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Un agent correctionnel dénonce l'isolement d'un détenu sur Twitter

vue de la cellule d'isolement avec du papier toilette jonchant le sol
Une des photos de la cellule d'isolement dans laquelle se trouvait le détenu et postée par Chris Jackel sur son compte Twitter. Photo: Chris Jackel/Twitter
Radio-Canada

« Un niveau de vie acceptable? » questionne Chris Jackel sur son compte Twitter. À côté de ces mots se trouve une photo montrant une cellule d'isolement dans laquelle du papier toilette jonche le sol, imbibé d'urine et d'excréments. Cet agent correctionnel de l'Ontario fait face à des mesures disciplinaires pour avoir partagé ces images.

Chris Jackel est gardien au centre correctionnel Central North de la sécurité maximale à Penetanguishene. Il fait ce métier depuis une vingtaine d'années.

Début mai, il a commencé à publier une série de photos dévoilant les conditions de vie d'un détenu mis en isolement. Dans les publications, il raconte, au fil des jours, ce que vit le détenu dans sa cellule qui n'est pas nettoyée. M. Jackel se dit préoccupé et indigné, car le détenu souffre de problèmes de santé mentale et mange ses excréments.

Les publications sur son compte Twitter semblent notamment avoir attiré l'attention du ministère de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels de l'Ontario, mais celui-ci a refusé d'accorder une entrevue.

Chris Jackel a partagé sur son compte une copie d'une lettre du ministère, datée du 19 juillet, l'appelant à se présenter à une rencontre afin de discuter de son « utilisation inappropriée des médias sociaux ». La lettre cite les quatre publications de M. Jackel sur son compte Twitter.

Ces publications constituent, selon le ministère, une violation de trois politiques de l'employeur, concernant les principes éthiques et de conduite, l'utilisation des médias sociaux et le professionnalisme du ministère.

Selon le porte-parole du ministère, Brent Ross, les procédures disciplinaires restent confidentielles.

La bonne chose à faire

Pour Chris Jackel pourtant, nul doute qu'il a fait le bon choix en publiant ces photos, a-t-il déclaré en entrevue avec CBC News. Il ajoute que depuis qu'il a publié ces renseignements sur son compte Twitter le détenu a pu bénéficier d'un traitement et va désormais mieux.

Que pouvais-je faire d'autre?

Chris Jackel, agent correctionnel

Il ajoute qu'il a tenté de faire changer les choses à l'interne, pour que la direction intervienne, mais ses demandes ont été ignorées.

Lui qui est aussi vice-président des comités de relations avec les employés du ministère pour les agents correctionnels de l'Ontario, estime qu'il était de son devoir de rendre un rapport sur les conditions des détenus.

Questionné sur la façon dont ce détenu a été traité, Brent Ross a fait savoir qu'il ne discutait pas de l'état de santé des détenus. « Ils ont le droit à une vie privée », a-t-il dit.

Cette affaire survient tandis que de plus en plus d'appels retentissent concernant la façon dont sont traités les détenus souffrant de maladie mentale lorsqu'ils sont en isolement.

Plus récemment, un rapport d’un coroner a révélé les blessures infligées à un détenu mort en isolement, Soleiman Faqiri, qui souffrait également de maladie mentale.

Plus tôt cette semaine, le commissaire aux droits de l'homme de l'Ontario, Renu Mandhane, a dit lors d'une entrevue avec CBC qu'au cours des deux dernières années, sept personnes souffrant de troubles mentaux graves et qui ont passé du temps en isolement sont décédées.

Le ministère admet qu'il y a « plus de travail à faire »

Monte Veiselmeyer, un représentant des travailleurs correctionnels du Syndicat des employés de la fonction publique de l'Ontario pense aussi que l'isolement n'est pas approprié pour des personnes souffrant de problèmes de santé mentale. Il explique ces erreurs par le fait que, bien souvent, les agents correctionnels n'ont reçu qu'une formation de base pour travailler avec de tels détenus.

Selon un porte-parole du ministère des Services correctionnels, Greg Flood, d'importantes mesures ont été mises en place pour éviter ces problèmes, notamment l'embauche de 239 employés supplémentaires, la limite à 15 jours pour l'isolement disciplinaire ainsi que plus de soins en santé mentale et des travailleurs spécialisés.

Il reconnaît qu'il y a toutefois encore du travail à faire. La ministre de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels,Marie-France Lalonde, s'est d'ailleurs engagée à répondre à toutes les recommandations des rapports, selon lui. Le ministère présentera une loi cet automne.

Avec les informations de CBC

Toronto

Forces de l'ordre