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S'abstenir pendant un an pour donner du sang

Photo brouillée de profil de Charles Richard

Charles Richard (pseudonyme), un donneur de sang homosexuel.

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Alors que la Société canadienne du sang rappelle son criant besoin de dons pendant la saison estivale, un jeune gai de Toronto souligne qu'il a dû s'abstenir de rapports sexuels pendant un an avant de pouvoir donner du sang.

Un texte de Philippe de Montigny

Ottawa a réduit en août dernier, de cinq ans à une année la période d’abstinence exigée, pour donner du sang, d’un homme ayant eu des rapports sexuels avec un autre homme. Toutefois, nombre de gais jugent cette période encore trop sévère, voire discriminatoire.

Charles Richard (nous avons accepté de protéger son identité en lui donnant ce pseudonyme) a tout de même décidé de faire deux dons, en décembre et en avril.

L’homme de 28 ans est du groupe sanguin O positif, le plus courant au sein de la population. Ce qui complique les choses pour Charles, c’est qu’il est en couple depuis quelques mois. Il a donc dû expliquer à son copain sa décision de s’abstenir de rapports sexuels.

J’aimerais pouvoir donner du sang, sans avoir l’impression de manquer l’occasion de vivre quelque chose de spécial avec quelqu’un qui me tient à coeur.

Une citation de : Charles Richard, donneur de sang homosexuel
Photo de poches de sang dans un laboratoire.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des poches de sang.

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

M. Richard trouve injuste que tous les gais ou bisexuels soient assujettis à cette même politique, même si certains ont des pratiques sexuelles sécuritaires et se font tester régulièrement.

« On entend souvent parler de pénuries dans les banques de sang… eh bien certains veulent en donner, mais on les en empêche », affirme-t-il.

Pourquoi cibler les hommes gais et bisexuels?

Cette population a historiquement un plus haut taux d'infection au VIH/sida et on craignait que le sang en banque soit contaminé par ces donneurs, explique l’infectiologue Isaac Bogoch, de l’Hôpital général de Toronto.

Il souligne toutefois que les techniques de dépistage du VIH se sont améliorées au fil des années et qu'elles permettent maintenant de déceler la présence du virus presque instantanément. Auparavant, il fallait attendre au moins trois mois après l’infection.

Il remet aussi en question la pertinence d’une telle période de report, puisque chaque don de sang, quel que soit le donneur, est analysé plusieurs fois en laboratoire avant d’être utilisé.

Lorsque les décideurs comprendront à quel point les tests de dépistage d’infections comme le VIH sont devenus bons, nous pourrions voir des changements de politiques dans les mois ou les années à venir.

Une citation de : Isaac Bogoch, infectiologue
Photo d'Isaac Bogoch dans son bureau.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Isaac Bogoch, infectiologue de l'Hôpital général de Toronto.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Lacelle

M. Bogoch note que la tendance à travers le monde semble être de réduire petit à petit ces périodes d’abstinence. Certains pays, comme l'Espagne, l'Italie et le Portugal, ont d'ailleurs complètement éliminé cette exigence.

Réponse de la Société canadienne du sang

Pour leur part, la Société canadienne du sang et son partenaire québécois, Héma-Québec, se penchent sur la question et veulent davantage de preuves scientifiques concernant ces nouveaux tests avant de demander à Santé Canada de changer à nouveau sa politique.

Nous cherchons à voir comment nous pouvons réduire davantage cette période d’abstinence, mais il faut que ce soit une décision fondée sur la recherche.

Une citation de : Michael Betel, Société canadienne du sang
Photo de Michael Betel dans un laboratoire de la Société canadienne du sang.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Michael Betel de la Société canadienne du sang.

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

M. Betel ajoute que l’organisme accordera dans les prochains mois des subventions de recherche totalisant 2,75 millions de dollars ayant pour but de réviser les critères d’admissibilité et les méthodes d’évaluation des hommes homosexuels qui souhaitent donner du sang.

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