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Les Innus et Parcs Canada unissent leurs efforts pour protéger le territoire

L'Archipel-de-Mingan est un véritable sanctuaire pour les oiseaux.
L'Archipel-de-Mingan est un véritable sanctuaire pour les oiseaux. Photo: Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau
Radio-Canada

Des communautés innues comme celles de Pessamit et d'Ekuanitshit ont conclu des partenariats avec des groupes de conservation de l'environnement pour protéger leurs terres ancestrales, une initiative qui profite à tout le monde, y compris la planète.

Pendant des milliers d’années, les Innus du nord-ouest du Québec et du Labrador ont pris soin de leur terre. Personne ne connaît ce territoire, que les Innus appellent Nitassinan, mieux que les Innus eux-mêmes.

C’est pourquoi des groupes de conservation comme Parcs Canada et l’Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) ont invité les Innus à créer un partenariat au service de leurs intérêts mutuels.

« Des groupes comme l’UNESCO peuvent bénéficier de notre savoir autochtone pour mettre en place des politiques et des mesures pour protéger l’environnement », selon le conseiller de la Première Nation innue de Pessamit, Raymond Rousselot.

« Notre partenariat avec l’UNESCO devient un symbole d’honneur, c’est quelque chose dont nos jeunes peuvent être fiers, et c’est la preuve pour le reste du monde que nous respectons notre terre », ajoute-t-il.

À l’occasion de la Journée nationale des peuples autochtones cette année, la communauté de Pessamit et d’autres communautés innues ont renouvelé le partenariat qu’elles avaient conclu avec l’UNESCO il y a 10 ans.

Le réservoir Manicouagan vu depuis la crête du barrage Daniel-JohnsonLe réservoir Manicouagan, vu depuis la crête du barrage Daniel-Johnson, est situé sur le territoire protégé par la Réserve mondiale de la biosphère Manicouagan-Uapishka Photo : Radio-Canada

La Réserve mondiale de la biosphère Manicouagan-Uapishka a été désignée ainsi en 2007 par l'UNESCO et soutient depuis les Innus dans la conservation et la protection de plus de 3000 kilomètres carrés de leurs habitats traditionnels.

La terre appartient à tous

Avec la nouvelle entente survenue cette année, un programme est en cours de développement pour inciter la jeunesse innue à collaborer avec les chercheurs afin de partager avec eux leurs connaissances de leur terre et d’acquérir des compétences en matière de recherche.

« De tels liens sont importants parce que nous dépendons de notre territoire et de l’environnement pour nous nourrir et pratiquer notre culture. L’objectif d’un Autochtone est de protéger son environnement et son mode de vie », explique Raymond Rousselot.

« Nous n’avons pas la notion de propriété, la terre appartient à tous », ajoute le conseiller.

Nous faisons partie de la terre, la terre ne fait pas partie de nous, et il y a une différence : nous avons besoin de la terre pour survivre, mais elle n’a pas besoin de nous.

Raymond Rousselot, conseiller de bande pour la Nation innue de Pessamit

Depuis leur création, les groupes de conservation comme l’UNESCO n’ont pas toujours été en accord avec les peuples autochtones. Ces groupes ont souvent voulu protéger la nature des humains, y compris les peuples autochtones.

Or, la spécialiste de l’UNESCO pour le Programme sur l’homme et la biosphère Meriem Bouamrane estime que cette attitude a changé et que tout le monde s’en porte mieux.

« Une partie du savoir des Premières Nations vient du fait qu’elles ne se sont jamais considérées comme étant séparées de la nature. Et pour cette raison, ils l’ont toujours respectée, ne dépassant pas ses limites et ne prenant jamais plus que ce dont ils avaient besoin », explique la spécialiste.

« Il y a de plus en plus de gens partout sur cette planète qui commencent à penser que la façon dont nous traitons nos ressources et la façon dont nous les utilisons sont très importantes, il y a des limites et nous devons les respecter. Il y a un changement dans notre conscience de notre relation et de notre interdépendance avec la nature, et c’est une leçon que nous pouvons tous apprendre des peuples autochtones », souligne-t-elle.

Protéger la terre pour les générations futures

À un peu moins de 500 kilomètres à l’est de Pessamit, le long du fleuve Saint-Laurent, se trouve la bande innue d’Ekuanitshit. Leur communauté travaille avec Parcs Canada depuis près de 30 ans.

Réserve innue d'Ekuanitshit Réserve innue d'Ekuanitshit Photo : Radio-Canada / Joane Bérubé

En 1998, la réserve de parc national de l'Archipel-de-Mingan a été établie sur le territoire traditionnel de la communauté. Le fait que ce soit une réserve plutôt qu’un parc national permet aux Innus de continuer à pratiquer leur mode de vie traditionnel, y compris la pêche, la chasse et la cueillette.

Parcs Canada espère pouvoir transformer la réserve en parc national, mais pas avant qu’une entente soit conclue avec les Innus.

Les Innus ont donné à l’Archipel-de-Mingan le nom de « Mille Petits Enfants ». C’est un endroit où leurs ancêtres chassaient le phoque et l’ours, ramassaient les œufs d’oiseaux de mer, et cueillaient des baies, une tradition qui se poursuit encore aujourd’hui.

Pour le chef de la bande d’Ekuanitshit, Jean-Charles Piétacho, les îles font partie de la communauté au même titre que lui.

« Les Innus sont ceux qui se sont occupés de cette terre pendant des générations, et le parc le comprend », dit-il.

« Nous comprenons que Parcs Canada peut nous aider à protéger nos terres de l’exploitation minière. Déjà sur notre territoire, il y a beaucoup de mines et de barrages, et toujours plus d’exploration chaque jour. Nous devons travailler ensemble pour protéger cet endroit pour les générations à venir », ajoute le chef.

Le chef de bande innue d'Ekuanitshit, Jean-Charles Piétacho, lors de la visite des participants de l'expédition Canada C3Le chef de bande innue d'Ekuanitshit, Jean-Charles Piétacho, lors de la visite des participants de l'expédition Canada C3 Photo : Canada C3 / Jo-Ann Wilkins

Pour Parcs Canada, ce partenariat est gagnant-gagnant puisqu’il profite aux deux parties tout en permettant de protéger la région.

« Nous partageons notre expérience et expertise pour le développement du tourisme dans la région et, en retour, nous profitons du partage de leurs connaissances du territoire qui remonte à des milliers d’années. En même temps, nous pouvons apprendre d’une culture et d’un mode de vie qui est complètement différent du nôtre », explique le surintendant de l'unité de terrain de la réserve de parc national de l'Archipel-de-Mingan, Dany Lebrun.

C’est un partage d’opinions, une recherche de compromis, et un amour commun de la nature.

Dany Lebrun, surintendant de l'unité de terrain de la réserve de parc national de l'Archipel-de-Mingan

Le chef Jean-Charles Piétacho espère que davantage de peuples autochtones vont conclure des partenariats avec les groupes de conservation parce qu’il croit que ces derniers partagent leur objectif : s’assurer que la nature sera encore présente pour les générations à venir.

Avec les informations de CBC News.

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