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Pierre Pahlavi : enseigner la diplomatie aux militaires

Pierre Pahlavi, professeur au Département des études de la défense du Collège des Forces canadiennes.

Pierre Pahlavi, politologue

Photo : Radio-Canada / Sophie Vallée

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

ENTREVUE - Sa famille a fui l'Iran en 1979. Aujourd'hui, Pierre Pahlavi se sert de la région dans laquelle il a grandi pour réfléchir sur des questions de diplomatie publique.

Un texte de Sophie Vallée

Pierre Pahlavi a vécu à l'époque de la royauté iranienne, de 1972 jusqu'à la révolution. Sa famille et lui ont dû quitter le pays en 1979 puisque son père était le neveu du dernier shah d'Iran.

Premier portrait de la série MISSION : CHANGER LE MONDE, qui présente tout l'été des Canadiens qui travaillent sur des projets qui changent significativement nos vies.

Ces événements, traumatisants pour un jeune enfant, ont fini par influencer son choix de carrière.

Pierre Pahlavi est maintenant professeur agrégé au Collège des forces canadiennes de Toronto. Ses recherches portent sur les stratégies d'influence, la diplomatie publique et la politique étrangère de l'Iran.

Ils ont réalisé que ce n’est pas en appuyant sur un bouton et en envoyant des avions de chasse qu’on va trouver une solution.

Une citation de : Pierre Pahlavi

Quel est votre parcours ?

Le traumatisme de la révolution iranienne a probablement fait que je me souviens énormément de ma vie d’Iranien, d’habitant de Téhéran. Au moment de la révolution iranienne, nous sommes partis du jour au lendemain. Ces événements ont été très rapides. D’ailleurs, en écrivant mon livre sur la révolution iranienne, Le marécage des Ayatollahs, j’ai eu à revivre ces événements. Ça a été une sorte de thérapie, un retour à l’enfance.

C’était un soir de février, l’électricité était coupée, il y avait des manifestations dans la rue et on venait d'arrêter nos voisins. Ma mère, qui avait vécu des événements similaires en Tchécoslovaquie en 1948, a dit à mon père : « On va partir demain ». On est parti vers la France pour commencer une vie entièrement nouvelle. On s’est retrouvé avec ma mère et mes deux frères.

Pierre Pahlavi, en Europe, dans les années 1980.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Pierre Pahlavi dans les années 1980.

Photo : Clovis Pahlavi

Mon père était resté en Iran, pensant que la révolution n’était qu’une fièvre passagère. On vivait dans l’attente de son retour, parfois avec la certitude qu’il était mort parce que les lignes de communication étaient coupées et que les gens étaient arrêtés de manière arbitraire.

J’ai dû changer de prénom, j’ai pris mon prénom français pour des raisons de sécurité. Donc, changement de pays, changement d’identité, changement de langue.

Une citation de : Pierre Pahlavi

Mon père est revenu six mois après notre départ. On s’est réinventé une nouvelle vie en France. À l’adolescence, j’étais turbulent. Mon père m’a dit : « Tu vas partir au Canada, rejoindre ton grand-père tchèque. Tu vas aller à Montréal, au Québec, ça va te rafraîchir les idées ! »

Je suis parti avec celle qui allait devenir mon épouse, on s’est retrouvé à Montréal en janvier 1993 pour commencer, une nouvelle fois, une nouvelle vie.

Cette fois-ci, pas de changement de langue, jusqu’à ce que je m’installe en Ontario en 2006 pour des raisons professionnelles.

Je suis donc un néo-Canadien !

Comment votre expérience personnelle a-t-elle influencé votre carrière ?

Je me rends compte de l’impact que mon père a eu sur moi. Il était lui-même un universitaire. C’était un modèle, je voulais faire comme lui.

Pierre Pahlavi et son père, Christian Pahlavi, dans les années 1970.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Pierre Pahlavi et son père dans les années 1970.

Photo : Clovis Pahlavi

J’ai entrepris des études en sciences politiques à l’Université de Montréal et ensuite à McGill. J’ai toujours été intéressé par les stratégies d’influence, l’utilisation de la propagande, l’utilisation des médias et leur rôle dans la diplomatie internationale.

Lorsque j’ai été embauché par le Collège des Forces canadiennes, ils m’ont demandé de monter un cours sur l’Iran quand ils ont réalisé que j’étais d’origine iranienne. J’étais heureux de travailler sur mon pays d'origine.

L’Iran est un pays qui développe énormément de moyens de propagande, de stratégies asymétriques: tout ce qui est en dehors des moyens conventionnels de l’action politique. C'est donc pour ça que je travaille aujourd'hui sur la politique iranienne.

Une citation de : Pierre Pahlavi

Quelle est l’importance de ce domaine de recherche ?

J’ai été amené à travailler avec l’Organisation internationale de la francophonie sur la diplomatie publique francophone. Le gouvernement français m’a appelé il y a quelques années pour les aider à réfléchir sur leur programme de diplomatie publique.

J’ai aussi reçu une demande d’un de nos généraux, au Collège des Forces canadiennes, pour du matériel de réflexion afin de bien préparer son déploiement en Irak. Les militaires ont besoin de mieux comprendre la situation humaine, que leur propre métier ne permet pas vraiment d’apprécier à sa juste valeur.

Comment abordez-vous votre rôle de professeur au Collège des Forces canadiennes ?

Mes étudiants sont des militaires, des gens qui ont agi sur le terrain. Alors que nous, nous l’avons seulement vu à travers des livres. Imaginez : enseigner l’Afghanistan à un vétéran de l’Afghanistan c’est quand même prétentieux, mais c’est un défi extraordinaire! Ils se prêtent à l’exercice avec énormément d’humilité.

Lorsque je suis entré au Collège des Forces canadiennes en 2006, on avait beaucoup d’étudiants de la génération des Casques bleus. Ils avaient étrangement une oreille moins attentive que ceux qui sont passés par l’Afghanistan.

Je pense que ces individus qui ont été déployés en zone de guerre ont vu toute la complexité du monde, ont été confrontés à des situations traumatisantes et ont réalisé que ce n’est pas en appuyant sur un bouton et en envoyant des avions de chasse qu’on va trouver une solution.

Ils ont souvent vu qu’il y a beaucoup de choses qui se règlent autour d’une tasse de thé, en discutant, en parlant la langue et en essayant de comprendre l’autre.

Une citation de : Pierre Pahlavi

Il y a une extraordinaire humilité, simplicité, ouverture et curiosité chez ces militaires. C’est ça la beauté de mon travail, travailler avec eux pour tenter de décrypter des situations complexes.

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