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Bien plus que le retour, c'est la résurrection d'UZEB

Les trois membres du groupe UZEB : Michel Cusson, Paul Brochu et Alain Caron.

Les trois membres du groupe UZEB : Michel Cusson, Paul Brochu et Alain Caron.

Photo : Courtoisie : Festival international de jazz de Montréal (Victor Diaz Lamich)

Philippe Rezzonico

CRITIQUE – « UZEB! UZEB! UZEB! » De la première rangée du parterre de la salle Wilfrid-Pelletier jusqu'à la dernière du balcon, on entendait la clameur. Sur scène, Michel Cusson, Alain Caron et Paul Brochu, trempés de sueur, s'étreignaient comme s'ils venaient de gagner la Coupe Stanley.

La tournée R3UNION du trio jazz fusion, un quart de siècle après son dernier spectacle au Festival international de jazz de Montréal (FIJM), qui accueillait les retrouvailles, jeudi, a été un triomphe. Pouvait-il en être autrement? Probablement pas quand on connaît la qualité des trois instrumentistes qui, en plus, avaient un réel désir de renouer. Les sourires complices ne mentaient pas.

L’ovation qui a accueilli Cusson, Caron et Brochu, après l’introduction du cofondateur du FIJM André Ménard, était digne des grands groupes rock. Le retour sur scène d’Harmonium ou les retrouvailles de Genesis avec Peter Gabriel sont les deux seuls événements qui pourraient générer plus de décibels de la part d’une foule de 3000 spectateurs à Montréal.

« On ne dirait pas que ça fait 25 ans qu’ils n’ont pas joué ensemble, n’est-ce pas? », m’a glissé à l’oreille le monsieur assis derrière moi après deux pièces instrumentales.

 

En effet, mais j’ai failli lui répondre qu’ils avaient 25 ans de métier de plus, qu’ils n’avaient jamais remisé leurs instruments et qu’ils avaient joué avec d’autres artistes de notoriété internationale depuis la séparation qui, il faut le rappeler, n’était pas un divorce. Bref, le groupe vu hier, sur le plan musical à tout le moins, est probablement supérieur à celui d’antan.

Du moins, c’est l’impression que cela donnait à voir l’indécente aisance avec laquelle Caron alignait les solos de basse du calibre de ceux de John Entwistle ou de Bernard Edwards durant New Hit ou Perrier citron. Sourire accroché en permanence au visage, pouce droit qui se déplaçait à une vitesse fulgurante : les notes qui résonnaient de ses basses électriques claquaient comme autant de coups de tonnerre.

Le bassiste du groupe UZEB, Alain CaronAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le bassiste du groupe UZEB, Alain Caron

Photo : Festival international de jazz de Montréal (Victor Diaz Lamich)

J’ai pensé toute la journée à ce que j’allais dire ce soir. Vous êtes les fans les plus fidèles et les plus patients.

Alain Caron, bassiste d'UZEB

La patience, Michel Cusson a semblé en avoir un peu plus besoin que ses vieux potes en début de spectacle, notamment en raison de petits ajustements à faire sur certains appareils qui n’étaient probablement pas sur les scènes que foulait UZEB durant les années 1980.

Cusson a atteint moins vite l’abandon dont ont fait preuve Caron et Brochu, mais le guitariste a su nuancer ses offrandes : solo en mode rock aérien pour Goodbye Pork Pie Hat, solo jazzy à souhait pour Loose et solo férocement blues durant Cool It. De fort belles couleurs.

Michel Cusson, d'UZEBAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Michel Cusson, d'UZEB

Photo : FIJM/Victor Diaz Lamich

« Je vois beaucoup de monde que je n’ai jamais vu à nos spectacles, a dit Cusson, notant au passage qu’il avait dit un jour à ses filles qu’il jouait avec un groupe nommé UZEB dans sa jeunesse. C’est le fun. C’est pour vous qu’on le fait. »

Placé au centre de Cusson et de Caron, Brochu a fait preuve d’une concentration et d’une fougue dignes d’un musicien 25 ans plus jeune : rythmique soutenue, ruptures de ton, ici et là, et complémentarité exemplaire avec son bassiste, notamment durant leur duo fiévreux de Wake Up Call. Le travail explosif du batteur durant Slinky a d’ailleurs mené à la première ovation de la soirée.

J’ai dit oui à cette réunion à une seule condition; je voulais parler au micro. C’est fait. Merci au Festival de jazz et au savoureux cachet qu’ils [les organisateurs] nous ont donné. On peut se payer une section de cuivres.

Paul Brochu, batteur d'UZEB
Paul Brochu, d'UZEBAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Paul Brochu, d'UZEB

Photo : FIJM/Victor Diaz Lamich

Cette section de cuivres (trois saxophones, une trompette et un trombone), justement, a fait bien plus que de donner du tonus à certaines pièces du répertoire d’UZEB.

Elle a balayé les années 1980 et le son de cette époque qui a malheureusement vieilli sur certains enregistrements d’antan. Avec un minimum d’échantillonnages, le UZEB cuvée 2017 était plus organique que jamais, mais sans perdre son identité ou sa signature distinctive. C’était particulièrement évident sur Junk Funk, Loose et Funkaleon.

C’était donc la grosse pétarade entre les trois musiciens et leurs collègues, mais toujours avec une étonnante cohésion.

Oui, UZEB a répété durant des semaines à Drummondville et à Saint-Eustache. Le groupe a même offert deux ou trois spectacles privés à une poignée de proches dans l’anonymat le plus complet, pour se transposer dans un contexte de concert. Cela dit, c’était impressionnant.

Quand le trio a enchaîné les rappels avec 60, rue des Lombards, Brass Licks et Spider, la cause était entendue. Retour réussi? Retrouvailles triomphales? Finalement, c’était bien plus que ça. Rien de moins qu’une résurrection.

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