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Un vaccin prometteur contre le VIH en développement en Ontario

Photo: iStock
Radio-Canada

Créer un vaccin contre le VIH inoffensif pour la santé et qui peut être fabriqué à grande échelle : voici la mission d'une équipe de chercheurs en Ontario. Une tâche titanesque... mais qui pourrait bien réussir.

Un texte de Miriane Demers-Lemay

Plusieurs personnes dans le monde ont les yeux rivés sur les avancées du vaccin SAV001, développé depuis plus de 10 ans par une équipe de recherche menée par le virologiste Chil-Yong Kang.

Les chercheurs sont affiliés à l’Université de Western Ontario, située à London dans le sud de l’Ontario.

Si ce vaccin réussit avec succès les deux prochaines phases de tests cliniques, il pourrait constituer un moyen de prévenir la propagation de l’un des virus qui fait le plus de ravages sur la planète : le virus de l'immunodéficience humaine (VIH).

L’approche développée par les chercheurs de Western University est intéressante et différente.

Sean Hosein, rédacteur scientifique et médical à La Source canadienne de renseignements sur le VIH et l’hépatite C (CATIE)
Portrait de Chil-Yong Kang dans son loboratoire.Chil-Yong Kang, virologiste à l'Université de Western Ontario, travaille sur le potentiel vaccin SAV001 depuis plus d'une dizaine d'années. Photo : Radio-Canada / Courtoisie de Chil-Yong Kang

Les candidats pour de futurs vaccins contre le VIH sont nombreux, selon Sean Hosein, rédacteur scientifique et médical à La Source canadienne de renseignements sur le VIH et l’hépatite C (CATIE).

Toutefois, l’approche développée par M. Kang est différente.

Grâce à ce type de vaccins, la petite vérole et la poliomyélite ont été éliminées de la surface de la planète, alors que ces maladies faisaient des millions de morts.

Chil-Yong Kang, virologiste

« La plupart des potentiels vaccins n’utilisent que certaines parties du VIH, explique-t-il. Jusqu’à présent, ces vaccins échouent à protéger l’organisme du virus, probablement parce que celui-ci a un taux très rapide de mutation ».

Le vaccin développé par Chil-Yong Kang se base sur le virus entier, mais inactivé, du VIH.

« Si le virus se transforme très rapidement, certaines parties du virus sont immuables », continue M. Hosein.

Ces parties immuables du VIH seraient en quelque sorte des repères pour les anticorps, qui peuvent ainsi reconnaître le VIH.

Le virologiste Chil-Yong Kang espère créer un vaccin qui pourrait permettre de prévenir la propagation du VIH.Le virologiste Chil-Yong Kang espère créer un vaccin qui pourrait permettre de prévenir la propagation du VIH. Photo : iStock

Un vaccin basé sur un virus modifié génétiquement

Le SAV001 fait partie des types de vaccins dits « inactivés ».

Comment fonctionne un vaccin inactivé?

  • Un vaccin inactivé est constitué d'une version inactive du virus que l'on cherche à éliminer.
  • Le vaccin a l’apparence du virus, mais n’est pas virulent.
  • Lors de l'administration du vaccin, l'organisme entre en contact avec ce « virus inactivé » et commence à produire des anticorps spécifiques à celui-ci.
  • Quand le véritable virus entre en contact avec l'organisme, celui-ci a déjà une « armée entraînée » – les anticorps spécifiques à ce virus – qui empêche le virus de s'installer à l'intérieur du corps.

Le SAV001 ne serait que le second vaccin inactivé à avoir été testé contre le VIH à ce jour.

« Cette approche a été mise de côté pendant longtemps pour des raisons de sécurité, informe M. Kang. Mais la technologie est aujourd’hui beaucoup plus avancée qu’elle ne l’était auparavant. »

Trouver un vaccin contre le VIH comporte son lot de défis

« Le VIH attaque le système immunitaire de plusieurs manières. Or, on manque de connaissances sur le système immunitaire », explique M. Hosein.

« En plus, avec son taux de mutation très rapide, le VIH change tout le temps de forme », ajoute-t-il.

Le virus du VIH-1 (ici en vert) s'attaque aux lymphocytes du système immunitaire, tel que révélé par un microscope à balayage électronique. Le virus du VIH-1 (ici en vert) s'attaque aux lymphocytes du système immunitaire, tel que révélé par un microscope à balayage électronique. Photo : La Presse canadienne / HO-CDC

Il faut être capable de produire en grande quantité un vaccin qui génère une réaction immunitaire efficace, tout en étant inoffensif pour la santé.

Pour atteindre ces objectifs, l'équipe de chercheurs de l’Université de Western Ontario a créé un vaccin basé sur un virus modifié génétiquement.

Les manipulations

  1. Les gènes responsables du caractère pathogène du VIH sont d’abord retirés. Le virus perd sa virulence.
  2. Un gène de l'abeille est inséré. Ce gène permet de décupler la reproduction du virus. De grandes quantités du vaccin sont ainsi produites.
  3. Le virus est soumis à des produits chimiques qui ont pour effet de désactiver les fonctions du virus.
  4. Enfin, le virus est soumis à des rayons gamma, qui éliminent toute trace génétique du virus.

Dépourvu de gènes, le virus perd ainsi sa virulence. Il conserve toutefois son enveloppe externe.

Les anticorps, qui constituent la première ligne de défense de notre organisme, peuvent alors – théoriquement – détecter et neutraliser le virus avant même qu'il ne s’installe dans l’organisme.

En d’autres termes, le vaccin pourrait potentiellement permettre d’éviter de nouvelles infections par le VIH chez les séronégatifs.

Une première phase d'études cliniques réussie

Le SAV001 vient de passer avec succès la première phase d’études cliniques sur 33 personnes séropositives.

Les résultats de cette phase, publiés dans la revue scientifique Retrovirology en novembre 2016, démontrent que le vaccin est sécuritaire pour l’humain, même chez les séronégatifs.

En tant que chercheur, c’est ma responsabilité de trouver des solutions à cette crise d’ampleur planétaire.

Chil-Yong Kang, virologiste
Vue aérienne de l'université avec un grand parLe vaccin SAV001 développé par le virologiste Chil-Yong Kang fait partie des nombreux projets de recherche menés à l’Université de Western Ontario, située à London en Ontario. Photo : Western University

Le succès de cette première étape permet d’aller de l’avant pour des études cliniques à plus grande échelle.

Le vaccin sera donc testé sur près de 600 personnes au cours de la deuxième phase et sur plus de 6000 au cours de la troisième phase.

Pour être commercialisé, un vaccin doit passer trois phases de tests cliniques.

  • 1re phase : prouver que le vaccin est sécuritaire pour une administration chez l’humain.
  • 2e phase : prouver que le vaccin ne produit pas d’effets secondaires sur la santé humaine.
  • 3e phase : prouver l’efficacité du vaccin contre le virus.

Le SAV001 a terminé la phase 1 avec succès. M. Kang espère que la phase 2 puisse débuter en 2018.

La première phase de l’étude semble indiquer que le vaccin réussit à stimuler la production d’anticorps spécifiques au VIH. Les tests de la phase 3 seront toutefois nécessaires pour confirmer ce résultat.

Le monde a besoin d’un vaccin. Ce serait formidable si le Canada pouvait contribuer à la lutte contre le VIH/SIDA, comme il l’a fait dans la lutte contre l’Ebola.

Sean Hosein, rédacteur scientifique et médical à La Source canadienne de renseignements sur le VIH et l’hépatite C (CATIE)
Plus de 36,7 millions de personnes vivaient avec le VIH dans le monde en 2016. Plus de 35 millions de personnes sont décédées de maladies liées au sida depuis le début de l'épidémie.Sources : ONU fin 2015 Photo : Radio-Canada / Vincent Wallon / Icônes : Freepik de www.flaticon.com

Toutefois, il peut s’écouler encore plusieurs années avant de finaliser les phases 2 et 3 des tests cliniques. Si ces dernières sont réussies, le vaccin pourra être commercialisé.

En attendant, Chil-Yong Kang continue de travailler sur ce vaccin. Il espère qu’il s’agira d’un véritable remède contre l'épidémie.

Personnes vivant avec le VIH vivent plus longtemps grâce aux avances médicales des traitements. Nouvelles infections au VIH continuent à se produire.1 personne sur 5 n’est pas au courant de sa séropositivité.Le nombre de personnes vivant avec le VIH au Canada continue d’augmenter. Source : Agence de la santé publique au Canada - 2014 Photo : Radio-Canada / Vincent Wallon / Icônes : Freepik de www.flaticon.com

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