•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Pétrole sur Anticosti : c’est officiellement la fin

Le reportage de Mathieu Dion
Radio-Canada

Québec met officiellement fin à toute possibilité de travaux de recherche et d'exploitation d'hydrocarbures sur l'île d'Anticosti. Il dédommagera la majorité de ses partenaires dans cette aventure, à un coût bien moindre que ce qui avait été avancé dans les derniers mois.

Un texte de Mathieu Dion, correspondant parlementaire à Québec, et de Sarah Sanchez

Le gouvernement explique que la décision permettra de protéger et de conserver le caractère naturel exceptionnel de l'île d'Anticosti et d'en assurer la pérennité pour tous les Québécois.

Selon le ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, le gouvernement se devait d'être cohérent avec sa décision d'appuyer la candidature de l’île d’Anticosti au Patrimoine mondial de l’UNESCO.

On ne peut pas faire une demande pour qu’Anticosti devienne un joyau du patrimonial mondial et en même temps exploiter les hydrocarbures.

Le ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand

Pour mettre fin aux travaux et résilier le contrat, Québec s’est entendu avec deux de ses trois partenaires dans le projet, soit Corridor Resources et Saint-Aubin E&P. Seule la compagnie Pétrolia ne s’est pas entendue avec le gouvernement.

Québec a investi 29,6 millions de dollars dans la société Hydrocarbures Anticosti S.E.C.

Compensations financières

Corridor Resources et Saint-Aubin E&P ont accepté de se retirer du projet en échange d’une compensation financière de 19,5 millions et de 16,2 millions de dollars, respectivement.

Une autre entreprise, Junex, qui ne faisait pas partie du partenariat d'origine, s’est également engagée à abandonner tous les permis qu’elle possède sur Anticosti contre la somme de 5,5 millions de dollars.

En tout, les compensations versées s’élèvent à plus de 41 millions de dollars; elles sont basées sur les dépenses engagées jusqu’ici.

Pétrolia réclamait une compensation totale d’au moins 200 millions de dollars pour les partenaires.

La valeur des ententes négociées se révèle donc bien moins importante, d'autant qu’elles couvrent 78 % des partenaires de la société Hydrocarbures Anticosti.

Le ministre Pierre Arcand a confirmé que des négociations avec Pétrolia étaient toujours en cours.

Une partie des installations de Pétrolia à AnticostiUne partie des installations de Pétrolia à Anticosti Photo : Radio-Canada / Evelyne Côté

Cette dernière a réagi par voie de communiqué, se disant profondément déçue de la tournure des événements. « Nous sommes toujours convaincus, encore plus qu'en 2014, du potentiel et de la pertinence du projet Anticosti pour le Québec et pour la société. Toutefois, à la demande du gouvernement, nous poursuivons des négociations de bonne foi », a déclaré le président-directeur général par intérim de Pétrolia, Martin Bélanger.

Pour nous, Anticosti reste et restera toujours un projet majeur sur le plan économique, susceptible de générer des retombées importantes pour le Québec.

Martin Bélanger, PDG par intérim de Pétrolia

L'entreprise dit s'être associée au projet par l'intermédiaire de la société en commandite HASEC (Hydrocarbures Anticosti S.E.C.) à la demande du gouvernement, qui était dirigé par le Parti québécois à l'époque. Elle ajoute avoir cédé ses permis à HASEC de façon à « réaliser l'exploration des ressources pétrolières de l'île, et ce, dans l'intérêt collectif des Québécois ».

Pétrolia ajoute que, pour mettre fin aux « ententes conclues de bonne foi en 2014 et formalisées par décret, il faut l'accord unanime des partenaires, comme stipulé dans lesdites ententes ».

Du côté du Parti québécois, à l'origine de la création de la société HASEC, on « se réjouit que le gouvernement libéral ait enfin décidé d’appliquer la proposition de Jean-François Lisée en mettant fin aux travaux sur l’île d’Anticosti et en concluant une entente avec certaines entreprises concernées », peut-on lire dans un communiqué.

Le porte-parole de l’opposition officielle en matière d’énergie et de ressources naturelles, Sylvain Rochon, mentionne qu’il « déplore toutefois l’incohérence des libéraux, qui ont adopté sous bâillon une loi qui ouvre la porte à l’exploitation des hydrocarbures partout ailleurs au Québec ».

Quant au député de Québec solidaire Amir Khadir, il estime qu’il était plus que temps que le gouvernement mette un terme à cette erreur monumentale du gouvernement Marois, qui a autorisé des compagnies pétrolières à se lancer dans le saccage de ce milieu naturel unique au Québec.

« Aujourd’hui, le gros bon sens a fini par s'imposer au plus irresponsable des gouvernements. C’est aux groupes environnementaux, aux résidents et résidentes de l’île et à la Municipalité d'Anticosti qu’on doit cette victoire », a-t-il souligné.

Combien de coûteuses erreurs comme celle-là seront encore commises par les gouvernements sous influence des lobbys pétroliers avant qu’ils se rendent à l’évidence? Les hydrocarbures ne sont pas la voie de l’avenir, nous devons leur tourner le dos au plus vite et miser sur d'autres sources d’énergie plus propres.

Amir Khadir, député solidaire de Mercier

La Coalition avenir Québec déplore pour sa part la décision du gouvernement libéral. Cette décision se traduira par une facture salée pour les Québécois, affirme la porte-parole de la CAQ en matière d’énergie, Chantal Soucy.

« Le gouvernement de Philippe Couillard vient de prouver qu’il n’est plus le parti de l’économie. Pourquoi rejeter bêtement la possibilité de connaître le potentiel gazier et pétrolier de l'île? » demande-t-elle, ajoutant que cette histoire n'est pas terminée.

Satisfaction sur l'île

Le maire de l’île d’Anticosti, John Pineault, se réjouit que le « gouvernement ait compris que l’acceptabilité sociale, ça veut dire quelque chose ».

John Pineault dans le studio de l'émission Boréale 138John Pineault, le maire de l'île d'Anticosti Photo : Radio-Canada / Audrey Beauchemin

Le maire aurait cependant préféré que cette décision soit accompagnée de l’annonce de la création d’un fonds spécial visant le développement et la mise en valeur de l’île.

Le chef de la communauté innue d’Ekuanitshit, Jean-Charles Piétacho, a également applaudi la décision. « Très bonne nouvelle pour la sauvegarde de l’île d’Anticosti et pour l’environnement! »

L’organisme Nature Québec, très impliqué dans la protection de l’île d’Anticosti, salue également le choix du gouvernement.

Le gouvernement du Québec prend la bonne décision en abandonnant à jamais un pétrole coûteux à tous les points de vue au bénéfice de la conservation d’Anticosti et des générations futures.

Le directeur de Nature Québec, Christian Simard.

Pour le directeur d’Équiterre, Steven Guilbeault, le choix de Québec illustre une prise de conscience de la part des élus au pouvoir.

La révolution énergétique, elle est là, elle est à nos portes. Et cette révolution énergétique, ce n’est pas le pétrole.

Steven Guilbeautl, cofondateur et directeur principal, Équiterre

« Le gouvernement Couillard voulait protéger l’île d’Anticosti, mais je pense que le gouvernement du Québec réalise aussi que le pétrole, ce n’est plus la voie de l’avenir », a affirmé M. Guilbeault en entrevue sur nos ondes.

Un projet du Parti québécois

Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, a rappelé que le projet d'exploitation des hydrocarbures sur l'île d'Anticosti n'était pas celui de son gouvernement.

En effet, en 2014, le gouvernement du Parti québécois, par l’intermédiaire d’Investissement Québec, avait créé la société HASEC avec trois entreprises (Corridor Resources, Saint-Aubin E&P et Pétrolia) pour découvrir le potentiel d’exploration de pétrole et de gaz de schiste sur l’île du golfe Saint-Laurent.

Lors de la conférence de Paris sur les changements climatiques en décembre 2015, le nouveau premier ministre libéral, Philippe Couillard, avait clairement fait connaître son intention de se dissocier du projet pétrolier et gazier. « J'aurais préféré ne pas trouver ce projet sur mon bureau », avait-il déclaré.

Politique