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Consultation sur la discrimination systémique au Québec dès septembre

Les explications d'Alex Boissonneault
Radio-Canada

Le gouvernement du Québec a annoncé jeudi que sa consultation sur la discrimination systémique et le racisme sera confiée à la Commission des droits de la personne. Des séances auront lieu partout dans la province en septembre et en octobre.

La ministre québécoise de l'Immigration, Kathleen Weil, a d’abord souligné en conférence de presse que la lutte contre le racisme et la discrimination était une priorité pour son gouvernement.

« Je suis très fière de réaffirmer aujourd’hui la volonté du gouvernement du Québec de tenir une consultation sur la discrimination systémique et le racisme », a-t-elle déclaré, avant de préciser que l'exercice prendra la forme de consultations en région avant la tenue d'un forum réunissant des experts et des acteurs du milieu, en novembre 2017.

L’annonce survient lors d’une semaine marquée par des actes discriminatoires commis notamment à Québec, à Saguenay et à Sherbrooke. Ces gestes sont « inacceptables », a dit la ministre, qui a précisé que ces incidents n'étaient pas nouveaux.

« On en voit dans toutes les sociétés, mais c’est important d’agir rapidement », a-t-elle ajouté.

Selon Kathleen Weil, l'exercice « répond à des enjeux réels qui ont été abondamment documentés au Québec et ailleurs dans le monde ».

La ministre veut mobiliser tous les acteurs de la société civile et les personnes qui ont subi du racisme ou de la discrimination. Un appel de projets est en cours pour sélectionner une vingtaine d’organismes à travers le Québec qui vont organiser des consultations locales. Il sera aussi possible de déposer un mémoire en ligne.

Des groupes de travail vont également se pencher sur des thémes liées au racisme et à la discrimination, tels que l’emploi, l’éducation, la justice et le logement.

Un rapport en février

Ces différentes démarches permettront à la commission de nourrir ses réflexions et de remettre un rapport au gouvernement en février 2018.

« Un plan d’action découlant des recommandations sera ensuite rendu public par le gouvernement du Québec afin de mettre en œuvre des solutions innovantes et efficaces », a expliqué la ministre Kathleen Weil.

La présidente de la Commission des droits de la personne, Tamara Thermitus, a rappelé que la discrimination systémique est bien présente au Québec. Elle a d’ailleurs évoqué une étude publiée en 2012 concernant le marché de l’emploi.

« À qualification égale, le candidat majoritaire qui a un nom à consonance franco-québécoise a 60 % plus de chance d’être invité à un entretien d’embauche » qu’un candidat issu d’un groupe minoritaire, a-t-elle soutenu.

Des avis partagés

Certains se réjouissent de cette annonce, mais d'autres craignent que la consultation n'attise les tensions.

Le chef du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée, avait d'ailleurs soulevé plusieurs inquiétudes en avril. Il pressait le gouvernement Couillard de favoriser une action immédiate plutôt qu’une consultation.

D’autres, comme c’est le cas de la Commission jeunesse du Parti libéral du Québec, avaient plaidé pour la création d’une commission d’enquête publique sur le racisme systémique. L’idée avait elle aussi été rejetée par le gouvernement.

« Le consensus n’était pas là pour une commission d’enquête », s'est défendue Mme Weil en entrevue à l'émission 24/60, jeudi. « Les gens voulaient qu’on puisse écouter ceux qui ont vécu cette discrimination [et] qu’on puisse entendre les bonnes pratiques d’ailleurs », a-t-elle expliqué.

Le coût personnel est trop important. Pour bien agir, il faut bien comprendre, bien écouter.

Kathleen Weil, ministre québécoise de l'Immigration, en entrevue à l'émission 24/60

Les bases de la consultation sur la discrimination systémique et le racisme ont été jetées par un comité-conseil, formé au printemps dernier, qui devait conseiller la ministre.

Le sociologue Joseph Yvon Thériault juge pour sa part que ce comité est partial. « ll va susciter une polarisation plus qu’il ne va susciter un débat raisonné sur une question, qui, je le rappelle, me paraît légitime », a-t-il dénoncé.

Le coprésident de l'Association des musulmans et des Arabes pour la laïcité au Québec, Haroun Bouazzi, espère que la consultation ne sera pas tablettée. « Aujourd’hui on assiste à un premier pas. Ce n’est pas un aboutissement, c’est un début. Il va falloir faire très attention », a-t-il prévenu.

La Coalition pour l’égalité et contre le racisme systémique réclamait une commission sur le racisme systémique depuis des mois. La présidente de Québec inclusif, Émilie Nicolas, aussi membre de la coalition, semble satisfaite.

« Pour nous, l’important, ce n’est pas que ce soit une consultation ou une commission, c’est vraiment le sérieux de la démarche », a-t-elle dit.

Nous, ça fait un an et demi qu’on demande un exercice de la sorte.

Émilie Nicolas, présidente de Québec inclusif

Le cofondateur de Montréal-Nord Républik, Will Prosper, a par ailleurs insisté sur le fait que le racisme systémique est présent au Québec depuis des années. « Il faut absolument agir pour éteindre ces mouvements », a-t-il affirmé.

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