•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Sang de porc et piments forts : manger Thaï « authentique » à Toronto au restaurant Nana

Une salade de papaye verte

La salade de papaye verte

Photo : Radio-Canada / Cédric Lizotte

Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

CHRONIQUE - À Toronto, c'est bien connu, la diversité culturelle va main dans la main avec la diversité culinaire. On y trouve de tout et de partout. Cependant, certaines ethnicités sont plus représentées que d'autres.

Par exemple, « il y a un quart de million de Philippins dans le Grand Toronto. On ne recense que 2000 Thaïlandais ». C’est Monte Wan qui parle. Il est propriétaire du superpopulaire restaurant Khao San Road (Nouvelle fenêtre) ainsi que de sa petite soeur, le restaurant Nana (Nouvelle fenêtre).

La diversité culinaire de la ville ne fait aucun doute, et M. Wan en est très heureux. « Toronto n’est peut-être pas la plus grande ville culinaire au monde, mais on peut y trouver les meilleurs plats de toutes les plus grandes villes culinaires au monde! »

Et c’est un peu dans cet esprit que M. Wan a décidé d’ouvrir Nana.

« La motivation première pour ouvrir Nana, c’est que selon moi, il n’y a pas d’excellente bouffe thaïlandaise à Toronto », dit-il.

Un plat de pouletAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un cari rouge au poulet et au lait de noix de coco

Photo : Radio-Canada / Cédric Lizotte

S’adapter à ses clients, ou respecter l’« authenticité »?

Khao San Road est un resto qui offre des plats adaptés aux goûts des résidents de la ville – une sorte d’hybride canado-thaïlandais, un peu comme le canado-chinois des buffets ou l’américano-italien de plusieurs pizzérias. Il s’agit aussi d’un restaurant accommodant : niveau de piment ajustable, plusieurs options végétaliennes et sans-gluten, etc.

Nana, de son côté, cherche l’authenticité dans les goûts. (Laissons de côté la discussion au sujet de la définition de ce terme, c’est une chronique pour un autre jour.)

Khao San Road est un restaurant très populaire, à Toronto. Et la cheffe des deux restaurants se nomme Top Srisomphan, qui a grandi à Bangkok (techniquement M. Wan fait les recettes pour Nana, mais il affirme que cette situation est sur le point de changer). Ce sont d’ailleurs des goûts de la capitale qu’on retrouve, plus particulièrement, dans les deux restaurants – certains adoucis et domptés, d’autres moins.

Un homme pose pour la caméraAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Monte Wan, dans le restaurant Nana

Photo : Radio-Canada / Cédric Lizotte

« Une chance que j’ai Khao San Road », dit M. Wan. Après quelques années passées à une première adresse, le restaurant a dû déménager et a rouvert en janvier dernier. « Ça me permet de payer les factures. Et ça me permet de travailler avec ma cheffe sur les goûts authentiques de la Thaïlande, ceux qui frappent un peu plus le palais. Nana est un restaurant pour les plus aventuriers, on est un peu moins accommodants, ici. »

Cette phrase, durant notre entrevue, m’a frappé. J’aurais cru que les saveurs les plus franches de l’art culinaire thaïlandais seraient celles qui iraient chercher les Torontois. Apparemment que ce n’est pas le cas, et que les plats édulcorés ont plus la cote.

Pourtant, les Ontariens voyagent de plus en plus, et la Thaïlande est une des destinations préférées des touristes, en ce moment. Plusieurs s’y sont rendus, ont goûté à sa cuisine. J’aurais cru que le fort sentiment de nostalgie qui vient avec les effluves de feuille de lime, de piment oeil d'oiseau, de sauce poisson, de pâte de crevettes fermentée serait celui qui charmerait les milléniaux, ceux qui se disent si ouverts à la culture mondiale.

Mais non.

Des ingrédients aux saveurs provocatrices

« Parfois, c’est la quantité de piments. Parfois c’est l’arôme intense de la sauce poisson ou de la pâte de crevettes. Parfois la fermentation agresse certains palais. » L’art culinaire thaïlandais offre des goûts provocateurs et des odeurs pugnaces. Sucré, salé, acide, amer, fort… et fragrant. Selon M. Wan, c’est peut-être la violence de ces saveurs qui frappe l’imaginaire – et qui rend certains plats si polarisants.

Des rouleaux impériauxAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les rouleaux impériaux de type vietnamien du restaurant Nana

Photo : Radio-Canada / Cedric Lizotte

Le menu du restaurant Nana est relativement petit et plutôt facile à naviguer. Il y a quelques versions du fameux pad thaï, le plat iconique et controversé. Des nems de type vietnamien. Des satays et des brochettes de porc.

Il y a aussi une version très fragrante et épicée d’un cari rouge au lait de coco.

Un bol de soupeAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La « boat noodle soup », avec du sang dans le bouillon

Photo : Radio-Canada / Cédric Lizotte

Et il y a la fameuse « boat noodle soup », une soupe qui contient du sang de porc ou de boeuf dans son bouillon, ce qui le rend noir grisâtre et lui donne un goût métallique; un fort goût herbacé qui vient de la citronnelle et du pandanus; une fragrance qui rappelle la soupe vietnamienne avec l’anis étoilé et la cannelle, mais aussi la sauce poisson, qui enivre tel un fromage ceux qui l’aiment et révulse tels de vieux bas sales ceux qui l’abhorrent.

Nostalgie

Le décor est aussi important que le menu. « Je me suis beaucoup impliqué dans la création du look de l’endroit. Une amie à moi qui travaille dans la création de décors au cinéma m’a fait remarquer qu’il s’agit plus d’un décor de cinéma, une réplique d’un resto de ruelle à Bangkok, qu’un décor de resto », souligne M. Wan.

Je suis bien d’accord. Nana est fait pour frapper l’imaginaire, ramener l’esprit d’aventure, donner envie de s’envoler vers Bangkok le soir même.

La Singha en bouteille.

Les tabourets de plastique.

Les casiers à condiments – chili séché, chili fumé, chili mariné, chili frais.

L’odeur de cari thaï et de sauce poisson.

Le plancher fait de tuiles qui rappelle les rues pavées des kiosques à bouffe de rue de Chinatown à Bangkok.

Vraiment, je suis mélancolique qu’à y penser!

Nana, 785 Queen Street West

Les recommandations de Monte Wan, des restos Nana et Khao San Road

Bar Fancy (Nouvelle fenêtre), 1070 Queen St W

Hanmoto (Nouvelle fenêtre), 2 Lakeview Ave

Omaw (Nouvelle fenêtre), 88 Ossington Ave

Cultures culinaires  

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !