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Fusillade d'Aurora : les antidépresseurs auraient-ils influencé le tueur?

James Holmes était de passage devant le juge, le 24 août 2015, pour l’étape de la sentence dans son procès pour meurtres commis à Aurora, au Colorado.
James Holmes était de passage devant le juge, le 24 août 2015, pour l’étape de la sentence dans son procès pour meurtres commis à Aurora, au Colorado. Photo: Associated Press / RJ Sangosti/The Denver Post

La fusillade d'Aurora, qui a fait 12 morts dans un cinéma du Colorado en 2012, ne se serait jamais produite si James Holmes n'avait pas été sous l'influence de puissants antidépresseurs, soutient un psychiatre qui a déjà eu à évaluer l'auteur de la tuerie.

Dans une entrevue accordée à la BBC, le psychiatre anglais David Healy raconte avoir rencontré James Holmes dans sa cellule de prison, en 2015, peu avant son procès.

M. Healy était à l'époque engagé comme expert par l'avocat de l'accusé, qui voulait établir si la prise de sertraline, un médicament que prenait son client, avait pu jouer un rôle dans la fusillade.

Pour le psychiatre, il ne fait aucun doute que la consommation de ce psychotrope utilisé comme antidépresseur est en cause.

Cette tuerie ne serait jamais arrivée si ce n'avait été de la médication qui a été prescrite à James Holmes.

David Healy, psychiatre et professeur

M. Healy n'a toutefois jamais pu faire entendre son hypothèse; il n'a pas été convoqué comme témoin lors du procès.

D'étudiant réservé à tueur psychotique

M. Healy souligne que le comportement de James Holmes s'est mis à changer de façon radicale lorsque le jeune homme a commencé à prendre de la sertraline, en mars 2012.

La médication lui avait été prescrite par la psychiatre Lynne Fenton, dès sa première consultation, pour apaiser son anxiété et ses pensées obsessives.

Quelques jours après avoir commencé le traitement, James Holmes avait confié à son ex-copine qu'il aimerait tuer des gens pour augmenter son « capital humain ».

Deux jours plus tard, il avait mentionné à Mme Fenton que la médication ne soulageait pas ses pensées obsessives.

La psychiatre avait alors doublé sa dose de sertraline, de 50 mg à 100 mg.

M. Healy estime que cette hausse a contribué au détériorement de l'état mental de James Holmes.

« Il est évident que si les médicaments conviennent à une personne, une augmentation de la dose pourrait être utile [...] mais lorsqu'ils causent un problème, augmenter la dose est une recette pour une catastrophe », explique-t-il.

Dans les jours suivants, les changements de comportement s'étaient multipliés.

James Holmes avait notamment entrepris de séduire une de ses camarades de classe en lui envoyant des messages suggestifs, alors qu'il avait toujours été extrêmement timide.

Outre le fait que vous avez quelqu'un qui commence maintenant à penser et à planifier de blesser les autres [...] vous avez un changement de personnalité. C'est une personne totalement différente.

David Healy, psychiatre et professeur

Le 17 avril 2012, James Holmes avait indiqué à Mme Fenton que ses pensées meurtrières avaient augmenté.

Lors de cette rencontre, la psychiatre avait noté que le jeune homme réfléchissait de façon « psychotique » et entretenait des pensées « paranoïaques, hostiles ».

Elle avait alors augmenté sa dose de sertraline à 150 mg.

Les dangers du sevrage

Le 11 juin 2012, après avoir échoué à ses examens, James Holmes avait abandonné l’université. Il avait par le fait même cessé de voir Lynne Fenton et de recevoir de la sertraline.

Il est impossible de savoir exactement à quel moment il aurait cessé de prendre l’antidépresseur. Sa dernière prescription lui avait fourni des comprimés jusqu’au 26 juin 2012.

Aux yeux de plusieurs experts, l’écart entre cette date et celle de la fusillade, le 20 juillet 2012, rend peu plausible la théorie selon laquelle la sertraline est responsable des meurtres commis par James Holmes.

D'autres soulignent cependant que l'arrêt soudain de ce type de médication peut entraîner des effets très graves.

Le professeur et spécialiste des troubles de personnalité, Peter Tyrer, soutient que les problèmes que vivaient les patients avant de commencer le traitement peuvent même revenir en force.

« Ils reviennent tous pour se venger [...] ça peut prendre six ou sept semaines avant que les effets ne soient éteints, et dans certains cas – et c'est l'un des problèmes avec ces médicaments – parfois ils durent encore plus longtemps », explique-t-il.

M. Tyrer croit ainsi que les tribunaux devraient s'adapter afin de mieux prendre en compte l'infime portion de cas où les antidépresseurs, plutôt que de soulager, jouent un rôle dans la réalisation de crimes graves.

Cette nouvelle prise en compte pourrait modifier l'évaluation de futurs cas, mais le dossier de James Holmes, pour sa part, restera clos. Il avait été condamné à 12 peines de prison à vie en 2015, qu'il purge en détention maximale.

Avec les informations de BBC

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