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Feux de forêt en Colombie-Britannique : pas une surprise et loin d'être terminés

Photo: La Presse canadienne / Darryl Dyck

Les quelque 500 feux de forêt ont pris par surprise des milliers de personnes en Colombie-Britannique qui ont été évacuées précipitamment. Mais les experts rappellent que cette région est propice à ce genre de catastrophe naturelle et que la province est loin d'en avoir fini avec de tels désastres dans les années à venir.

Un texte de Jean-Philippe Guilbault

L'Okanagan, au cœur de la Colombie-Britannique, a toujours été propice aux feux de forêt, soutient Yves Bergeron, professeur d'écologie forestière à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) et à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). « Les feux y sont très fréquents, mais généralement de faible sévérité », explique-t-il.

Or, ce qui provoque des brasiers difficiles à maîtriser, comme ceux qui ravagent actuellement plusieurs régions, c’est une combinaison de facteurs météorologiques et géographiques.

L'hiver très enneigé n'a pas réduit les risques d'incendies, au contraire. La fonte des importantes quantités de neige a contribué à faire pousser davantage de végétation. Celle-ci s'est cependant asséchée très rapidement, en raison d'une hausse soudaine des températures au printemps, et a servi de combustible aux feux.

La foudre qui a frappé cette végétation trop sèche a également contribué au problème. « S’il y a beaucoup plus de foudre et qu’il ne pleut pas, les prochaines semaines risquent d’être assez intéressantes en Colombie-Britannique », estime le chercheur.

Il ne faut pas non plus sous-estimer les conséquences de la bêtise humaine : une cigarette mal éteinte peut allumer d'importants brasiers. Les autorités ne sont pas encore en mesure de dire avec certitude si ces feux ont été provoqués par dame Nature ou par l'humain.

Carte des feux actifs actuels en Colombie-BritanniqueFeux actifs en Colombie-Britannique (en date du 10 juillet 2017) Photo : Ressources naturelles Canada

La géographie de l'Okanagan joue aussi un rôle majeur dans la quantité de feux de forêt qui s'y développent. Il y a « une végétation qui n'est pas boréale [...] qui brûle différemment, précise Marc-André Parisien, chercheur en écologie forestière au Centre de foresterie du nord d'Edmonton. C'est un milieu où les feux sont souvent encaissés dans des vallées montagneuses et il y a des vents qui peuvent être dangereux. »

Par ailleurs, la gestion des petits feux de forêt dans la région – y compris le brûlage contrôlé de certaines superficies pour prévenir des incendies d'envergure – a ses limites, croit Yves Bergeron. En fait, la végétation se développe plus facilement après ces feux contrôlés et peut augmenter le risque de feux plus importants.

Yan Boulanger, chercheur en écologie forestière au Centre de foresterie des Laurentides à Québec, ajoute que la présence de plus en plus de personnes dans ces zones à risque complique la situation. Alors qu'au Québec et dans les Prairies, les centres urbains sont généralement éloignés des forêts, la vallée de l'Okanagan est un secteur densément peuplé.

C’est une situation un peu particulière en Colombie-Britannique, parce qu’où il y a beaucoup de grands feux, c’est où il y a des gens. […] Il y a des millions de personnes qui vivent dans la zone dangereuse.

Marc-André Parisien, chercheur en écologie forestière à Ressources naturelles Canada

La faute aux changements climatiques?

Un feu de forêt a forcé l’évacuation de milliers de personnes dans le secteur de 100 Mile House, en Colombie-Britannique, dimanche. Un feu de forêt a forcé l’évacuation de milliers de personnes dans le secteur de 100 Mile House, en Colombie-Britannique, dimanche. Photo : CBC / Mike Zimmer

Du côté de Ressources naturelles Canada (RNC), on se montre plutôt inquiet au sujet de l'avenir des feux de forêt dans la province. « Ce que nos modèles prévoient, c’est [qu'avec les changements climatiques] il va y avoir une augmentation très importante probablement des aires brûlées et donc du nombre de feux dans le futur, explique Yan Boulanger. Dans cette région, nos modèles prévoient une augmentation de 4 à 10 fois par rapport à ce qui a été observé historiquement au cours des 30 dernières années. »

Dans son dernier rapport annuel sur l'état des forêts canadiennes, RNC affirme que « les conditions climatiques plus douces et plus sèches que l’on observe depuis 50 ans constituent l’une des principales causes du prolongement des saisons d’incendies, de la hausse du nombre de feux de forêt graves et de l’accroissement des superficies brûlées ».

RNC ajoute que les hivers plus doux au début des années 2000 ont permis la multiplication du dendroctone du pin ponderosa, un insecte qui a ravagé plus de 750 millions de mètres cubes de pins tordus adultes dans le centre de la Colombie-Britannique, ce qui a rendu la forêt plus vulnérable aux feux.

La population doit s’attendre à ce que des incendies comme ceux de Fort McMurray se produisent plus fréquemment, reconnaît Yves Bergeron. Or, difficile de pointer uniquement du doigt les changements climatiques, même si ces derniers n’aident pas la situation.

« On ne peut pas dire que ces feux-là sont liés aux changements climatiques, mais visiblement, des situations comme cela vont arriver plus fréquemment avec les changements climatiques », explique le professeur. Celui-ci souligne toutefois qu’un tel feu aurait très bien pu se produire à une autre époque, rappelant que la province a aussi été frappée d'importants brasiers au 19e siècle.

Comment protéger les régions à risque?

Un an après l'incendie, la reconstruction fait le nouveau boom de Fort McMurray.Un an après l'incendie, la reconstruction fait le nouveau boom de Fort McMurray. Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

La bonne nouvelle, c’est que, contrairement aux zones touchées par des inondations comme celles vécues par le Québec au printemps, les régions visées par les feux de forêt peuvent plus facilement être protégées.

« Il existe déjà des indications et des initiatives qui permettent de réduire les risques de feux autour des communautés », mentionne Yan Boulanger.

On peut reconstruire, mais il ne faut pas reconstruire avec des maisons en bardeaux de cèdre entourées de conifères. Il faut essayer de protéger ces villages avec une bande verte d’agriculture ou de s’assurer qu’on met des espèces feuillues. Il y a des moyens de se prémunir, mais si l’on reconstruit encore en forêt, on va avoir les mêmes problèmes.

Yves Bergeron, professeur d'écologie forestière à l'UQAT et à l'UQAM

Plus de discussions doivent avoir lieu afin de mieux prévoir l’habitation près de zones à risque et de mettre en place des plans d’aménagement et d’urgence, ajoute M. Bergeron. « Jusqu’à tout récemment, on avait très peu d’informations à l’échelle nationale au sujet des risques ou même des probabilités de brûler autour des communautés pour pouvoir établir ce genre de plans. »

Société