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Des médecins dénoncent des honoraires trop faibles pour l'aide médicale à mourir

L'aide médicale à mourir suscite de nombreux débats au Canada.
Des médecins de la Colombie-Britannique dénoncent la structure de remboursement de l'aide médicale à mourir. Photo: iStock
Radio-Canada

Des médecins de la Colombie-Britannique jugent la nouvelle structure provinciale de remboursement pour l'aide médicale à mourir trop basse pour la procédure, à un point tel que certains ne veulent plus offrir le suicide médicalement assisté.

Un texte de Nahila Bendali

Avec sa nouvelle structure de remboursement, la province impose un taux fixe de 200 $ pour la procédure, quelle que soit la durée. Des frais supplémentaires sont ajoutés en fonction du lieu, soit à domicile, soit à l’hôpital.

Dans une lettre adressée à ses collègues, un médecin de Victoria, Jesse Pewarchuk, indique qu’il ne pourra plus offrir l’aide médicale à mourir, qualifiant la situation d’insoutenable sur le plan économique.

La procédure en elle-même est sous-payée.

Jesse Pewarchuk, médecin

Cette procédure, qui dure en moyenne 3 heures et demie, comprend l’achat de médicaments à la pharmacie, une dernière évaluation au domicile du patient, le temps consacré à répondre aux questions des proches, l’acte en lui-même et le fait de remplir plusieurs pages de documents administratifs, selon le médecin.

Pendant la procédure et le déplacement, les dépenses courantes continuent de s’accumuler au cabinet du médecin, précise Jesse Pewarchuk. Après toutes ces dépenses, le taux horaire d’une procédure d’aide médicale à mourir se situe entre 25 et 30 $ l’heure, estime le médecin.

Temps limité

En matière d’évaluation et de consultation, les médecins peuvent demander un remboursement de 40 $ par tranche de 15 minutes, pour la première consultation pour dire si la personne peut avoir accès à l'aide médicale à mourir, laquelle est limitée à 90 minutes. Une deuxième consultation est limitée à 75 minutes.

Stefanie Green, présidente de l’Association canadienne des évaluateurs et fournisseurs de l’aide médicale à mourir (CAMAP), déplore pour sa part la limite du temps de consultation pour déterminer l'admissibilité à l’aide médicale à mourir. « Ce sont des conversations délicates et importantes qui doivent se faire sans pression. Limiter ce temps à 90 minutes [...] c’est inadéquat », croit celle qui est également médecin.

Pour un médecin de famille, ces barèmes équivalent à la moitié de ce qu’il recevrait s’il faisait du travail de routine en cabinet, ajoute Stefanie Green.

Cette nouvelle structure de remboursement inquiète également l’organisme Dying with Dignity Canada, qui défend le suicide médicalement assisté. La présidente-directrice générale de l’organisme, Shanaaz Gokool, a peur de voir de plus en plus de médecins se détourner de cette pratique, puisqu’ils ne sont pas payés adéquatement.

Shanaaz Gokool, de même que Stefanie Green, demande à la province de consulter les médecins qui offrent l’aide médicale à mourir et d’introduire une structure qui n’impose pas de limite de temps, comme dans d’autres provinces au pays.

« Dans des endroits comme l’Alberta, le Manitoba ou même la Saskatchewan, les médecins sont payés à l'heure. Ils sont payés pour le temps que cela prend pour faire leur travail convenablement, et c’est tout ce que nous demandons », explique Stefanie Green.

Une question complexe

La question de la structure de remboursement pour les médecins est une question délicate, estime pour sa part la présidente de Doctors of BC, Trina Larsen Soles.

Doctors of BC est l’un des organismes qui siègent au comité provincial chargé de proposer une structure de remboursement pour les actes médicaux comme l’aide médicale à mourir.

Nous sommes pris dans le processus.

Trina Larsen Soles, présidente, Doctors of BC

Trina Larsen Soles dit comprendre que certains médecins ne sont pas satisfaits des honoraires remboursés par la province pour la procédure. Selon elle, les frais pour l’aide médicale à mourir suivent le même modèle que les autres actes médicaux.

Colombie-Britannique et Yukon

Santé publique