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Identités canadiennes : Autochtones et francophones sur des voies diamétralement opposées

Sur un fond de drapeau canadien, image de 2 têtes d'où émanent des bulles de différentes couleur représentant les francophones canadiens. Le Canada français : réalité dépassée ou projet à redéfinir?

Le Canada français : réalité dépassée ou projet à redéfinir?

Photo : Pixabay / Pixabay/M-J Gendron

Lettre ouverte
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Jean-Pierre Dubé est journaliste et analyste politique ainsi qu'auteur de romans et de pièces de théâtre. Natif du Manitoba, il est aujourd'hui domicilié en Suisse.

Les racines de l'auteur de best-sellers sur la vie des Autochtones Joseph Boyden ont été contestées publiquement en 2017, divisant les Premières Nations sur son appartenance. Sur quelles bases les Autochtones fondent-ils l'identité? En cette année du 150e anniversaire, le débat apporte un nouvel éclairage sur la démarche visant à redéfinir les communautés francophones.

Comme bien d’autres, le romancier vedette souhaite faire partie des Premières Nations; mais ça n’intéresse pas tellement. Chez les francophones, au contraire, on est prêt à accueillir n’importe qui; mais ça n’intéresse pas tellement non plus.

L’Ontarien Joseph Boyden a écrit en dix ans trois romans primés, traduits et publiés en français par l’éditeur Albin Michel. Au fil des ans, il s’est affirmé comme un militant pour les causes autochtones. Tant et si bien que les Premières Nations du pays ont adopté le romancier comme un des leurs. Jusqu’à ce que le réseau APTN diffuse en décembre dernier une enquête sur ses relations avec les diverses nations auxquelles il a prétendu appartenir. Aucun lien n’a été confirmé. Au mieux, on a reconnu qu’il pouvait s’identifier comme Métis.

N’est pas Autochtone qui veut. Selon le consensus chez les Premières Nations, le test d’ADN compte moins que l’appartenance affirmée et reconnue. Cette approche reprend la définition de l’identité métisse de l’Arrêt Powley de la Cour suprême : posséder des preuves généalogiques, s’identifier comme membre d’une communauté et être reconnu par elle.

Le jugement aurait permis de freiner la demande de carte métisse, stimulée par la popularité croissante du statut, surtout dans l’Ouest mais aussi en Ontario et au Québec. Sur cette base qui n’est pas linguistique, on serait en mesure de recréer des nations et des territoires.

Ce retour en arrière est-il possible? Justifie-t-il l’engouement pour la vie autochtone? Quoi qu’il en soit, les Premières Nations sont vigilantes par rapport à ceux qui se réclament de leur identité.

Pour des raisons historiques, la francophonie ne jouit pas d’une telle force d’attraction. L’héritage colonialiste fait en sorte que les francophones de souche s’assimilent à la majorité depuis un siècle et demandent peu d’être servis en français. Les jeunes générations se voient d’abord comme bilingues et n’ont plus d’appartenance à la francophonie, quasi invisible sur la place publique et dans les médias.

À défaut de se perpétuer par la natalité, la culture et l’identité, les communautés se sont tournées vers l’immigration qui, jusqu’à présent, n’a pas donné de résultat concluant. On revendique alors l’élargissement de lois et règlements pour tenter d’inclure tout semblant de francophone, de près ou de loin, utilisant le français comme première, 2e ou 3e langue.

Les organismes communautaires cherchent à gonfler les statistiques sur le nombre de locuteurs, dans l’espoir de générer le déploiement de services bilingues dans autant de bureaux fédéraux que possible.

Fin 2016, le gouvernement s’est engagé à tenir de consultations pancanadiennes afin de revoir les règles déterminant où et comment Ottawa est tenu d’offrir des services en français. La réforme comprendra une redéfinition élargie de la francophonie qui pourrait être en place lors du recensement de 2021.

Cette approche va dans le sens contraire de celle des Premières Nations et des Métis. La francophonie hors Québec ne constitue pas une nation et ses prétentions identitaires sont confuses. Comment identifier un ou une francophone : à quoi appartient-on et qui les reconnaît? On est réduit au statut de locuteurs d’une langue officielle protégée par des droits parsemés, là où le nombre le justifie.

L’espoir que les diplômés de l’immersion, les polyglottes et les nouveaux arrivants se prévaudront davantage d’une offre élargie de services en français n’est pas fondé dans la réalité. Ce ne seront que des chiffres. C’est ainsi qu’a été évacuée la question de l’appartenance soulevée par le cas de Joseph Boyden. Sur l’identité, la francophonie a déclaré forfait.

À part certaines exceptions, les communautés francophones et acadiennes souffrent d’une désirabilité faible. Pourquoi? Sans répondre à cette question, les organismes politiques continuent à courir après des subventions, encore persuadés de pouvoir faire mieux et plus.

Les francophones ne militent pas. Ils applaudissent des élus qui les consultent poliment. Ils ne dérangent personne et personne ne se dérange pour eux. C’est le signe d’une faillite de l’imagination.

En 50 ans, on est passé de peuple fondateur à communauté linguistique à minorité invisible. Aujourd’hui, dans l’indifférence, on ne sait plus qui on est.

Mais qui sait ce qui arrivera. Ne pas avoir d’identité propre, comme le suggère le premier ministre Justin Trudeau, est peut-être la voie canadienne de l’avenir. Si tel était le cas, les Autochtones ne feraient que prolonger inutilement leur souffrance. Joseph Boyden aura peut-être le dernier mot.

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