Radio-Canada

Depuis le début de l'été, des dizaines d'Haïtiens en provenance des États-Unis traversent chaque jour la frontière irrégulièrement à Saint-Bernard-de-Lacolle, au Québec. Voici pourquoi.

Après le terrible tremblement de terre qui a dévasté Haïti en 2010, de nombreux Haïtiens ont quitté leur île pour trouver refuge aux États-Unis. Le président américain de l’époque, Barack Obama, a alors accordé un statut de protection temporaire aux demandeurs d’asile haïtiens. Ce statut leur permet de vivre et de travailler légalement aux États-Unis.

Quelque 58 000 réfugiés haïtiens en bénéficient, mais peut-être pas pour bien longtemps. Le nouveau président américain, Donald Trump, a menacé en mai dernier de leur retirer ce statut en janvier 2018. Du coup, ils craignent d’être renvoyés en Haïti sans plus de formalités.

« Ce que les gens nous disent, c’est que même s’ils ont fait une demande d’asile en bonne et due forme, ils craignent d’être arrêtés ou expulsés en Haïti avant même d’être entendus sur le bien-fondé de leur demande aux États-Unis », explique Stéphane Handfield, avocat en droit de l’immigration, en entrevue à ICI RDI mercredi.

L’attrait du Québec

La menace de l’administration Trump a poussé des centaines d’Haïtiens à passer irrégulièrement la frontière avec le Canada. Ils ont choisi de se rendre au Québec plutôt que dans une autre province canadienne.

Le Québec, je pense que c’est un choix logique au niveau de la langue, de la communauté haïtienne qui se trouve de façon assez importante dans la région métropolitaine. Et plusieurs de ces réfugiés haïtiens ont déjà de la famille ou des connaissances en sol québécois.

Stéphane Handfield, avocat en droit de l’immigration

Un long parcours

L’avocat Stéphane Handfield croit que ce ne sera pas facile pour les demandeurs d’asile. Ils devront être patients. « On doit s’attendre à ce qu’une personne qui fait une demande d’asile ne soit pas entendue » avant la fin de 2017.

C’est un long processus. Les demandeurs d’asile devront d’abord se soumettre à des enquêtes sur l’identité et la sécurité, menées par l’Agence des services frontaliers du Canada.

Si aucun problème n’est détecté, le dossier sera transféré à la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada. Un commissaire accordera ou non le statut de réfugié. Si la réponse est négative, le demandeur a un droit d’appel. Si la réponse est positive, la personne peut alors faire une demande de résidence permanente.

 

En attendant, les demandeurs d’asile ne sont pas laissés à eux-mêmes. Ils sont pris en charge par différents organismes dès leur arrivée. « Ils auront accès aux services sociaux québécois et canadiens, à l’aide juridique pour assumer les coûts des services juridiques pour les procédures d’immigration au Canada. Oui, il y a une structure qui se met en place », souligne Stéphane Handfield.

J’ose espérer que des membres de la communauté [haïtienne] ou de la famille vont s’impliquer pour accueillir et aider les gens pour les prochaines semaines.

Stéphane Handfield

Il n’y a pas lieu de paniquer, estime Stéphan Reichhold, directeur de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI), en entrevue mercredi à Midi info sur ICI Radio-Canada Première.

Le Québec est bien préparé pour faire face à l’arrivée de ces demandeurs d’asile. Il y a eu des vagues bien plus importantes de réfugiés dans le passé, et ça a bien fonctionné, rappelle M. Reichhold, faisant notamment référence aux quelque 50 000 Syriens accueillis au Canada au cours des dernières années.

Les réfugiés sont hébergés temporairement, pendant deux ou trois semaines, que ce soit dans les locaux d’un YMCA, dans des résidences étudiantes ou au stade olympique. Ils reçoivent ensuite une aide financière, et des organismes se chargent de leur trouver un logement permanent.

MISE AU POINT
Dans une version précédente de ce texte, nous employions l'expression « entrée illégale » pour désigner l'entrée irrégulière les demandeurs d'asile dont il est question ici.
S'il est vrai que ces individus sont, pour la plupart, entrés de manière irrégulière au Canada, ils n'en sont pas pour autant illégaux ou clandestins.
Par souci d'exactitude, Radio-Canada privilégie l'expression demandeur d'asile quand il est question de ces personnes.

Abolir l’entente des tiers pays sûrs

Par contre, ce que déplore Stéphan Reichhold, c’est l'entente des tiers pays sûrs. Il s’agit d’un accord entre le Canada et les États-Unis, en vigueur depuis 2004.

En vertu de cette entente, les réfugiés doivent faire leur demande d’asile dans le premier des deux pays dans lequel ils arrivent. Ainsi, si une personne en provenance des États-Unis se présente à un poste frontalier pour revendiquer le statut de réfugié au Canada, elle risque fortement d’être renvoyée immédiatement aux États-Unis.

Cependant, l’entente ne s’applique pas à ceux qui franchissent irrégulièrement la frontière canadienne.

Notre entrevue avec Jean-Pierre Fortin, président national du Syndicat des douanes et de l'immigration

Il y a un problème avec l’histoire des tiers pays sûrs, qui oblige les gens à prendre le chemin Roxham [à Saint-Bernard-de-Lacolle]. Si on abolissait ce fameux accord, on pourrait faire ça dans l’ordre. Les gens se présenteraient au poste-frontière. C’est ça un peu l’aberration, que les gens soient obligés de traverser [illégalement] la frontière.

Stéphan Reichhold, de la TCRI
 

Société