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Le long combat d'Innu Nikamu, l'irréductible festival de musique autochtone

Le groupe Simple Plan sur la scène du festival Innu Nikamu, devant une foule en délire.
En 2016, le festival Innu Nikamu a reçu le groupe Simple Plan. Photo: Facebook / Festival Innu Nikamu
Radio-Canada

Un festival de musique autochtone qui parvient à attirer des artistes comme Louis-Jean Cormier et Simple Plan doit bien jouir d'un succès assuré, non? Ce n'est pourtant pas le cas du festival Innu Nikamu qui, après 33 années d'existence, doit encore lutter chaque année pour sa survie.

Un texte de Catherine Poisson

L’événement est unique en son genre au Canada.

Situé sur le site d’un ancien pensionnat autochtone dans la communauté de Mani-Utenam, près de Sept-Îles, le festival accueille un mélange d'artistes autochtones et québécois comme Zachary Richard, Samian, Koriass, Kashtin et Vincent Vallières.

L’an passé, c'est le groupe Simple Plan qui a assuré le spectacle de clôture du festival.

Pourtant, à quelques semaines de l’événement, les organisateurs craignaient de devoir l'annuler par manque de fonds.

« Étrangement, c’est la première fois où vraiment on se posait la question "est-ce qu’on va y arriver?" et ce fut l’une des plus grosses années du festival en termes de programmation et d’achalandage », se rappelle le directeur artistique d’Innu Nikamu, Kevin Bacon Hervieux.

Le directeur technique d’Innu Nikamu, Kim Fontaine, admet que l’événement a souffert de problèmes de gestion dans le passé. Lorsque son équipe a pris le contrôle du festival en 2010, ce dernier était en déclin, dit-il.

Malgré cette nouvelle direction, l'équipe peine encore à répondre aux exigences des ministères qui pourraient les financer.

Incompréhension des fonctionnaires

Par exemple, cette année encore, Innu Nikamu n'a pas réussi à obtenir un financement de la part de Tourisme Québec, qui demande une étude sur l'impact et l'achalandage du festival.

« Ayant déjà beaucoup de difficulté à trouver des sous pour faire le festival, on en avait encore moins pour faire une telle étude parce que ça coûte quand même entre 5000 $ et 10 000 $ », souligne Kim Fontaine.

On veut pas dire qu’on est des Autochtones, puis on veut un passe-droit, c’est pas ça, mais on veut quand même que les gens de ces ministères-là restent à l’écoute et essaient de nous aider à mettre du moins le pied dans le système.

Kim Fontaine, directeur technique du festival Innu Nikamu

Or, l'équipe dénote aussi un manque de compréhension des enjeux autochtones du gouvernement, particulièrement au Québec.

Kevin Bacon Hervieux rit encore de la fois où un ministère leur a demandé quels étaient « leurs projets pour la deuxième édition », alors qu'ils étaient en pleine préparation de la 33e édition du festival...

Une anecdote certes cocasse, mais également très révélatrice des préjugés qui perdurent dans les mentalités.

« Très peu de gens ont le courage d’entrer dans des réserves autochtones. Il y a immédiatement un préjugé que, oui, les réserves indiennes sont des endroits où il y a une violence, que les non-Autochtones sont pas les bienvenus », déplore le directeur artistique.

Et pire encore, il y a des gens de Sept-Îles, on est à côté, on est à cinq minutes de voiture, et il y a des gens sur Facebook qui me demandent si Innu Nikamu c’est une beuverie.

Kevin Bacon Hervieux, directeur artistique du festival Innu Nikamu

C'est en partie pour mettre fin à ces perceptions que l'équipe a ouvert la porte du festival aux artistes non autochtones, il y a maintenant quatre ans.

« Si on n'avait pas fait cette ouverture-là, je pense pas que les gens de Sept-Îles se déplaceraient pour venir écouter des artistes qui chantent soit en innu ou dans une autre langue autochtone », souligne Kim Fontaine.

L'impact social de ce rassemblement positif se fait déjà sentir dans la communauté, et ce, même une fois le festival terminé, estime Kevin Bacon Hervieux. Le directeur artistique soutient que de plus en plus de projets réunissant des Autochtones et des résidents de Sept-Îles voient le jour.

Quelles solutions pour Innu Nikamu?

Actuellement, le financement d'Innu Nikamu dépend de programmes d’emploi du conseil de bande de Mani-Utenam pour rémunérer quatre ou cinq personnes pendant 16 semaines.

Le premier objectif de l'équipe est donc d'engager au moins une ou deux personnes à temps plein pendant l'année pour, entre autres, répondre aux questions des ministères dans les délais requis.

Pour y parvenir, l'équipe a commencé à créer des partenariats avec des entreprises locales d'une durée de deux ou trois ans, plutôt que de devoir les renouveler chaque année. Elle espère que ce soutien additionnel lui permettra de réaliser l'étude nécessaire pour obtenir le financement de Tourisme Québec dès l'an prochain.

Afin de faire connaître le festival, Kevin Bacon Hervieux a aussi réalisé le documentaire Innu Nikamu : La grande tradition, tourné pendant l'édition de 2016. Le film retrace l'histoire du festival et le rôle qu'il continue de jouer dans la guérison de la communauté autochtone de la Côte-Nord.

Un récit qui sonne comme un cri du coeur pour assurer la pérennité d'Innu Nikamu.

Au-delà du festival, le symbole

C'est un peu par hasard qu'Innu Nikamu se tient sur le site d'un ancien pensionnat autochtone. L'endroit a d'abord été choisi parce qu'il s'agissait du seul terrain vague dans les environs. Or, au fil des ans, les organisateurs comprennent que la symbolique du lieu jette une ombre sur l'événement qui se veut festif.

« Il y a beaucoup de gens qui ne venaient pas sur le site parce que, justement, soit des gens de leur famille ou peut-être même eux directement avaient vécu des mauvais souvenirs à cet endroit », explique Kim Fontaine.

L'année passée, l'équipe responsable du festival a donc décidé de décontaminer le site complètement. Les anciennes fondations ont été retirées et le site a été reconstruit. Depuis, l'équipe remarque un apaisement chez le public, qui se sent plus à l'aise de venir sur le site.

 

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