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Des journalistes lèvent leurs mains pour poser des questions au président

Le président Donald Trump prend des questions de journalistes lors d'un point de presse le 16 février 2017.

Photo : Getty Images / Mark Wilson

Radio-Canada

La publication sur le compte Twitter du président des États-Unis d'une vidéo le montrant plaquer au sol et rouer de coups un homme dont la tête a été remplacée par un logo de CNN est perçue comme une nouvelle phase étrange dans sa guerre ouverte contre les médias.

Un texte de Mélanie Meloche-Holubowski

La publication de cette vidéo retouchée, partagée avec ses 33 millions d'abonnés, survient après une autre semaine marquée par des attaques incessantes contre des journalistes.

« Ce n’est pas seulement anti-CNN. C’est anti-liberté de la presse », a dit le journaliste lauréat d'un prix Pultizer Carl Bernstein.

« C’est une incitation à la violence. Il va finir par faire tuer quelqu’un dans les médias », a ajouté Ana Navarro, commentatrice pour ABC et CNN.

Donald Trump s'est notamment moqué sur Twitter de deux journalistes du réseau NBC qui l'avaient critiqué sur la chaîne d'information en continu du réseau. Il s'en est particulièrement pris à la femme du couple de journalistes, en la traitant de folle et en se moquant de son apparence.

Que ce soit Politico, CNN, The New York Times ou The Washington Post, la plupart des médias ont été la cible du président américain au cours des derniers mois. Seules quelques organisations – généralement très conservatrices et d’appartenance républicaine, comme Fox News et Breitbart News – ont mérité ses éloges.

Un journaliste tente, sans succès, de poser une question au président Donald Trump. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les journalistes de la Maison-Blanche sont de plus en plus exaspérés de ne pas pouvoir poser de questions.

Photo : Getty Images / Mario Tama

Si cette nouvelle vidéo marque un tournant dans sa relation houleuse avec la presse, il n'en est pas à son premier affrontement avec le « quatrième pouvoir ».

Selon CNN, depuis qu’il est devenu président, Donald Trump a envoyé environ 770 messages sur Twitter : 85 concernaient les médias, 67 mentionnaient l'économie et l'emploi et 27 évoquaient les vétérans. Par ailleurs, 27 messages contenaient les mots fake news (fausses nouvelles) et 27 faisaient référence à CNN et au New York Times (principalement des messages négatifs).

Voici cinq exemples au cours desquels Donald Trump a été à couteaux tirés avec la presse.

1. Rassemblement pour la liberté à Washington

Quelques heures avant de publier cette vidéo sur Twitter, le président s’est adressé à des vétérans lors d’un rassemblement partisan à Washington. La foule a fortement applaudi après qu'il eut de nouveau condamné le travail des médias.

« Les faux médias tentent de nous faire taire. Mais nous ne les laisserons jamais faire parce que les gens savent la vérité. Les faux médias ont essayé de m’empêcher d’accéder à la Maison-Blanche. Mais je suis président. Ils ne le sont pas », a lancé le président des États-Unis.

2. Début de présidence houleux

M. Trump a lancé les hostilités dès le début de sa campagne électorale. Il a d'ailleurs commencé à utiliser abondamment le terme fake news en 2016.

Mais c'est au lendemain de son investiture que Donald Trump a réellement déclaré la guerre aux médias, les accusant de mentir sur l'ampleur de l'assistance à l'événement.

Peu après, il a qualifié les journalistes de « personnes les moins honnêtes sur la terre ».

3. Points de presse quotidiens menacés

Plusieurs journalistes lèvent leur main pour poser une question. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le porte-parole de la Maison-Blanche, Sean Spicer, prend des questions des journalistes.

Photo : Reuters

Le président a souvent menacé d’abolir les rendez-vous quotidiens de la presse avec le porte-parole de la Maison-Blanche.

« Plusieurs [journalistes] veulent devenir des vedettes de YouTube et posent des questions sarcastiques qui ont déjà été posées huit fois avant », a critiqué le porte-parole de la Maison-Blanche, Sean Spicer, lors d’une entrevue avec une radio conservatrice américaine.

L’accès aux journalistes à la Maison-Blanche, une tradition

Les journalistes ont commencé à assister à des points de presse quotidiens à la Maison-Blanche en 1890. Le président Theodore Roosevelt permettait alors aux journalistes de discuter avec lui lorsqu'il se faisait raser la barbe en après-midi. En 1902, les journalistes ont obtenu leur pièce près du bureau ovale.

Aujourd'hui, l’accès au président devient de plus en plus difficile pour les journalistes. Certains ont été exclus ou ignorés et le porte-parole de la Maison-Blanche n'hésite pas à critiquer publiquement certains journalistes, les accusant de mentir ou de fabriquer des informations pour faire mal paraître Donald Trump.

Peu de questions peuvent être posées. En fait, les journalistes généralement favorables à l’administration Trump sont davantage autorisés à poser des questions.

Par exemple, lorsque les dirigeants étrangers visitent la Maison-Blanche, l’administration Trump a l'habitude de limiter le nombre de questions à deux par pays, provenant de journalistes choisis à l’avance. Lors de la visite du président sud-coréen, aucune question n’a été prise lors du point de presse.

Au cours des dernières semaines, la Maison-Blanche a aussi choisi de ne pas permettre aux caméras de diffuser la séance en direct, offrant seulement une version audio aux journalistes.

Étonnée par ce geste, CNN a décidé d’avoir recours à un illustrateur judiciaire pour mettre en image le point de presse.

 

Et pourtant, ces conférences de presse quotidiennes sont plus écoutées que certains téléromans. Selon le Nielsen scan, en moyenne, 4,3 millions d’auditeurs écoutent la joute verbale entre Sean Spicer et les représentants des médias.

4. « L’ennemi des Américains »

Quelques heures après avoir refusé l’accès à un des points de presse quotidiens à certains médias, dont CNN, Politico, Buzzfeed et The New York Times, Donald Trump a qualifié les médias d’« ennemis du peuple américain. »

Il accuse ces médias de répandre de « fausses » nouvelles et d’utiliser trop librement des informations qui proviennent de sources anonymes. Selon les correspondants à la Maison-Blanche, jamais un journaliste n'avait été exclu auparavant.

Des journalistes de la Maison-Blanche essaient de poser une question au porte-parole de l'administration Trump. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

« L’accès des médias à un gouvernement transparent est crucial à l’intérêt national », dit Dean Baquet, éditeur du New York Times.

Photo : Reuters

5. Absence au souper des correspondants

M. Trump est le seul président à ne pas avoir assisté au dîner annuel de l’Association des correspondants de la Maison-Blanche depuis Ronald Reagan en 1981. Lors de cette soirée, qui existe depuis 1921, le président américain prononce généralement un discours teinté d’autodérision et en profite pour lancer quelques blagues à ses adversaires politiques.

M. Reagan n’a pas pu assister à cette soirée parce qu’il était en convalescence, après avoir été la cible d'une tentative d’assassinat.

Quant à M. Trump, il a préféré tenir un rassemblement partisan à Harrisburg en Pennsylvanie, où il s’en est pris aux médias.

« Donnons une note aux médias pour leurs 100 derniers jours. C’est une disgrâce. Le rôle des médias, c’est d’être honnête. Les médias méritent un très gros échec. Très malhonnêtes. »

Donald Trump, président des États-Unis 

Méfiance des Américains

Si l'on veut préserver la démocratie telle qu'on la connaît, il faut une presse libre, et souvent une presse d'opposition. Sans cela, je crains que nous ne perdions peu à peu nos libertés individuelles. C'est comme ça que les dictateurs commencent.

Le sénateur John McCain, lors d'une entrevue pour l'émission Meet the Press en février 2017

Cette guerre que mène Donald Trump contre les journalistes semble influencer l’attitude des Américains envers les médias. Selon un récent sondage Gallup, 62 % des Américains disent que les médias ont un parti pris (la majorité croit que les médias favorisent les démocrates). Environ 55 % des Américains croient que les nouvelles « sont généralement inexactes ». Moins de 40 % croient que les médias rapportent correctement l’information.

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