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Avoir 20 ans à Hong Kong

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Kevin, un jeune hongkongais, chez ses parents, juin 2017

Hong Kong, juin 2017

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Ils n'ont connu Hong Kong que sous sa forme actuelle : un territoire semi-autonome de la Chine depuis le 1er juillet 1997, lorsque le Royaume-Uni a transféré la souveraineté de sa colonie à Pékin. Mais ils sont nombreux à douter que leur terre en soit une de progrès, d'occasions et même d'unité, comme le clame le slogan officiel du 20e anniversaire de la rétrocession.

Slogan du 20e anniversaire de la rétrocession de Hong Kong à la Chine...q ui semble être remis en question par un point d'interrogation ajouté en graffiti.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Slogan du 20e anniversaire de la rétrocession de Hong Kong à la Chine...qui semble être remis en question par un point d'interrogation en graffiti.

Photo : Radio-Canada / Pinki Hin-Wong

Franco n’a pas vraiment le cœur à la fête. On le sent inquiet. L’intuition se confirme lorsque l’étudiant de 20 ans avoue être pessimiste.

Il trouve que les Hongkongais de sa génération ont plusieurs défis à surmonter – davantage que leurs parents –, dont un en particulier : celui de parvenir à bien gagner sa vie afin de bien se loger.

À ses côtés, Edward et Pinky – deux autres jeunes d'horizons différents qui participent à la discussion – opinent du chef. « C’est même une obsession », souffle la frêle jeune fille de 17 ans.

Franco porte une casquette blanche, un t-shirt noir et des lunettesAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Franco, jeune hongkongais, juin 2017

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Franco est lancé : « Avant même d’entrer à l’université, beaucoup de jeunes et même des adolescents réfléchissent à la carrière qu’ils voudront faire en fonction du salaire qui y sera rattaché. Les loyers sont tellement chers à Hong Kong. C’est inabordable pour bien des gens. Donc, il faut penser à l’argent, viser un emploi bien rémunéré dans tel ou tel domaine. »

C’est difficile dans ces conditions de viser un poste que l’on souhaite vraiment, ou d’étudier dans un domaine que l’on adore.

Franco

L'obsession du logement

L’inflation immobilière est en partie causée par l’immigration de 1 à 2 millions de Chinois du continent depuis la rétrocession du territoire. Ils représentent environ 20 % de la population, estime Jean Pierre-Cabestan, de l’Université baptiste de Hong Kong.

Ces Chinois, qui proviennent souvent de familles riches, sont venus à Hong Kong pour investir. La moitié des entreprises de construction immobilière à Hong Kong – l'un des endroits les plus chers de la planète – sont détenues par des Chinois, ajoute le professeur.

« Ça alimente la frustration de certains jeunes Hongkongais qui ne voient que la perspective pour eux de l’achat d’un appartement extrêmement éloigné », précise-t-il.

La frustration est palpable chez Edward. Il vit chez ses parents, dans un logement social.

Edward, jeune hongkongais, juin 2017Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Edward, jeune hongkongais, juin 2017

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Edward pense qu’il devra faire une croix sur son rêve de devenir enseignant ou chercheur en relations internationales. À son avis, Hong Kong est trop axé sur la finance et le commerce. Il trouve également que la concurrence des Chinois, qui viennent du continent pour travailler ici, est trop écrasante.

« La Chine est immense et elle compte beaucoup de gens qualifiés. Alors qu’à Hong Kong, tout est centré sur les études [et] sur les examens, sans exposer les élèves à une variété de domaines, à autre chose, contrairement à ce qui se fait en Chine ou ailleurs », dit-il.

Comparativement à eux, on ne fait pas le poids.

Edward, 18 ans

Franco est bien d’accord.

Pinky, qui fréquente l’école secondaire, trouve que la société hongkongaise met trop de pression sur les jeunes en les forçant à se définir selon les notes qu’ils obtiennent et leur capacité ou non à entrer à l’université.

Pinky, jeune hongkongaise, juin 2017Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Pinky, jeune hongkongaise, juin 2017

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Elle reproche au gouvernement ne pas consacrer assez d’argent au développement de la jeunesse. Elle sent que la génération précédente avait accès à plus de formations techniques.

« Il y a beaucoup de suicides chez les jeunes. C’est un sujet brûlant d’actualité ici. Et la raison principale, c’est que plusieurs perdent tout espoir d’un bel avenir », raconte-t-elle.

Selon le Centre de prévention et de recherche sur le suicide de l’Université de Hong Kong :

  • 35 étudiants et élèves se sont suicidés en 2016; le plus jeune avait 11 ans.
  • La moyenne était de 23 suicides par année de 2010 à 2014 chez les 15-24 ans.
Écoliers, après les examens de fin d'année, Hong Kong, juin 2017Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Écoliers, après les examens de fin d'année, Hong Kong, juin 2017

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

« La voix des jeunes n'est ni écoutée ni respectée »

Pinky est aussi désabusée pour ce qui est de la liberté politique à Hong Kong.

Elle a participé à la révolte des parapluies de 2014, ces grandes manifestations qui réclamaient un véritable suffrage universel à Hong Kong.

Et comme bien des jeunes, elle garde un goût amer de l’élection par un comité d’électeurs de la prochaine cheffe de l’exécutif, Carrie Lam, la candidate adoubée par Pékin.

Hong Kong devrait être l’égal de la Chine, au lieu de toujours lui obéir.

Pinky, 17 ans
Banderole de la révolte des parapluies de 2014, accrochée dans un centre universitaire, à Hong Kong, en mai 2017Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Banderole de la révolte des parapluies de 2014, accrochée dans un centre universitaire, Hong Kong, mai 2017

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Edward, qui n’avait pas manifesté, partage toutefois son avis. « Nous sommes inaudibles, même si nous sommes très présents sur les réseaux sociaux », dit-il.

Il explique que chez la génération précédente, beaucoup traitent les jeunes de Fai Ching, ou « génération inutile » juste prête à protester et à réclamer, au lieu de contribuer à la société.

Franco raconte qu’il est difficile pour lui de parler des revendications des jeunes avec ses parents et les personnes plus âgées dans sa famille. Il précise que ça tourne souvent à la dispute.

Plusieurs sont simplement contents que Hong Kong ne soit plus une colonie britannique. D'autres sont soulagés que leurs pires craintes ne se soient pas matérialisées par un retour dans le giron chinois, surtout dans la foulée du massacre de la place Tiananmen. Et certains trouvent qu’il y a encore plein de possibilités à Hong Kong, alors pourquoi se plaindre?

Mais Pinky affirme que les jeunes tiennent simplement leur rôle en veillant à la protection de la démocratie.

Bien des Hongkongais trouvent qu’il y a une érosion des libertés promises jusqu’en 2047 au territoire selon la règle « un pays, deux systèmes », découlant de l’accord conclu entre les gouvernements de Londres et de Pékin pour la rétrocession.

Kevin, jeune hongkongaisAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Kevin, jeune hongkongais

Photo : Radio-Canada / Pinki Hin-Wong

Kevin, un étudiant en linguistique, avoue avoir eu peur quand des libraires de Hong Kong, qui vendaient des livres un peu indiscrets sur la vie de dirigeants chinois, ont « disparu ». C’était grave, dit-il. Mais il ne pense pas que la liberté d’expression soit aussi menacée que ce que les gens peuvent penser.

Hongkongais ou Chinois?

Le jeune homme de 20 ans, que nous rencontrons dans l’appartement de trois chambres à coucher de ses parents – il reconnaît être mieux nanti que bien des jeunes Hongkongais –, affirme qu’il aimerait bien vivre à Hong Hong une fois ses études terminées en Angleterre. « C’est chez moi, ici », dit-il.

La question de l’identité continue toutefois à se poser, 20 ans après la rétrocession à la Chine. Et la réponse n’est pas toujours spontanée.

Edward se présente comme un Hongkongais en premier. Toutefois, si la personne insiste pour savoir d’où il vient, il répond qu’il vient de Chine.

Pinky se sent plus Hongkongaise. Elle se demande par contre combien de temps elle pourra se réclamer de ce territoire – sans que ça ne devienne illégal – avant de devoir se dire Chinoise.

Anyck Béraud est correspondante de Radio-Canada à Pékin.

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