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Cimetière musulman à Saint-Apollinaire : que craignent les opposants?

Le cimetière à Saint-Apollinaire

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le sort du projet de cimetière musulman de la grande mosquée de Québec sera tranché le dimanche 16 juillet, lorsque 49 citoyens de Saint-Apollinaire s'exprimeront dans un référendum qui divise la petite ville de 6000 habitants depuis quatre mois.

Un texte de Sophie Langlois

Le maire de Saint-Apollinaire, Bernard Ouellet, a d’emblée dit oui aux musulmans qui sont venus cogner à sa porte avec un projet de cimetière, l’hiver dernier, quelques semaines après l’attentat qui a tué six fidèles de la grande mosquée de Québec.

Je pensais réellement que ça ne dérangerait personne. On était réellement de bonne foi. On en entendait parler depuis la fusillade à la mosquée, ça nous donnait l’opportunité d’être accueillants, je pense que c’est une belle occasion de montrer notre ouverture.

Bernard Ouellet, maire de Saint-Apollinaire

Le projet d’établir un cimetière sur un terrain de 60 000 pieds carrés dans le parc industriel de Saint-Apollinaire nécessite un changement de zonage, afin de pouvoir y enterrer des corps. Actuellement, l’entreprise funéraire Harmonia, qui est propriétaire du site, ne peut y enfouir que des urnes de cendres.

En avril, des opposants au projet sollicitent et obtiennent le nombre requis de signatures pour la tenue d’un référendum sur le changement de zonage. La famille Létourneau s’oppose au projet de la mosquée, parce que le cimetière serait exclusivement musulman.

Sunny Létourneau et sa mère, Lysanne LacroixAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Sunny Létourneau et sa mère, Lysanne Lacroix

Photo : Radio-Canada

Le multiconfessionnel d'abord

« Nous, on prône le multiconfessionnel, explique Sunny Létourneau. C’est l’avenir parce qu’il y a des gens de toutes les communautés qui débarquent ici. Ça prend des cimetières pour accueillir tout le monde, peu importe sa religion, sa provenance, sa couleur, sa culture. Il faut y penser parce que dans 20 ans ça va être un problème. »

Sa mère, Lysanne Lacroix, renchérit : « On vit ensemble, on travaille ensemble, pourquoi on ne serait pas enterrés ensemble? Moi je suis catholique, mais aucun de mes cinq enfants n'est baptisé. Je ne peux même pas me faire enterrer avec eux dans un cimetière catholique, c’est le multiconfessionnel qu’il me faut. »

« Les musulmans de Québec veulent un cimetière à eux », affirme le responsable du dossier à la mosquée de Québec, Mohamed Kesri.

Un carré à l’intérieur d’un cimetière existant, c’est une location de terrain pour une durée déterminée. Vous pouvez enterrer jusqu’au jour où le propriétaire du terrain vous dit : "Monsieur, déplacez vos tombes". À ce moment-là, où est-ce qu’on va les emmener?

Mohamed Kesri, responsable du dossier à la grande mosquée de Québec
Mohamed Kesri, responsable du dossier du cimetière musulman à la grande mosquée de QuébecAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Mohamed Kesri, responsable du dossier du cimetière musulman à la grande mosquée de Québec

Photo : Radio-Canada

Seuls des catholiques peuvent être enterrés dans le cimetière de Saint-Apollinaire, comme c’est le cas dans la plupart des cimetières catholiques au Québec. De plus en plus de Québécois laïques et de non-croyants réclament des cimetières multiconfessionnels, dans lesquels les musulmans ont une parcelle, un carré qui leur est dédié.

Ce n'est pas qu’on est fermé. On leur a offert une coopérative, on leur a même offert d’acheter des parts. On a personnellement mis 45 000 $ sur la table. On a dit : "on est prêt à investir pour faire un cimetière pour tout le monde".

Sunny Létourneau, opposante au projet
Sunny Létourneau s'oppose au projet de cimetière de la grande mosquée de QuébecAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Sunny Létourneau s'oppose au projet de cimetière de la grande mosquée de Québec

Photo : Radio-Canada

Pour la grande mosquée de Québec, une coopérative funéraire n’est pas envisageable. « On ne peut pas être copropriétaire d’un service funéraire dont la moitié des services contredisent la religion musulmane. On est contre l’incinération, ils font de l’incinération; ils enterrent des cendres, on est contre. On ne peut pas être propriétaire d’un organisme qui vous contredit à moitié, vous voyez le hic? »

Entre-temps, les musulmans de la région de Québec ont une autre option. Ils peuvent désormais enterrer leurs morts dans le carré musulman qui vient tout juste d’être inauguré dans le cimetière multiconfessionnel de Saint-Augustin-de-Desmaures.

Entrée du cimetière à Saint-Augustin-de-DesmauresAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Entrée du cimetière à Saint-Augustin-de-Desmaures

Photo : Radio-Canada

« Il y a des musulmans qui sont ici depuis près de 60 ans maintenant, dit le président de Lépine Cloutier Athos, Yvan Rodrigue. Ils ont eu leurs enfants ici, nos enfants vont à l’école ensemble, donc c’est la moindre des choses qu’ils puissent avoir un lieu de sépulture pour venir se recueillir. »

« C’est une bonne nouvelle pour les musulmans à Québec, d’avoir une place où ils peuvent être enterrés », dit le président de l’Association des Guinéens de Québec, Souleymane Bah. Pour les musulmans qui ne fréquentent pas ou peu les mosquées, le concept du carré est tout à fait acceptable. « Dans mon pays, la Guinée, il y a une mixité dans les cimetières, il y a une bonne cohabitation entre les musulmans et les chrétiens, chacun respecte ses rites. »

Souleymane Bah, président de l'Association des Guinéens de QuébecAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Souleymane Bah, président de l'Association des Guinéens de Québec

Photo : Radio-Canada

M. Bah appuie aussi la volonté des dirigeants de la mosquée de Québec d’établir un cimetière exclusivement musulman, à Saint-Apollinaire ou ailleurs, car c’est un droit fondamental.

À mon avis, les oppositions ne sont pas fondées. S’ils ont la capacité d’acheter le terrain, pourquoi dire non à un cimetière musulman? C’est du racisme.

Souleymane Bah, président de l'Association des Guinéens de Québec

La peur à l'origine de la discorde?

Si le non l’emportait dimanche, la mosquée de Québec pourrait déposer une plainte à la Commission des droits de la personne. « On va réclamer le respect de notre droit, affirme M. Kesri, parce qu’il aura été refusé d’une façon discriminatoire puisque les gens disent oui à un cimetière, mais non à un cimetière musulman. Il n'y a pas plus discriminatoire que cela. »

Dans le contexte du référendum, le dialogue est devenu difficile. Les accusations de racisme, des deux côtés, ont creusé le fossé. « Quand tu as le sentiment qu’on te colle une étiquette, dit Sunny Létourneau, ça t’atteint, et automatiquement c’est comme une fleur, ça se referme. L’attitude est très importante pour garder les gens ouverts. »

Seuls les résidents qui vivent près du cimetière projeté ont le droit de vote dimanche. Le maire de Saint-Apollinaire, Bernard Ouellet, dit n’avoir aucune idée de la manière dont les 49 citoyens inscrits vont voter. Selon lui, la peur, plus que toute autre chose, explique la résistance au projet.

Bernard Ouellet, maire de Saint-ApollinaireAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Bernard Ouellet, maire de Saint-Apollinaire

Photo : Radio-Canada

La peur que ça attire, que les musulmans viennent s’installer ici, quelques citoyens ont dit qu’ils ne veulent pas ça. On n’est peut-être pas assez informé. On prend plus ce qui est mauvais que ce qui est bon des musulmans.

Bernard Ouellet, maire de Saint-Apollinaire

Le maire espère que la volonté d’accueil de ses citoyens va dominer les craintes. « À Saint-Apollinaire, on est accueillant. On a beaucoup à apprendre à les connaître et à les accueillir. C’est important parce que c’est un plus, la diversité. C’est un plus aussi parce que ces gens-là travaillent dans la région, ils ont des compétences internationales. On a besoin de gens comme eux pour continuer de progresser. »

Le maire Ouellet sait que l'image de sa ville sera ternie si le non l'emporte dimanche. Mais la démocratie aura été respectée. « Au début, ça me faisait peur, cet aspect d'avoir une mauvaise image, mais je me suis rendu compte - moi aussi j'ai pris du recul là-dedans - qu'il n’y a pas juste nous. Ça aurait été la même problématique n’importe où dans la province. »

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