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L’exonération de Louis Riel n’est pas pour cette année

Louis Riel, chef Métis et fondateur du Manitoba

Le fondateur du Manitoba, Louis Riel

Photo : Archives

Lettre ouverte

Jean-Pierre Dubé est journaliste et analyste politique ainsi qu'auteur de romans et de pièces de théâtre. Natif du Manitoba, il est aujourd'hui domicilié en Suisse.

Un texte de Jean-Pierre Dubé

L’Union nationale métisse Saint-Joseph du Manitoba insiste. La plus ancienne organisation métisse du pays demande depuis plus d’un siècle que Louis Riel soit innocenté relativement aux accusations faites contre lui en 1885 qui l’ont conduit à sa fin. Elle exige que la réconciliation engagée entre Ottawa et la Fédération métisse du Manitoba (FMM) soit conditionnelle à l’exonération du chef métis.

Ça n’arrivera pas, même si l’Union a demandé au premier ministre de lui faire ce cadeau en cette année du 150e anniversaire du Canada. Justin Trudeau ne reconnait pas le groupe comme interlocuteur et n’a pas donné suite. Le gouvernement a signé avec la FMM en 2016 une entente-cadre découlant d’une victoire historique de l’organisme en Cour suprême en 2013, après une poursuite menée sur trois décennies.

Le président de la Fédération des Métis du Manitoba, David Chartrand, et la ministre  des Affaires autochtones et du Nord, Carolyn Bennett, signent un accord à Ottawa.

Le président de la Fédération des Métis du Manitoba, David Chartrand, et la ministre des Affaires autochtones et du Nord, Carolyn Bennett, signent un accord à Ottawa.

Photo : Twitter/@stbstvdan

L’Union n’a pas participé à la cause juridique. Elle n’a aucun levier dans le rapport de forces avec Ottawa et la FMM. Les deux parties l’ont formellement écartée d’une participation aux négociations et des consultations courantes pour déterminer comment le fédéral va remédier à ses négligences envers les Métis.

Les Franco-Métis voudraient donner de grands coups de poings sur la table. Mais ils ne sont pas à la table.

Deux visions s’affrontent

La FMM demande pour l’avenir des millions pour étendre sa gouvernance sur autant d’aspects que possible de la vie quotidienne de ses membres. L’Union demande pour le passé la justice pour un chef exécuté et une reconnaissance de sa communauté persécutée.

Ce qui choque l’Union particulièrement, c’est que l’exonération de Riel n’est pas à l’ordre du jour. La FMM a tourné la page sur cette revendication, devenue superflue, étant donné que la réparation visée est atteinte. Mais ce n’est pas un enjeu qu’on peut écarter du revers de la main. Et le gouvernement a tort de faire la sourde oreille.

L’exécution du chef métis a résulté d’une interférence d’Ottawa dans son procès pour haute trahison. Le premier ministre John A. Macdonald tenait obstinément à une vengeance que le Canada anglais attendait depuis 15 ans. La pendaison, le 16 novembre 1885, était entendue depuis le 4 mars 1870, le jour de l’exécution de Thomas Scott, que Louis Riel, le président du gouvernement provisoire, avait le pouvoir de gracier.

La pendaison de Louis Riel par J. Lecomte

La pendaison de Louis Riel par J. Lecomte

Photo : Bibliothèque et Archives Canada/National Archives of Canada Print collection

Un rapport de cause à effet marque ce double meurtre politique, qui a fait basculer le pays dans l’intolérance. Dès 1870, la persécution des Métis a commencé, ainsi que l’effritement des droits des francophones et la création de pensionnats et de réserves pour les Autochtones.

Nous n’avons pas fini avec le passé. Riel et Scott sont unis dans la mort et hantent notre conscience nationale. Un jour, on reconnaitra peut-être que nous sommes tous responsables de ce qui est arrivé. Mais pour le moment, dans la logique de la violence qui engendre la violence, les Métis de l’époque ont été les instigateurs. Il incombe à ceux d’aujourd’hui de prendre l’initiative.

L’Union exige que le fédéral reconnaisse la responsabilité du gouvernement canadien dans la grave erreur de jugement que fut l’exécution de Riel. Soit. Mais ne doit-elle pas, d’abord, reconnaître la responsabilité du gouvernement provisoire dans la grave erreur de jugement que fut l’exécution de Scott?

En prenant l’initiative, les Franco-Métis jetteraient les bases d’une véritable réconciliation, qui n’est pas fondée sur des millions de dollars de compensation, mais sur un désir de vivre ensemble dans le respect. L’Union pourrait alors construire une relation avec le fédéral.

L’honneur de la Couronne a été entaché, comme l’a reconnu la Cour suprême, par la négligence face à ses promesses d’amnistie et de terres. La FMM va prendre l’argent.

L’Union a certes besoin de fonds publics, mais elle a choisi la meilleure part : d’abord et toujours la dignité. Elle doit continuer sur cette voie si elle veut tourner une douloureuse page d’histoire. La balle demeure dans son camp.

 

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