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Une radio québécoise pour les enfants réfugiés de la guerre

Les enfants réfugiés syriens lèvent les bras de joie après avoir reçu leurs radios.
Les enfants réfugiés syriens ont reçu des radios en cadeau pour écouter « Radio-Dodo ». Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Réconforter les enfants syriens coincés dans les zones de guerre ou dans les camps de réfugiés en leur offrant chaque semaine une émission de radio : c'est le projet un peu fou de Brigitte Alepin, fiscaliste et auteure québécoise.

Un texte d’Annie Hudon-Friceau, de Remue-ménage

Le projet de Brigitte Alepin a pris son envol le 1er janvier 2017. Radio-Dodo, c’est une heure de radio en français et en arabe diffusée tous les dimanches sur les ondes d’une radio indépendante, Radio-Rozana.

Portrait de Brigitte AlepinBrigitte Alepin, cofondatrice de Radio-Dodo. Photo : Radio-Canada

Lorsque j’écrivais mon nom, avec le mot Alep à l’intérieur, je me disais : il faut que je trouve une façon d’aider.

Brigitte Alepin, cofondatrice de Radio-Dodo

L’idée lui est venue après une discussion avec un ami. « Il m’a parlé d’une radio internationale. Du fait que c’est magique, la radio, parce que les ondes traversent les frontières. C’est là que je me suis dit : pourquoi pas une radio pour sécuriser les enfants? »

La plus grave crise humanitaire de notre époque

Plus de 5 millions de Syriens ont dû fuir leur pays depuis le début de la crise en 2011, soit le quart de la population syrienne.

Les ondes de Radio-Rozana voyagent dans les camps de réfugiés en Turquie et pénètrent même en plein coeur de la guerre, dans le nord de la Syrie.

Des contes et des chansons

« L’objectif de Radio-Dodo, c’est d’offrir un moment de trêve aux tout-petits – rempli d’amour, de joie, de chansons, de petits contes pour essayer de les aider à oublier la guerre », explique Brigitte Alepin. « Et peut-être de les aider à s’endormir et faire de beaux rêves », ajoute-t-elle.

Brigitte Alepin a fait appel à sa cousine Marie-Anne Alepin, comédienne de profession, et à Martine Desjardins pour l’aider à réaliser ce projet. Et c’est Mathieu Farhoud-Dionne (Chafiik), du groupe Loco Locass, qui s’occupe des choix musicaux.

« On apprend aussi à trouver ce qui va intéresser les enfants », raconte Marie-Anne Alepin. « On va faire un conte, une histoire, ou parfois, on va recevoir des histoires racontées et même écrites par des enfants. Donc, on a un petit peu de tout. »

Pour écouter une des émissions de Radio-Dodo :

Radio-Dodo est un projet financé par des dons privés et patronné par la Commission canadienne de l’UNESCO.

À la rencontre des enfants syriens

Pour cette fiscaliste qui lutte depuis toujours contre les inégalités sociales, une heure de radio, ça ne suffit pas. Brigitte Alepin s’imagine depuis longtemps distribuer des petites radios aux enfants syriens pour leur faire découvrir Radio-Dodo.

Et c’est ce qu’elle fait. Le 24 mai dernier, elle a mis le cap sur Gaziantep, en Turquie, accompagnée de son mari. Une aventure risquée : le Rainbow Center, un refuge pour enfants syriens qu’ils visiteront avec leurs collègues de Radio-Rozana, se trouve à quelques kilomètres à peine de la frontière syrienne.

« C’est important d’aller dans les territoires de guerre, dans les camps, d’aller rejoindre les enfants en tant que tels, parce que c’est important que les enfants sachent qu’on est là pour vrai », rappelle Brigitte Alepin.

On ne fait pas la Radio-Dodo juste parce qu’on veut se soulager d’un besoin d’aider : on veut réellement aider.

Brigitte Alepin

Honorer ses origines syriennes

Si la crise en Syrie résonne si fort dans le coeur de la famille Alepin, c’est que ses racines syriennes y sont bien ancrées. Le grand-père de Brigitte a lui aussi fui la guerre au début du siècle dernier.

Portrait d'Edouard AlepinEdouard Alepin est le père de Brigitte Alepin. Photo : Radio-Canada

Quand mon père est arrivé à l’immigration, il ne parlait pas français ou anglais. Comme il portait une étiquette "Alep-Syrie", on l’a appelé Alepin.

Edouard Alepin, père de Brigitte Alepin

Toute une partie de la famille est partie. « Ma grand-mère a mis mon oncle Georges sur le bateau en 1910. Puis les deux suivants – mon père, Bechir, et mon oncle, Joseph – en 1913. Elle les a laissés sur le bateau; deux enfants seuls, comme ça », soupire Edouard Alepin.

Portrait en noir et blanc de la famille d'Edouard AlepinLa famille d'Edouard Alepin. 3e à partir de la droite. Son père, Bechir, est le 2e à partir de la droite. Photo : Radio-Canada

« Je voulais que mon père voie le projet naître pendant qu’il est encore avec nous », précise Brigitte Alepin. « Je voulais qu’il l’entende la Radio-Dodo. Pour lui, c’est important, la famille, et je voulais qu’il sache que pour nous, c’est également très important [...], qu’il nous a transmis cet amour-là. C’est un projet qui salue nos origines. »

Mission accomplie

Après une visite-éclair de trois jours en Turquie, la fondatrice de Radio-Dodo est parvenue à distribuer 200 radios et jouets au Rainbow Center.

Dans cet extrait, Brigitte Alepin explique pourquoi elle tenait tant à venir à Gaziantep :

Elle revient le coeur satisfait de sa première mission et promet que ce ne sera pas la dernière.

C’était merveilleux. Incroyable! Les enfants dansaient sur de la musique québécoise. Ils nous ont apporté probablement plus qu’on a pu leur apporter. C’est des enfants de la guerre. Moi, je reviens avec le sentiment de mission accomplie.

Brigitte Alepin

Société