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La croisière s'amuse... et pollue

Un bateau de croisière de l'entreprise P & O

Un bateau de croisière

Photo : Reuters / David Gray

Radio-Canada

Sur certains bateaux de croisière, la quantité de particules fines dans l'air serait encore plus importante que dans les villes les plus polluées de la planète, révèle une enquête réalisée par le média britannique Channel 4. Cela pourrait entre autres avoir un impact sur la santé des croisiéristes.

Embarquée à bord d’un bateau de la compagnie britannique P&O Cruises, l’équipe de journalistes a procédé secrètement à l’analyse de la qualité de l’air à l’aide d’une caméra infrarouge et d’un compteur de particules ultrafines.

Selon les résultats obtenus, l’air sur le pont du bateau, près des cheminées, compte plus de deux fois plus de particules ultrafines que ce qui est mesuré au cœur du centre-ville de Londres.

Quantité de particules ultrafines détectées :

  • 38 400 particules par centimètre cube à Piccadilly Circus, à Londres
  • 84 000 particules par centimètre cube sur le pont du bateau, sous le vent et à côté de la cheminée principale
  • 4285 particules par centimètre cube à la plage de Camber Sands, au bord de la Manche

La caméra infrarouge, qui perçoit des gaz invisibles à l'oeil nu, a également permis à l’équipe de voir un important panache de fumée continu sortant de la cheminée principale. La caméra a surtout détecté du dioxyde de carbone, le plus important agent causant les changements climatiques.

Une version précédente de cet article pouvait laisser croire que les bateaux de croisière qui mouillent à Montréal émettent des niveau de pollution semblables à ceux que mentionne l'enquête de Channel 4. Or, le Canada et les États-Unis ont adopté des normes plus contraignantes quant au carburant utilisé par les bateaux de croisière. Ce carburant ne peut pas contenir plus de 1000 parties de soufre par million, alors que le mazout lourd en contient jusqu'à 35 000, peut-on lire sur le site d'Environnement et Changement climatique Canada.

Le média britannique rappelle qu’il y a une préoccupation croissante au sein de la communauté scientifique quant aux particules dégagées par les bateaux de croisière lorsqu’ils brûlent du carburant. Ces particules ultrafines sont si petites qu’elles ne peuvent même pas être observées sous un microscope. Elles pourraient pénétrer plus profondément dans notre corps, atteignant même le sang et les organes humains.

« Certaines études ont démontré qu’une courte exposition à ces particules peut mener à une hausse des problèmes respiratoires, explique à Channel 4 le docteur Matt Loxham, professeur à la Southampton University. Pour des gens déjà asthmatiques, par exemple, cela peut leur donner une respiration plus sifflante. Même chose pour des gens souffrant de maladies cardiovasculaires : leurs symptômes pourraient alors s’aggraver. »

C’est le type de carburant employé par ces bateaux qui est la source du problème, selon John Maggs, le président de l’organisation environnementale The Clean Shipping Coalition, qui s'intéresse surtout à l'impact environnemental des cargos.

Ce carburant, appelé mazout lourd, est issu des restes de la production d’essence ordinaire et de diesel et contient beaucoup plus de soufre que l’essence ordinaire. Selon Daniel Rieger, un environnementaliste consulté par Channel 4, un bateau de croisière produit autant de particules qu'« un million de voitures, par jour ».

Le reportage mentionne d'autres impacts des bateaux de croisière sur l'environnement, notamment lors de l'évacuation des eaux usées. De plus, même lors des escales, les bateaux doivent laisser leurs moteurs en marche afin d'assurer l'approvisionnement en électricité.

En réaction aux résultats de l’enquête, la compagnie P&O Cruises a indiqué avoir réduit de 28 % depuis 2005 la consommation de carburant de ses navires. Elle a également annoncé qu’elle comptait installer sur certains bateaux un système de nettoyage des gaz d’échappement pour améliorer la qualité de l’air.

Environnement