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Les 50 ans de « Vive le Québec libre! » du général de Gaulle commémorés

Le général de Gaulle, à Montréal, le 24 juillet 1967

Le général de Gaulle, à Montréal, le 24 juillet 1967

Photo : Radio-Canada / AFP

Radio-Canada

Plusieurs activités de commémoration ont eu lieu au Québec pour souligner le 50e anniversaire de la visite historique du général Charles de Gaulle au Québec, le 24 juillet 1967, où il avait lancé le célèbre « Vive le Québec libre! » qui avait enflammé le nationalisme québécois.

Lors de ce voyage, le président français avait reçu un accueil triomphal des Québécois qui s’étaient massés le long du chemin du Roy, aujourd’hui la route 138, entre Québec et Montréal, pour acclamer le chef d’État français sur son passage.

Pour marquer le coup, le Mouvement national des Québécois (MNQ) a organisé une reconstitution du trajet emprunté à l’époque par le général de Gaulle.

La caravane historique s’est mise en marche vers 9 h 30, lundi matin, à Donnacona. Comme à l’époque, des arrêts ont été effectués dans les villes de Sainte-Anne-de-la-Pérade, de Trois-Rivières, de Louiseville, puis de Berthier. Le tout s'est terminé à Montréal.

La présidente du MNQ, Martine Desjardins, a participé à l'événement avec plusieurs politiciens souverainistes.

Martine Ouellet est assise lors d'un rassemblement.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La chef du Bloc québécois Martine Ouellet

Photo : Radio-Canada

Selon la chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, le général Charles de Gaulle aurait le même discours aujourd'hui.

« Peut-être même qu’il ajouterait, dans le contexte de la globalisation et de la mondialisation : ''On a hâte que le Québec vienne siéger avec nous à l’ONU et soit un partenaire.'' Parce qu'on n'a pas de voix à l'international en tant que province, ça prend le statut de pays », a-t-elle dit lors d'un rassemblement.

L’appel du général nous invitait à aller plus loin et il nous reste encore ce bout de chemin à faire.

Stéphane Bergeron, député péquiste de Verchères

Le député péquiste de Verchères, Stéphane Bergeron, a invité les Québécois à poursuivre le chemin entamé par Charles de Gaulle. « Je suis de ceux qui pensent que le général avait raison et qu’il faut poursuivre sur cette voie », a-t-il déclaré.

La reconstitution du trajet emprunté par Charles de Gaulle était aussi l'occasion pour certains de faire partager leurs souvenirs.

« Il a parlé de l’importance d’être chez soi, de s’approprier et de se réapproprier ce qu’on était en tant que Québécois. Et ces mots-là, on commençait à les entendre, les mots "Québécois" et "Québécoises" », a raconté l'ancien journaliste Winston McQuade.

Plus le général s'avançait sur le chemin du Roy, plus il s'emballait, ont souligné plusieurs.

L'ancien député de Trois-Rivières pour le Bloc québécois Yves Rocheleau pense que le général s'est laissé emporté par l'ambiance et la foule. « Il y avait un emballement, une réaction de la foule. J’en ai encore la chair de poule », a-t-il affirmé.

Il y avait des pancartes, il y avait des drapeaux du Québec et de la France, on criait : ''Vive le Québec, vive le Québec libre, vive la France, vive la République!''

Yvon Livernoche, responsable de la sécurité à Louiseville lors de la visite de 1967

Le balcon de l'hôtel de ville ouvert au public

Des gens attendent en file.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des dizaines personnes font la file pour voir l'exposition à l’hôtel de ville de Montréal.

Photo : Radio-Canada

À l’hôtel de ville de Montréal, où le général de Gaulle a lancé son célèbre « Vive le Québec libre! » devant une foule en liesse, une exposition a été organisée et le balcon duquel il a prononcé son discours était ouvert au public toute la journée.

Plusieurs ont attendu des heures avant de pouvoir visiter le balcon. « J’ai pris mon mal en patience, ça fait déjà quelques heures que je suis ici, mais je suis persuadé que ça en vaudra la peine », a dit un visiteur.

C’est un élément qui a été présent dans l’actualité, discuté dans les familles, et qui est encore discuté, de toute évidence.

Un participant

Le balcon était ouvert de 11 h à 16 h 30 pour des visites commentées de 30 minutes.

Quant à l'exposition, il est possible de la visiter gratuitement jusqu'au 28 juillet. On peut y voir différents objets, le livre d'or, des vidéos et des photos d'archives sur les passages du général de Gaulle à Montréal.

La SSJB persona non grata à l'hôtel de ville

La Ville a créé une certaine controverse en refusant l’accès au balcon et à l’hôtel de ville aux membres de la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) qui désiraient y tenir une commémoration spéciale cette année.

Aux protestations de la SSJB, le bureau du maire Denis Coderre a répondu qu’il refusait que le 50e anniversaire de cet événement historique soit utilisé à des fins politiques.

La SSJB proposait en revanche une exposition sur la visite de Charles de Gaulle dans ses locaux de la rue Sherbrooke, à Montréal, ainsi qu’une commémoration du discours en soirée, devant l’hôtel de ville de Montréal, rue Notre-Dame.

C'est un événement qui nous a mis au monde.

Jean-François Lisée, chef du PQ

Le chef du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée, a participé à la commémoration. « Si de Gaulle disait qu'on pouvait être indépendants, c'est qu'on n'était pas nés pour un petit pain », a-t-il dit.

La Cinémathèque québécoise de Montréal avait elle aussi prévu une programmation spéciale pour commémorer l'événement, avec la projection, en présence des cinéastes Jean-Claude Labrecque et Claude Fournier, de documentaires réalisés par eux en 1967.

Le chemin du Roy

Charles de Gaulle lors de son passage à QuébecAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Charles de Gaulle lors de son passage à Québec

Photo : Jean-Claude Labrecque

Arrivé à Québec à bord du navire de guerre français Colbert pour une visite très attendue au pays, le général de Gaulle, qui a contourné l’étiquette diplomatique en n’arrivant pas dans la capitale du Canada, entreprend le 24 juillet 1967 de se rendre à Montréal à bord d’une voiture décapotable en remontant le chemin du Roy, aujourd’hui la route 138.

Acclamé par des milliers de personnes qui se sont massées sur son passage, le général reçoit un accueil triomphal de la part des Québécois. Entre Québec et Montréal, le président français multiplie les discours. Plus la journée avance, plus ses propos cherchent à faire vibrer les sentiments des nationalistes.

C’est dans cette ambiance de fête qu’il arrive à Montréal, où il est reçu par le maire Jean Drapeau, à l’hôtel de ville. Lors de cette visite, le chef d’État français décide de s’adresser à la foule en liesse venue le saluer à partir du balcon de l’hôtel de ville. Un discours empreint de fierté qui se soldera par un retentissant « Vive le Québec libre! », qui résonne encore aujourd’hui et qui aura marqué l’histoire contemporaine du Québec.

Charles de Gaulle depuis le balcon de l'hôtel de ville de MontréalAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Déjà 50 ans était scandé «Vive le Québec libre !»

Photo : Radio-Canada

Discours de Charles de Gaulle au balcon de l'hôtel de ville de Montréal, le 24 juillet 1967

« C'est une immense émotion qui remplit mon cœur en voyant devant moi la ville de Montréal... française. Au nom du vieux pays, au nom de la France, je vous salue. Je vous salue de tout mon cœur! Je vais vous confier un secret que vous ne répéterez pas.

Ce soir ici, et tout le long de ma route, je me trouvais dans une atmosphère du même genre que celle de la Libération.

Et tout le long de ma route, outre cela, j'ai constaté quel immense effort de progrès, de développement, et par conséquent d'affranchissement vous accomplissez ici, et c'est à Montréal qu'il faut que je le dise, parce que, s'il y a au monde une ville exemplaire par ses réussites modernes, c'est la vôtre! Je dis c'est la vôtre et je me permets d'ajouter : c'est la nôtre.

Si vous saviez quelle confiance la France réveillée, après d'immenses épreuves, porte maintenant vers vous. Si vous saviez quelle affection elle recommence à ressentir pour les Français du Canada, et si vous saviez à quel point elle se sent obligée de concourir à votre marche en avant, à votre progrès!

C'est pourquoi elle a conclu avec le gouvernement du Québec, avec celui de mon ami Johnson, des accords pour que les Français de part et d'autre de l'Atlantique travaillent ensemble à une même œuvre française.

Et, d'ailleurs, le concours que la France va, tous les jours un peu plus, prêter ici, elle sait bien que vous le lui rendrez, parce que vous êtes en train de vous constituer des élites, des usines, des entreprises, des laboratoires, qui feront l'étonnement de tous et qui, un jour, j'en suis sûr, vous permettront d'aider la France.

Voilà ce que je suis venu vous dire ce soir en ajoutant que j'emporte de cette réunion inouïe de Montréal un souvenir inoubliable. La France entière sait, voit, entend ce qui se passe ici et je puis vous dire qu'elle en vaudra mieux.

Vive Montréal! Vive le Québec!

Vive le Québec... libre!

Vive le Canada français! Et vive la France! »

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